‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 143 sur 385 · INVASION DE LA BOHÈME · texte numérisé non relu

INVASION DE LA BOHÈME

sa gauche. Künigsegg se retira en assez bon ordre sur Liebenau; il avait perdu un millier d'hommes et quelques pièces de canon; les Prussiens accusèrent environ 700 hommes tués et blessés. Jusqu'au 25 avril, le général impérial , renforcé du reste de ses troupes dont une partie seulement avait donné à Reichenberg, tint tète à Bevern et resta en position à Liebenau; mais ce jour-là il eut connaissance des progrès de Schwerin, et apprit, « par un honheur extraordinaire (1) et grâce à un officier d’économie », que l'avant-garde de la division Winterfeldt appartenant au corps du märéchal, avait pris possession de Turnau sur la rive gauche de l'Iser. La nouvelle était crave; l'ennemi était sur ses derrières, et plus rapproché que lui de ses magasins ct de sa ligne de retraite. Cependant, conservant son sang-froid, et voulant en imposer au duc de Bevern qu'il avait devant lui, Künigsegg resta toute la journée du 25 à Lichenau et ne cemmenca sa retraite qu'à la nuit tombante. Par une marche forcée de vingt heures, le long de la rive gauche de l’Iser, il fut assez heureux, en se glissant presque sous le canon de Schwerin, pour gagner Brandeis et se dérober à la poursuite; mais il ne put sauver son dépôt de Jung-Bunzlaw qui tomba entre les mains de la cavalerie de l'adversaire. Les Prussiens y trouvèrent des vivres, du fourrage, de quoi nourrir #0,000 hommes pendant une période de trois semaines.

Bevern, quoique averti le 2% avril de l'approche de Schwerin, re bongea pas et ne s'apercut du départ de Künigsegg que le 26; il effectua sa jonction avec l'aile gauche des Prussiens à Münchengratz le mème jour. Le vieux maréchal, maintenant à la tète de 50,000 combattants, aurait dû fondre l'épée dans les reins sur les Autrichiens très inférieurs en nombre; il n'en fit rien, se borna à jeter des ponts sur l’Iser, s'orcupa de sa ligne de communica-

(1) Kaunitz à Stahremberg. Relation des affaires de Bohème, 24 mai 1757. Archives de Vienne.

tion qu'inquiétaient les coureurs de Serbelloni toujours immobile à Kæniggratz, et ne parvint que le 1°" mai à Benatek où il séjourna jusqu’au 3 de ce mois. Künigsegg avait pris position à Brandeis, au confluent de l'Elbe et de l'Iser.

Reportons-nous maintenant à l'aile droite des envahisseurs. Le 21 avril, fidèle au programme concerté, le itoi réunit son infanterie à Oltendorf sur la frontière; le lendemain, le duc Ferdinand de Brunswick, à la tête de l’avant-garde, franchit les défilés et rencontra vers Linay une division autrichienne sous les ordres du général Hadik qu'il ne put déloger; à sa gauche une avant-garde prussienne occupa Aussig que la garnison avait évacué après avoir brülé les magasins. Le 2% avril Hadik battit en retraite, et alla rallier le maréchal Browne qui s’était établi avec le gros de son corps dans son ancien camp de Budin , sur i Eger.

Ce même jour Frédéric s'installa à Hlinay, où il fut rejoint par sa cavalerie et son artillerie restées en arrière, et par le prince Maurice de Dessau revenu de sa pointe sur Commotau. De son quartier-généralil adressa ses félicitations à Bevern et Schwerin sur l’heureuse issue de leurs opérations, et un bulletin de victoire à Podewils. Dès le 22 il avait écrit un billet triomphant (1) à sa sœur, Ja margrave de Baireuth : « Dans 10 jours il n’y aura presque plus d'Autrichiens en Bohême. Cela fera changer la face des affaires d'Allemagne et celles d'Europe. » C'était aller un peu trop vite en besogne.

Cependant la marche victorieuse s’accentua; le 27 l'armée du Roi passa l'Eger à quelque distance en amont de Budin; elle trouva celle de Browne en pleine retraite et s'empara d'approvisionnements importants qu'il n'avait pas eu le loisir d’évacuer. Le 30 avril Browne, con-

(1) Frédéric à la Margrave, 22 avril 1757. Correspondance potilique, vol. XIV.

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