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SUSPENSION DE LA MARCHE DES HESSOIS

pour la rapture, ou tout au moins pour un atermoiement. Que ferait-on de ces auxiliaires rentrés chez eux? Avec quelles ressarices les entretiendrait-on? Assemblés en corps et munis de leurs armes, ils constitueraient un danger constant pour ies Français; il faudrait donc les licencier; mais une mesure de ce genre n'était-elle pas contraire à l'esprit et à la lettre de la capitulation qui parlait de placement et, de répartition après accord avec les souverains respectifs. Richelieu avait dès le principe sous-entendu ces précautions, sauf à les effectuer en temps opportun. « J'attends, écrit-il à Paulmy le 16 septembre (1), avec impatience votre ordre pour le désarmement et la dispersion de leurs troupes (de Brunswick et de Hesse); je le ferai toujours par prudence si je ne recevais pas à temps de vos nouvelles. »

Cependant, la dislocation de l'armée de Cumberland se poursuivait ; les généraux Sporcken et Villemeur avaient signé une pièce. (2) réglant les jours de départ et les étapes des régiments destinés à s'éloigner de Stade ; Hanovriens et Hessois devaient quitter cette ville en cinq divisions distinctes, à des dates échelonnées depuis le 20 jusqu’au 28. Tout alla bien jusqu’au 24 septembre; ce jour-là les Hanovriens étaient déjà à Winsen et Harburg, les Hessois à Rothenburg et Seven. Villemeur se disposait à partir de Harburg pour rejoindre le quartier-général à Brunswick, quand arriva un billet de Sporcken; ce dernier prévenaît que le duc de Cumberland avait suspendu la marche de ses colonnes à la suite d’ « un malentendu avec Son Excellence le maréchal de Richelieu. »

Voici l’origine de cet incident : Le landgrave de Hesse, réfugié à Hambourg, avait envoyé le général Donop auprès de Richelieu à Brunswick pour sonder les intentions du vainqueur à l'égard de ses soldats. Le maréchal,

(1) Richelieu à Paulmy, 16 septembre 1757. Archives de la Guerre. (2) Villemeur au ministre, 16 septembre 1757. Archives de la Guerre.

avec une franchise qui devait lui coûter cher, répondit qu'il n'avait rien voulu insérer à ce sujet dans le traité. mais que les Hessois aussitôt parvenus dans leur pays auraient à déposer les armes; il ne pouvait pas laisser sur ses derrières un corps organisé de 13,000 hommes. Donop s'empressa d’aviser son maitre qui à son tour avertit Cumberland. Ce dernier fort ému, détermina Lynar à se rendre sur le champ à Brunswick, porteur d'une lettre pour le maréchal, où il se plaignait « d’une exigence contraire aux termes de la convention et à l'esprit de loyauté qui avait dicté sa signature. » Quelles que fussent les conséquences du refus, il n’admettait pas, et n'admettrait jamais, la prétention du général francais; jusqu’à échange d'explications, il avait donné ordre d'interrompre la marche des troupes. Cumberland termine le rapport qu'il fit à son père sur l'occurrence (1) en annonçant la réception d’une dépêche de Lynar : Le ministre danois avait obtenu de Richelieu l'abandon d’une idée qu'il fallait attribuer plutôt « aux préoccupations de sa cour qu’à une intention quelconque de tirer parti d'une chicanerie déloyale. »

A vrai dire, la version qu'avait rapportée à Cumberland le diplomate danois de son entrevue avec le maréchal, diffère quelque peu de celle de Richelieu lui-même. « Il n'a fallu aucune négociation, écrit-il à Bernis (2), pour inspirer à M. le comte de Lynar le projet d'articles à ajouter à ce qui s’est fait, pour expliquer ce qui n'avait pas paru assez intelligible dans la capitulation dû 10 septembre... mais comme les troupes hessoises marchent depuis le 20, il a bien fallu prendre sur moi le choix du parti de les faire rebrousser, celui de les faire continuer, ou de les laisser où elles étaient; ce dernier m'a paru le

(1) Cumberland à Holdernesse. Stade, 29 septembre 1757. Newcastle Papers.

(2) Richelieu à Bernis. Halberstadt, 29 septembre 1757. Archives de la Gucrre,

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