DIVERGENCES DE VUES ENTRE DUVERNEY ET BELLEISLE
ble d'avis, auxquels venait se mêler celui de Stahremberg, interprète des desseins de sa cour, résultaient parfois des contradictions absolues, le plus souvent un décousu fâcheux dans les instructions envoyées aux différents commandants d'armée. La plupart du temps, les fluctuations du conseil se reflétaient dans les dépêches des ministres qui, après avoir exposé les partis à prendre et indiqué les préférences du Roi, finissaient presque toujours par s'en rapporter à la décision des généraux.
Dans l'espèce, les autorités militaires de l'entourage de Louis XV étaient en désaccord. Duverney avait toujours été partisan de l'occupation d’Halberstadt et des districts prussiens situés sur la rive gauche de l'Elbe; il était convaincu que les Francais y trouveraient les ressources en vivres et en fourrage indispensables pour la saison d'hiver, et pour le siège de Magdebourg qu'on espérait entreprendre en 1758. À cette besogne il suffirait, selon lui, d'affecter une vingtaine ou une trentaine de mille hommes que Richelieu en personne pourrait y conduire; au surplus, il était opposé à toute idée de renforcer l'armée de Soubise aux dépens de celle du maréchal; l'affection qu'il avait conservée pour celui-ci, malgré des divergences de détail, lui faisait repousser ane combinaison préjudiciable à son ami. Belleisle au contraire qui détestait Richelieu, et qui faisait peu de cas de ses talents stratégiques, aurait voulu donner le rôle principal à Soubise, affranchi du voisinage et de la tutelle des Impériaux, et augmenté d'un fort conlingent tiré de l’armée du Hanovre. Il fait part de ses vues à Castries (1), officier général du corps auxiliuire : «Vous n'ignorez pas que c'est à mon insu que cette jonetion avec l'armée de l'Empire à été projetée et informée. de me suis élevé contre, avec toute la force et la vivacité que vous me connaissez, dès que j'en ai été informé. et j'ai
(1) Belleisle à Castries, 26 septembre 1757. Archives de la Guerre.
prévu et prédit tout ce qui arrive. Je suis occupé à dissoudre cette communauté, et je demande pour cela que l'on grossisse votre corps de vingt bataillons et de vingt-cinq ou trente escadrons..… Je veux espérer que cela sera, mais il y aura eu du temps précieux de perdu. »
Après quinze jours de débats inutiles, l'offensive de Frédéric et la retraite sur KEisenach tranchèrent la question. Dès le lendemain de (1) l’arrivée du courrier qui apportait ces avis alarmants, ordre fut envoyé (2) à Richelieu de dégager son collègue en faisant une diversion sur Halberstadt, et de combiner avec lui une action commune. Le commandant de l'armée du Hanovre, il faut lui rendre cette justice, n'avait pas attendu l'invitation de Paris pour répondre à l'appel de Soubise. Il lui manda (3 que, débarrassé de Cumberland par la convention de Closter Seven, il dirigeait son armée sur Brunswick, il espérait être de sa personne dans cette ville pour le 19 septembre, et y avoir réuni le gros de ses troupes le 23. « J'ai abandonné sans regret les arrangements qui restaient à faire pour les limites et les établissements, pour ne point mettre de retard dans la marche, parce que si le Roi de Prusse a réellement le projet d'aller sur vous je n'ai pas un moment à perdre. » À Stahremberg il est aussi affirmatif : « Rien (#) ne peut plus détourner toutes es forces du Roi de marcher contre le roi de Frusse, et je compte ètre incessamment à portée d'interrompre les projets qu'il aurait pu former. »
Le concert qu'enjoignait la cour donna lieu à une longue correspondance entre les deux généraux intéressés; mais avant d'analyser les lettres échangées, il nous faut repren-
(1) Stahremberg à Kaunitz, 14 septembre 1757. Archives de Vienne.
(2) Paulmy à Richelieu, 12 septembre 1757. Archives de la Guerre.
(3) Richelieu à Soubise. Brême, 12 septembre 1757. Archives de la guerre.
(4) Richelieu à Stahremberg, 10 septembre 1757. Lettre citée dans la depêche de Stahremberg à Kauaitz du 16 septembre. Archives de Vienne.
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