ÉTAT DES ARMÉES
maintenir un pareil effectif. Depuis l'expiration du traité anglais et la cessaüon du paiement des subsides pritanniques, il avait fallu congédier une partie de la troupe et négliger l'entretien des approvisionnements et du matériel. Lors du commencement des hostilités, l'armée saxonne ne comptait guère sous les drapeaux que 23,000 hommes (1), dont 3,000 détachés en Pologne.
Vers la fin d'août 1756, Frédéric, dont les préparatifs étaient faits depuis quatre semaines, avait sur l'adversaire l'avantage que donnent un plan de campagne arrêté et des mesures d'exécution prises à l'avance. L'armée principale, destinée sous les ordres du roi à envahir la Saxe, à se rendre maitresse des États et des ressources militaires du Roi électeur, puis à pénétrer en Bonême, se composait (2) de 67 bataillons et 101 escadrons, avec un effectif d'environ 70,000 hommes; elle emmenait avec elle 382 canons et mortiers de 3 et de 6, y compris les 33% pièces attachées à l'infanterie à raison de deux par bataillon. Un corps de 27,000 hommes, sous les ordres du maréchal Schwerin, partirait de la Silésie, entrerait en Bohème et seconderait les opérations de la première armée. Ainsi sur les 128,000 soldats dont Frédéric pouvait disposer pour ses opérations de campagne, 100,000 environ étaient affectés à l'attaque dirigée contre l’Impératrice; le reste suffirait à surveiller les Russes dont il n’y avait rien à craindre pour l’année courante, et les Français dont les intentions paraissaient encore incertaines.
A ce formidable assaut Marie-Thérèse ne pouvait opposer que des forces très inférieures. Un état communiqué (3) à la fin d'août par Kaunitz au chargé d’affaires
(1) Aster, Kriegswirren =wischen Preussen und Sachsen, Dresde, 1848, page 160.
(2) Geschichte des Siebcniährigen Krieges, par un officier de l'Étatmajor général prussien. Journal de Gaudi, cité par Aster.
(3) Ratte au ministre, 24 août 1756. Affaires Étrargères.
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de France, indique un total de 91,000 hommes pour les troupes cantonnées en Bohème et Moravie; mais beaucoup de régiments étaient encore en merche et les cadres étaient loin d'être au complet; ïe feld-maréchal Browne n'avait encore sous ses ordres au camp de Kolin que 25,000 fantassins et 7,000 cavaliers, et son collègue le comte Piccolomini, en Moravie, ne disposait que de 22,000 soldats. Les Autrichiens n'avaient encore recu ni leur artillerie, ni leurs munitions de réserve, et leurs convois n'étaient pas organisés. En dépit de toute l’activité du cabinet de Vienne, ce ne fut que vers la mi-septembre que Browne put quitter son camp, et dans les derniers Jours de ce mois qu'il se sentit assez fort pour se porter au-devant des Prussiens.
En résumé, pour le moment Marie-Thérèse se trouvait dans un état d’infériorité bien marqué vis-à-vis de son adversaire : Les alliances avec la Russie et la France auxquelles on travaillait depuis longtemps n'étaient pas encore conclues; tout au plus pourrait-on compter sur l’entrée en scène vers la fin de l'automne des quelques auxiliaires promis par les traités existants. Longtemps avant leur arrivée le sort de l'Autriche serait tranché sur les champs de bataille de la Bohême, peut-être mème sous les murs de Vienne. De l'Allemagne, malgré les dispositions favorables de la plupart des États de l'Empire, il n’y avait rien à espérer. La Saxe, exposée aux premiers coups de l'ennemi, se résignerait à laisser traverser ses territoires par l’armée prussienne, et accepterait volontiers la neutralité qui lui serait imposée. Il en serait de mème de la plupart des princes germaniques; presque tous, sans distinction de culte et de région, tout en manifestant leurs sympathies pour l’un ou l’autre des belligérants, semblaient d'accord pour se désintéresser d’une lutte où leur faiblesse trouverait plus de perte que de gain.
Examinons maintenant le parti que le roi de Prusse tira
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