ACTIVITÉ DE BROGLIE
inférieur qui, grâce à la lenteur des opérations de l’époque, ne pouvaient se produire qu'à la longue, il fallait s'occuper des armées de Bohème, renforcer le corps de Daun, préparer la marche sur Prague, dresser des projets d'exécution. Broglie se consacra à cette tâche avec son ardeur, nous pourrions dire, avec son exubérance ordinaire. Il n’a aucune confiance dans les talents militaires du général autrichien; il critique le projet que ce dernier a soumis à la cour de Vienne et qu'il communique à Paris. « Je ne doute pas (1) que vous ne trouviez qu'il n'y a pas de sous-lieutenant à notre service qui ne püt en envoyer un aussi satisfaisant... Presque tout le monde convient (2) que le maréchal Daun est incapable du commandement; malgré cela on le lui laisse et on le lui laissera, parce que sa femme est favorite de l’Impératrice et qu'il est personnellement protégé par l'Empereur. J'ai proposé hier à M. le comte de Kaunitz d'envoyer à l’armée M. le Prince de Saxe Hildburghausen que bien des gens regardent comme un très bon homme de guerre, et M. le maréchal Bathyany, pour y tenir avec connaissance de cause un conseil de guerre sur le parti qu’il y avait à prendre. »
Par bonheur pour l’Impératrice, l’idée de choisir le futur commandant en chef de l’armée des Cercles pour rétablir la fortune de ses armes, ne semble pas avoir rencontré beaucoup de partisans. À défaut d’un sujet national, Broglie serait prêt à accepter la place. Kaunitz, non content de lui demander son avis sur les mouvements de l’armée de Daun, lui a offert de se rendre auprès de ce général, il consent, mais sous la réserve que le chancelier l’accompagnera.
Entre temps, les nouvelles de Prague deviennent de plus en plus alarmantes; il n’y a pas un moment à perdre. A la suite d’un comité tenu à Vienne, ordre est donné à Daun
(1) Broglie à Rouillé, 1 juin 1757. Affaires Étrangères. (2) Broglie à Rouillé, 3 juin 1757. Affaires Étrangères.