DÉPÊCHES DE BERNIS
ven, on regrettait la hâte qui n'avait pas permis de prendre le mot d'ordre à Versailles. Certains articles de la convention se prêtaient à uos « interprétations artificieuses et arbitraires »; l'article 1 avait bien édicté la cessauon des hostilités; « mais comme on a omis de lixer le terme de cet armistice, nos ennemis pourraient en restreindre ou en étendre les bornes suivant qu'ils le jugeraient à propos. En eflet, qui répond que lorsque la plus grande partie des forces du Roi ne sera plus dans la position où elles sont encore actuellement, M. le duc de Cumberland ne prétendra pas recommencer les hostilités? Et qui sait si alors l'Angleterre ne lui enverra pas un corps considérable des troupes nationales? L'article 3 mérite encore plus d'attention; il y est stipulé que les troupes hanovriennes qui ne resteraient pas à Stade ou aux environs de cette place, passeront l’Elbe pour se rendre sur la rive droite de ce fleuve; et c’est à quoi se réduit uniquement l'engagement qui a été pris à cet égard. Il s'ensuit qu’on leur a laissé une liberté entière et indéfinie de se porter où l’on voudra et d’en faire l'usage qu'on jugera à propos. Il ne tiendrait donc qu'au roi d'Angleterre de leur ordonner de se joindre dès à présent à l’armée du roi de Prusse, soit en Saxe, soit en Poméranie, soit partout ailleurs. Il est aisé de juger que dans ce cas-là, bien loin d’avoir retiré quelque avantage de la convention qui vient d’être conclue, nous aurions
donné fort imprudemment dans un piège dont les suites
pourraient être dangereuses pour nous et funestes à nos alliés. »
Certes la cour de Versailles a toute confiance « dans la probité du roi de Danemark », et rend justice « à la pureté des intentions de ses ministres » ; aussi compte-t-elle sur leur concours pour faire disparaitre toute équivoque. La ratification de la capitulation n'ayant pas été réservée, il devient nécessaire d’avoir recours à une « déclara-
tion interprétative. » Bernis pour éviter tout malentendu a soin d'en dicter les termes : « Vous déclarerez à Sa Màjesté danoise et à ses ministres que le Roi a donné une entière approbation à la convention qui à été conclue et à tous les articles qu'elle renferme, dans la persuasion où est Sa Majesté 1° que la suspension d'armes qui a été stipulée en termes généraux ne regarde pas mo’ns les troupes hanovriennes qui ont passé l'Elbe que celles qui doivent rester à Stade, et que cet armistice doit durer autant que la guerre, à moins que de concert on lui assigne un terme dont on conviendra; 2° que les troupes hanovriennes qui sont au delà de l'Elbe ne pourront en aucun cas, ni sous aucun prétexte que ce soit, se joindre au roi de Prusse ou à ses alliés, ni servir contre le Roi et les alliés de Sa Majesté. »
Quand ces importantes dépêches furent ouvertes par Richelieu, le projet d'interprétation rédigé de concert avec Lynar était déjà parti pour Paris. Le maréchal, escomptant un accord qu'il croyait certain, rassuré du côté du Hanovre, concentra toute son attention sur les mouvements des Prussiens.
Pendant cette accalmie apparente l'horizon s’obseurcissait à Londres, où le roi George et son cabinet, par leurs agissements, allaient donner raison aux appréciations peu flatteuses de Bernis sur la politicue britannique.
A la lettre de blâme de son père, Cumberland répondit par quelques m::; (1) où il se bornait à annoncer son prompt retour. Dans un billet expédié à Holdernesse (2 par le même courrier, il se justifia des accusations lancées contre lui : « J'ai agi conformément aux ordres de Sa Majesté, pour le bien de l'armée et du pays dont Elle m'avait confié la garde. Je n’ignorais pas que la négociation avait
(1) Cumberland au Roi. Apostille traduite. Stade, 30 septembre 1757. Neucastle Papers.
(2) Cumberland à Holdernesse. Stade, 30 septembre 1757. Newcastle Papers.
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