‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 163 sur 385 · ÉMOTION CAUSÉE A VERSAILLES PAR LA DÉFAITE DE PRAGUE · texte numérisé non relu

ÉMOTION CAUSÉE A VERSAILLES PAR LA DÉFAITE DE PRAGUE

pouvait-on insister auprès de Louis XV pour la formation d'une seconde armée, composée d'éléments nouveaux et de contingents empruntés à d'Estrées, qui viendrait à l'aide des Autrichiens, soit en se joignant à eux, soit en opérant sur la frontière de la Saxe. C'est dans ce sens que furent formulées les demandes d'assistance de l'Impératrice.

Au sein du ministère français et dans les cercles de la cour, l'émotion produite par les événements de Bohème fut indicible. On venait à peine de signer le traité secret dont on se plaisait à escompter les conséquences heureuses; on se flattait, au moyen d’une coalition savamment combinée, de réduire l'ennemi aux abois, de faire cruellement expier à l'allié infidèle la folle aventure dans laquelle il s'était laissé entrainer; et voilà que contre toute prévision, au lieu d'attendre l'assaut concerté, Frédéric fond sur son principal adversaire, le bat et va sans doute l’obliser à renoncer à la lutte. Que deviendra le système de politique récemment inauguré? Quel rôle ridicule sera celui de la France, mise en échec par la faute d'autrui sans avoir pu combattre elle-mème?

Le 18 mai, quelques heures après la connaissance à Paris de la défaite de Prague, Stahremberg présenta sa requête (1) : Il rend compte de ses démarche et des premières impressions recueillies. Les militaires, et à leur tète le maréchal de Belleisle, à qui, il faut en convenir, l'expérience glorieuse acquise à Prague donnait quelque droit de critique, se répandirent en réflexions acerbes sur la conduite des généraux autrichiens. Le Roi lui-même, que l'ambassadeur vit chez la favorite et à qui il communiqua les dépèches de Vienne, porta un jugement sévère sur la retraite précipitée des Autrichiens et sur la dispersion de leurs forces. Cependant Sa Majesté Chrétienne, le Dauphin et tous les ministres, « avaient pris au désastre du 6 mai

(1) Stahremberg à Kaunitz, 21 mai 1757. Archives de Vienne.

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autant de part que s'il fût agi d'un échec de leurs propres armes; l'abbé de Bernis, sur l’ordre du Roi, avait donné les assurances les plus positives et les plus chaleureuses d'amitié et de loyauté. »

Ces sentiments, dont la sincérité n’était pas douteuse, se traduiraient-ils par un surcroit d'efforts de la part de la cour de Versailles? L'Autrichien se garde d’être affirmatif à ce sujet : Le mauvais état des finances, les embarras intérieurs, les retours de l'opinion, assez mal disposée pour des liens dont on commencait à sentir les charges sans en apercevoir les avantages, le doute sur les ressources qui restaient encore à l’Impératrice , l'inquiétude sur la possibilité d’une entente entre elle et le roi de Prusse, étaient autant de raisons qu’on faisait valoir contre l'envoi de nouvelles troupes. Seul un appel direct de Leurs Majestés impériales au cœur et à la générosité de Louis XV, pourrait, avec le concours certain de M"° de Pompadour et de M. de Stainville, entrainer une action immédiate. Après cet exposé, Stahremberg ouvrait une parenthèse pour se féliciter que les signatures du traité secret eussent été échangées avant les événements de Bohème, et pour se demander quel aurait été le sort des négociations si elles avaient été encore en suspens. En dépit de ces sombres réflexions, la dépêche se termine par l'espoir d’une décision favorable à la cause.

Pour fortifier les bonnes volontés, Stahremberg écrivit à Bernis (1) un billet, où il faisait intervenir sa souveraine en lui prètant des propos qu’il avait très habilement tirés de son imagination (2) : « On me marque que l'Impératrice avait dit en présence de plusieurs personnes : « Le roi de France sera bien touché des malheurs qui m'arrivent; il me donnera certainement du secours, et je prévois que Stahremberg nous apprendra bientôt

(1) Stahremberg à Bernis, 25 mai 1757. Archives de Vienne. (2) Stahremberg à Kaunitz, 25 mai 1757. Archives de Vienne.

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