‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 234 sur 385 · PREMIERS EMBARRAS DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

PREMIERS EMBARRAS DE RICHELIEU

portionné à leur valeur ordinaire, La troisième est de mettre ces mêmes peuples, autant que cela sera possible, à l'abri des exactions e l'ennemi. »

Tandis que son correspondant tracait sur le papier des plans stratégiques et rédigeait une sorte de manuel sur les moyens de faire vivre le soldat en campagne, Richelieu était déjà aux prises avec les difficultés de la pratique. Dès le début, il constate, dans un style qui n'a rien d'académique, le manque d'argent. « Le trésorier, écrit-il de Strasbourg (1), n'a aucun fonds pour les fourrages, l'état du Roi, ni les chevaux accordés pour porter les tentes des régiments, ni trainer les canons, ni même M. Gayot (2) aucup ordre, ni même de nouvelles qu'indirectement à propos du fourrage qu'on lui a dit de faire fournir à ces chevaux. Il a donc fallu les acheter à crédit, faire de mauvais marchés, et se plaindre avec raison ainsi que de plusieurs billets donnés sur le trésorier par M. des Pommes, que celui-ci n’a pu acquitter, qu'il a fallu escompter aux Juifs à 20 et 30 pour cent, qui ruinent l'officier sans faire profit à personne. Tout cela a un air de misère et jette une frayeur très raisonnable. »

Du Hanovre, Richelieu n’a pas de nouvelles; aussi est-il sur les épines (3) : « La position de l’armée, dont Maillebois me rend compte, m'inquiète furieusement; car les journées de Bielefeldt ne recommencent pas souvent et mon armée serait bien embarrassante s’il y avait un événement tel qu'il devrait être; mais les jours sont fixés. Le courrier qui doit porter au maréchal d'Estrées l'ordre de me reconnaitre ne doit partir que le 24 ou le 25 si l'on m'a tenu parole; j'ai écrit en conséquence à Maillebois de

(1) Richelieu à Duverney, 24 juillet 1757. Correspondance de Richelieu, Londres. Paris 1789.

(2) Intendant de l'armée de Soubise.

(3) Richelieu à Duverney. Strasbourg, 25 juillet 1757. Correspondance de Richelieu.

se trouver à Cassel le 2, où j'aurais pu être dès le 31, si l'on avait mieux arrangé le tout. »

Enfin le 3 août le nouveau généralissime parvient au quartier-général d Oldendorf; le lendemain il fait part (1 de ses impressions à son confident : « Si j'étais artivé dix jours plus tôt, mon cher Duverney, j'aurais eu bien du mauvais sang de moins. Ce n'est pas votre faute ni la mienne, et c'est cependant la faute de tout le monde, et surtout de moi qui n'ai pas bien vu dans cette rencontre. Mais en vérité le pauvre maréchal d'Estrées m'a parlé avec tant de franchise et a eu de si bonnes facons avec moi que je ne puis en être fâché. »

La position de Richelieu était, il faut l'avouer, des plus fausses. Pendant les derniers jours des pouvoirs de d'F«trées, les succès s'étaient répétés d'heure en heure. Le 1°" août ce sont les députés de Minden qui viennent apporter les clefs de la ville au camp français; le lendemain, c'est une lettre de M. de Schl'estadt, ministre du due d: Brunswick, demandant un passe-port pour traiter dv sort des Etats de son maître. Enfin le 3 août d'Estrées recoit une dépêche annonçant une délégation de la ville et du conseil de régence du Hanovre. C'était donc à bon droit ou'en prévenant Louis XV de la remise du commandement à son successeur, le maréchal disgracié pouvait énumérer avec quelque complaisance les résultats de la campagne.

Dès le lendemain de l’arrivée de Richelieu, d’Estrées quitta l'armée pour les eaux d’Aix-la-Chapelle. « Il n'y eut de bonnes facons, écrit le premier (2), qu'il n’eût avec moi; J'ai fait et je ferai de mon mieux pour qu'il soit content de moi, comme il me l’a paru. »

Il est permis d'avoir des doutes sur la satisfaction du vainqueur d'Hastenbeck, mais il faut reconnaitre que son attitude fut des plus correctes et qu'il s'abstint de toute

(1) Richelieu à Duverney, 4 août 1757. Correspondance de Richelieu. (2) Richelieu à Paulmy, 4 août 1757. Archives de la Guerre.

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(1) Chans:

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