‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 237 sur 385 · MÉCONTENTEMENT DANS L'ARMÉE · texte numérisé non relu

MÉCONTENTEMENT DANS L'ARMÉE

l'accomplissement du beau rêve, Richelieu rencontrait à son tour les difficultés matérielles qui avaient entravé les progrès de son prédécesseur. En outre, l'esprit frondeur qui naguère se répandait er eritiques contre la lenteur de d’Estrées, se retournant avec véhémence contre son successeur, transformait en héros le bouc émissaire de la veille. L’officier, plus encore (1) que le soldat, plaisantait sur le compte du favori de la cour, et l'accusait, par jalousie des lauriers cueiilis, d'en chercher de nouveaux pour satisfaire son amour-propre. Fatigué des longues étapes et des mauvais campements, on aspirait au repos des quartiers d'hiver et on obéissait en rechiganant à des ordres qui semblaient inspirés par des motifs personnels. Maillebois, à la suite des incidents d'Hastenbeck, avait perdu beaucoup de son autorité; les meilleurs divisionnaires, Contades et Chevert, étaient mécontents; le duc d'Orléans, froissé de la nomination de Richelieu qu'il considérait comme un passe-droit, s’apprétait à rentrer en France ; le camp était divisé en factions ennemies. Le nouveau général en chef, brillant, actif, résolu à l’occasion, malgré lc renom d’une carrière heureuse n'avait pas les qualités essentielles du commandement; 1l ne sut pas gagnei ,a confiance de ses subordonnés. À défaut du presüige qui n'appartient qu’au génie, du respect qu'il ne pouvait inspirer, il s’efforca de s’attirer l’aflection du militaire en fermant les yeux sur des procédés dont il était d'ailleurs le premier à donner l'exemple. L'indiscipline que d'Estrées victorieux aurait pu réprimer reprit de plus belle; le système des contributions en argent, pratiqué sur une vaste échelle, et à leur bénéfice, par Richelieu et ses principaux lieutenants, provoqua et encouragea la maraude et la rapine chez le soldat. Le mal grandit peu à peu, mina l8& moral de tous, et fut, avec les fautes de la direction, la principale cause de la ruine de l’armée.

(*) Voir les correspondances citées par Camille Rousset.

Peut-être faut-il attribuer au changement du généralissime l'inaction des Français après l'affaire du 26 juillet: toujours est-il qu'ils ne surent pas tirer parti de leur victoire; pendant plusieurs jours ils s’attardèrent dans le camp d'Oldendorf, à peu de distance d’Hastenbeck. Cumberland mit à profit ce répit pour azcélérer sa retraite qu'il continua presque sans interruption jusqu'à Nienburg, petite place mal fortifiée sur le Weser. Il y séjourna pendant une semaine qu’il employa à essayer de rétablir l'ordre, fort ébranlé par sa marche rapide. Découragés par leur défaite, privés de distributions régulières, les soldats confédérés abandonnaient leurs rangs pour piller (1), n'obéissaient plus à leves chefs et se livraient à toutes sortes d’excès. On quitta Nienburg dans la nuit, et après des étapes longues et fatigantes le commandant de l’armée hanovrienne installa son quartier-général le 8 août à Verden, chef-lieu du duché de ce nom, sur l'Aller, un peu en amont du confluent de cette rivière avec le Weser.

Dès le lendemain de la bataille le contact avait été perdu entre les deux belligérants ; Hameln avait capitulé le 30, Minden avait été occupé par le duc de Broglie le 2 août, mais ce ne fut que le 13 de ce mois, c’est-à-dire sept jours après le départ de Cumberland, que l'aile gauche de l’armée française ateignit Nienburg. Pendant le temps ai..si perdu, Richelieu, immobile à Cldendorf, recueillait les fruits des succès de d’Estrées. Tout d’abord la reddition de Gueldre laissait disnonible la division occupée depuis trois mois au blocus de cette forteresse ; puis arrivait au quartier-général une succession de députations venant offrir la soumission des régions voisines. Le duc de Brunswick, beau-frère du roi Frédéric, aviit quitté l’armée alliée à la suite d'Hastenbeck; aussitôt rentré dans

(1) Hassell, p. 387.

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