‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 33 sur 385 · ST AE A · texte numérisé non relu

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dont je l'avais positivement assurée par ma dernière dépêche; j'ai fait paraitre beaucoup de crainte que l'où me soupconnerait de beaucoup de légèreté et d'étourderie, d'avoir avancé si précisément une chose dont je n'étais pas sûr, et que j'étais dans le cas de devoir contredire six jours après. »

On sut trouver une réplique à toutes ces considérations, qu'elles fussent d'ordre politique ou moral, et Stahremberg dut s'avouer que le parti de la cour de Versailles était bien pris, et qu'il serait inutile d'essayer de la faire revenir. Changeant son terrain de discussion, il insinua que si l’on « comptait de parvenir à tous les grands avantages... du traité secret, en ne faisant nul autre effort que celui de faire passer dans le pays de Clèves un corps de 24,000 hommes, on aurait ces avantages à bon marché, mais que ce n'était pas là le compte de ma cour qui exigerait bien autre chose. On a répondu qu'on était prêt à tout faire... quand notre traité serait conclu, que c'était là ce qui arrêtait tout; que ce n'était pas à nous de nous plaindre de la France, mais bien à la France de se plaindre de nous... » L'ambassadeur se résume enc. ermes :« Les choses ne prendront ici la tournure que nous désirons que quand le traité sera conclu, et l'abbé de Bernis mis en place. L'une de ces deux choses ne suffirait pas, il nous les faut toutes deux, »

Dans le malencontreux mémoire remis par Bernis, se trouvaient énumérées les raisons railitaires qui s’opposaient à l'envoi des auxiliaires en Autriche : retard de la saison qui empècherait d'arriver en temps utile, difficulté de recrutement d’un détachement aussi éloigné , nécessité de conserver des troupes sur les côtes de l'Océan et de la Manche, dans le Dauphiné et les Cévennes, en Corse et à inorque ; obligation de former une armée sur le Bas-Rhin, pour surveiller la Hollande et protéger les princes allemands alliés du Roi. « Il ne serait pas raisonnable, disait-on, que la France, sans un grand motif d'intérêt, prodiguat

ut

DÉCONVENUE DE STAHREMBERG. 6 toutes ses ressources, perdit de vue ses propres ennemis pour aller combattre ceux de ses alliés, et sacrifiat tout à l'amitié et au hasard des événements, sans écouter la prudence et la saine politique. »

Comme conclusion, on annonçait la mission du comte

d'Estrées « à Vienne, pour entrer dans de plus grands détails, ainsi que dans plusieurs autres réflexions également importantes. Si l'Impératrice persistait dans son projet de Moravie, (ce que l'on n'ose croire ici), le comte d’Estrées réglera avec les ministres de Sa Majesté l'Impératrice tout ce qui concerne la marche, le logement et La subsistance de nos troupes auxiliaires. Dans ce cas, le roi fera le plus grand sacrifice qu'il puisse faire à l'amitié qu'il a pour Sa Majesté l'Impératrice, et à la fidélité à ses engagements. » Puis obéissant à la maxime d’après laquelle, pour se tirer d’un mauvais pas, il n’y a rien de tel que de s’en prendre à celui vis-à-vis duquel on à des torts, on insistait pour l'accession la plus prompte possible de l'Empereur, en sa qualité de Grand-duc de Toscane, au traité de Versailles. Cette demande visait la conduite des autorités grand-ducales, et notamment de Livourne, dont la partialité évidente pour la marine anglaise avait donné lieu à des récriminations, et motivé une correspondance qui trainait en longueur.

En faisant part à sa cour de sa déconvenue, Stahremberg eut à cœur de défendre sa réputation de diplomate et d'homme bien renseigné : S'il avait prédit (1) le départ prochain des troupes de secours, c'était parce qu'il s'était fié aux assurances de Soubise, de Bernis et d'Argenson: il avait même pris la précaution de rendre visite à Brunov à M. de Montmartel (2) pour le faire agir sur Belleisle ; c'était ce dernier seul qui, malgré sa bonne volonté pour l’alliance autrichienne, avait fait changer la résolution déjà prise. Du reste, il ne saurait trop l’affirmer, le véritable obs-

(1)Stahremberg à Kaunitz. Compiègne, le 12 octobre 1756. Archivesde Vienne. (2) Paris de Montmartel, le célèbre banquier, frère de Paris Duverney.

tacle à l'accord sur les opérations militaives était le retard apporté à la conclusion du traité secret: M"° de Pompadour, avec laquelle il avait eu ua long entretien, venait de le lui répéter.

Ce compte-rendu interprétait avec fidélité les sentiments dont s'inspiraient les conseils de Louis XV. La majorité, tout au moins, des ministres étaient parfaitement ralliés à la cause autrichienne ; en différant l'envoi du corps auxiliaire, ils cédaient à la méfiance naturelle à l'égard d'une puissance dont on s'était trop récemment rapproché pour s'en rapporter sans réserves à sa bonne foi, et au désir légitime de s'assurer la rançon des sacrifices qu'on aurait à s'imposer. Nous trouvons dans les lettres intimes de Bernis la trace de ces préoccupations. « Nous sommes, écrivait-il (1) à son ami Paris Duverney, dans la crise de la grande décision; nous en viendrons à bout, quoique la Marine s’y oppose, et un peu la Finance; la Guerre m'a trou vé assez courageux. Je voudrais bien après tant d’'épreuves qu'elle me connût tel que je suis, mais il ne faut pas s’en flatter.. La Russie est décidée; tout va bien, si nous savons seconder la fortune. » Un second billet (2) au même correspondant (3) est plus explicite : « On a commencé par se lier vis-à-vis de l’Impératrice, et puis l'on examine s’il faut exécuter ce qu'on lui a annoncé. Rien ne nous aurait plus mis dans la dépendance que notre corps de troupes dans la Bohème ou en Moravie; c'était lui donner 2%,000 otages qui restaient à sa disposition, au lieu que sur le Rhin nous sommes nos maitres; nous agirons selon qu'Elle se conduira. Ce seul mot éclaircit

. bien des choses. »

(1) Bernis à Paris Duverney. Fontainebleau, 13 octobre 1756. Correspondance «uw Cardinal de Bernis avec M. Paris Duverney. Londres et Paris 1790.

(2) Bernis à Paris Duverney. Fontainebleau , 18 octobre 1756.

(3) Nous aurons à revenir sur le rôle prépondérant joué par Paris Duverney dans la préparation des plans de campagne et dans les intrigues militaires de l'époque.

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