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CHAPITRE PREMIER

INVASION DE LA SAXE. — CAPITULATION DES SAXONS. RUPTURE ENTKE IA FRANCE ET LA PRUSSE.

La réponse négative de l'Impératrice Marie-Thérèse à l'ultimatum de Frédéric, fut, comme on le sait, le prétexte immédiet de la rupture définitive entre les deux souverains, et l'occupation de la Saxe par l’armée prussienne fut le premier acte de la serre de Sept Ans. Mais avant d'aborder les événements militaires et les négociations diplomatiques qui marquèrent la fin de l'année 1756, il convient de passer une revue rapide des ressources et de la puissance relative des divers États qui allaient prendre part à la grande mêlée. Commençons par la Prusse.

Au milieu du dix-huitième siècle, ce royaume se composait de plusieurs tronçons séparés par des territoires étrangers. Tout d'abord, vers l’est, entourée par la Pologne dont elle était pour ainsi dire une enclave, la Prusse ducale avec son chef-lieu Kônigsberg où les Électeurs de

LA t u

Ps ce LA GUERRE DE SEPT ANS. — CHAP. 1.

Brandebonrg avaient ceint, il y avait ua demi-siècle, la couronne royale. Entre cette province et le reste des possessions de Frédéric, s'intercaisient la Prusse royale ou occidentale et le duché de Posen, appartenant tous les deux à la Pologne. Au centre de la monarchie, le Brandebourg, la Poméranie, moins le département &e Stralsuod qui, sous la dénomination de Poméranie suédoise, relevait encore de la Suède, les pays de Magdebourg, de Halle et d’Halberstadt, et enfin le beau duché à@e Silésie récemment arraché à l’Autriche. Du côté du Rhin, le roi de Prusse était maitre du duché de Clèves, des principautés de Moers et de l’Ostfrise avec le port d’Embden, du comté de la Marck, et enfin de quelques cantons de Westphalie, y compris la ville de Minden. Ses États, épars sur la carte de l’Allemagne du nord depuis le Rhin jusqu’au Niémen, n'étaient protégés contre une attaque par aucur obstacle naturel, et s'étendaient sur une ligne beaucoup trop longue pour une défensive efficace. Ils comptaient une population de 5 millions d'habitants environ, et produisaient un revenu annuel de #8 millions de livres dont les trois quarts cr nsacrés à l'entretien des troupes. Le trésor royal, épuisé par les premières guerres de Silésie, avait été reconstitué pendant la période de paix, et contenait lors de l'ouverture des hostilités un eucaisse de 9 millions d’écus. L'armée prussienne était sans conteste la plu: belle et la plus solide de’ l'Europe. Au mois d'août 1756, elle atteignait un effectif de pius de 155,000 hommes, dont environ 27,000 affectés aux places-fortes. Les troupes de campagne étaient réparties en 126 bataillons d'infanterie, 210 escadrons de cavalerie et # bataillons d'artillerie,et de génie. A peu près la moitié de ces forces était formée C’étrangers; l’autre moitié était levée dans les anciennes provinces de la monarchie.

Grâce à l’organisation régionale, l'armée prussienne jouissait du double avantage d’une mobilisation rapide et

RESSOURCES DES BÉLLIGÉRANTS. 3

d’un recrutement assuré des bataillons en campagne. Son outillage de guerre était supérieur à celui des autres nations. Des rangs les plus élevés jusqu’au dernier troupier, une discipline de fer étreignait la masse. Habitués à l'obéissance la plus stricte, rompus aux manœuvres et à la marche, stimulés par des méthodes nouvelles, guidés par une directicn aussi absolue qu'intelligente, les soldats de Frédéric avaient une foi aveugle dans leur chef et se considéraient à bon droit commie les premiers du monde.

Le principal adversaire de la Prusse, l'Autriche, avait

fait au point de vue militaire des progrès sensibles depuis.

la paix d’Aix-la-Chapelle. Malgré la perte de la Silésie, elle possédait un territoire, une population, des ressources bien supérieurs à ceux de sa rivale. Maîtresse de la Lombardie, des Pays-Bas, de plusieurs districts détachés en Souabe, l’Impératrice Marie-Thérèse exercait de plus son autorité sur presque toutes les provinces qui constituent l'empire actuel d'Autriche et le royaume de Hongrie. Par contre la Galicie appartenait encore à la Pologne, la Dalmatie dépendait de Venise; la Bosnie, l'Herzégovine, la Bukovine et quelques cantons de l’Esclavonie étaient soumis à la Porte ottomane. Les contrées gouvernées par l'Impératrice-Reine étaient peuplées d'environ 18 millions d'habitants (1) et rapportaient un revenu qui devait s’éle-

ver à près de 150 millions de livres. Son armée, d'après

lés états fournis au comte d'Estrées (2) pendant son séjour

à Vienne, atteignait vers la fin de 1756 un total de 220 à 225,000 hommes; elle se décomposait en 220 bataillons de ligne, ## bataillons d'infanterie légère formée d’Esclavons

(1) Voir Comte de Mirabeau. De la murarchie prussienne sous Frédéric de Grand avec recherches sur les principales contrées de l'Allemagne. Londres 1788. Les chiffres de Mirabeau sont postérieurs de quelques années à la guerre de Sept Ans.

(2) Tableau7 annexés aux dépêches d’Estrées des 20 octobre et 22 décembre 1756. Archives de la Guerre. Les chiffres donnés, bien que différents dans les détails, arrivent à peu près aux mêmes totaux. |

et de Croates auxquels on avait donné une organisation régulière, 210 escadrons de cuirassiers et dragons, et 140 escadrons de cavalerie hongroise et esclavonne. A ces 174,000 fantassins et #4,000 cavaliers, venaient s'ajouter ,000 artilleurs et mineurs. Sur cet effectif considérable 140,000 hommes environ étaient prêts à entrer en campagne; le reste servait aux dépôts et dans les garnisons. Depuis l'adoption par les Autrichiens de la baguette en fer, pour le fusil de munition, l'armement des deux infanteries ennemies était à peu près identique. Chaque bataillon trainait à sa suite deux pièces de campagne; l'artillerie de réserve, sous la sage direction du prince de Lichtenstein, avait réalisé des progrès énormes. C'était dans le commandement et dans le service de l’État-major que se révélait la grande supériorité de l’organisation prussienne. Sous la main du roi, tout pliait; avec lui l’indécision, la rivalité des généraux s'effaçaient devant des ordres qui n’admettaient ni discussion, ni réplique. Dans les armées de l’Impératrice, la division des cor seils, la jalousie des chefs, la morgue des grands seigneurs, exercaient une influence néfaste et paralysaient souvent l'avantage du nombre et la valeur incontestable des troupes. Des alliés des belligérants, seuls les Saxons prirent part, bien malgré eux, à la campagne de 1756. Sans l'incapacité de leur roi et de ses ministres, 1!3 eussent pu peser d'un poids décisif dans la mêlée. L'Électorat, dont les limites s'étendaient beaucoup plus au nord qu'aujourd'hui, et qui comprenait alors des villes et des territoires comme ceux de Torgau et Wittemberg actuellement annexés à la Prusse, avait une population de près de 2 millions d’habitants et un revenu de 22 à 23 millions de livres. L'armée, calculée sur le pied du royaume voisin, aurait dû s? monter à 50 à 60,000 hommes; mais les recettes du trésor, gaspillées en folies luxueuses, en largesses ruineuses au profit de quelques courtisans, étaient insuffisantes pour

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