ACCUEIL FAIT A CUMBERLAND
été entamée sans la participation des ministres anglais de Sa Majesté. Aujourd'hui, puisque le baron de Münchhausen à recu l'ordre de leur exposer toute la procédure de l'affaire, j'exprime le vœu sincère qu'ils soient à mème par leurs conseils de permettre à Sa Majesté de sortir des embarras actuels, embarras qui, j'ose le dire quoique personnellement en cause, n'ont pas été augmentés par cette malheureuse convention. »
Pour en finir avec l’infortuné Prince, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire le récit (1) que nous a laissé Newcastle de l'accueil qu'il recut de son père. « Le duc est arrivé hier soir; il a eu avec le Roi une courte entrevue qui a duré quatres minutes. Sa Majesté m'a raconté tout ce qui s'était passé : Elle a dit à Son Altesse qu'il avait causé la ruine de ses États et de son armée: il avait tout gâté et avait perdu sa propre renommée. Le duc s'est défendu en s'appuyant sur ses instructions; s’il ne pouvait obtenir justice du Roi, il serait obligé de sauvegarder sa réputation du mieux qu'il pourrait, laissant à entendre qu'il n'avait pas d'inquiétude à cet égard, Il a alors remis au Roi un rapport contenant l'apologie de sa conduite et reproduisant les ordres recus... Sa Majesté m'a dit encore que le duc avait prié Lady Yarmouth d’être son intermédiaire auprès d’Elle pour obtenir l'autorisation de se démettre de tous ses emplois, et on m’assure que Son Altesse est bien décidée à ce parti... Aujourd'hui tous les ministres, par ordre du Roi, ont assisté au cercle tenu par le duc. Il a été très poli et a parlé à tous, excepté à lord Holdernesse. Lady Yarmouth m'a raconté sa conversation avec le duc. Son Altesse lui a dit qu'après ce que le Roi lui avait écrit, à lui et sur son compte, le souci de son honneur ne lui permettait pas de rester au service. »
D'après la relation de Walpole (2), George, qui faisait sa
(1) Newcastle à Hardwicke , 12 octobre 1757. Newcastle Papers.
2) Walpole. Memoirs of the reign of George II. Vol. HE, p. 61.
partie de cartes chez sa fille la princesse Amélie, aurait à peine adressé la parole au duc, et se serait même écrié en sa présence : « Voilà mon fils qui m’a ruiné, moi, et qui s’est déshonoré lui-même. » Walpole, d'ordinaire très sévère dans 3es appréciations sur Cumberland, rend hommage à son attitude pleine de correction à l'égard de son père; à l'en croire, ce Prince en refusant de produire pour sa äéfense des pièces qui eussent été accablantes, se serait sacrifié pour sauver l'honneur du Roi.
Dans les milieux diplomatiques, on discerna bien le véritable état des choses. « Je puis vous assurer, écrit l’ambassadeur d’Espagne d’Abreu (1), que la convention honteuse signée par le duc de Cumberland a été conclue d’après les ordres de Sa Majesté britannique, conçus en termes précis et explicites; mais son Altesse Royale n’aurait pu se justifier sans dévoiler le secret, et sans compromettre son père aux yeux du roi de Prusse qui a été très froissé par le fait de la convention. Aussi a-t-on jugé à propos de donner à l'Europe un témoignage public du mécontentement de Sa Majesté britannique à l'égard de son fils. » Malgré les démarches qui furent faites auprès de lui, Cumberland persista dans sa résolution de quitter le service ; il rentra dans la vie privée, et racheta par la dignité des dernières années de sa vie la brutalité et la cruauté déployées en 1746, lors de la répression de l’insurrection écossaise, et qui lui avaient valu le surnom de « Cumberland le boucher. » 1
Avant même le retour du Prince, le roi George s'était décidé à ne pas ratifier la capitulation. Les prétextes étaient faciles à inventer; tout d'abord on prétendit qu’elle ne devait pas s'appliquer aux Hessois à la solde de l'Angleterre, et pour lesquels Cumberland, agissant au nom de l'Électeur du Hanovre, n'avait pas pouvoir de traiter. Hol-
(1; Abreu à Grimaldi, 18 octobre 1757. Confidential miscellaneous. Record Office.
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