‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 34 sur 385 · DISSENTIMENTS A PROPOS DU HANOVRE · texte numérisé non relu

DISSENTIMENTS A PROPOS DU HANOVRE

La diversion sur le Rhin, l'invasion du Hanovre, étaient en effet le projet favori de la cour de France qui se souciait fort peu de détacher une partie de ses forces au fin fond de l'Autriche. Cette dernière, au contraire, très encline à ménager les princes protestants du nord de l'Allemagne , était contraire à toute opération militaire qui les obligerait à sortir de la neutralité, Ce dissentiment radical entre les vues des deux alliés, latent encore, devait s'accuser de plus en plus au fur ct à mesure de la discussion. Cependant il fallait bien expliquer à Vienne les motifs qui avaient fait ajourner la marche de la division auxiliaire, et combiner avec les conseillers de l'Impératrice les mouvements des armées pour la saison prochaine.

Comme nous l'avons vu, le comte d’Estrées, lieutenant général sur le point de passer maréchal de France, fut chargé de cette tâche épineuse; il ne devait aborder que les questions d'ordre militaire, et n'avait pas été initié aux négociations en cours pour le traité secret, qui se poursuivraient en France. Malheureusement, les plans de campagne avaient une connexité si intime avec les conditions de la convention pendante, qu’il devint fort délicat de respecter la distinction qu'on avait voulu établir entre les pourparlers à Vienne et ceux de Versailles. C'est ainsi que sans attendre le résultat de la mission de d'Estrées, Stahremberg attaqua le chapitre du Hanovre. Déjà,

dans une dépêche du 27 septembre (1), Kaunitz lui avait fait part d’une démarche importante de M. de Steinberg, ministre du Hanovre à Vienne. À en croire ce diplomate, le roi Georges regrettait les troubles survenus entre le Roi de Prusse et l’Impératrice-Reine. Désireux, en sa qualité d'Électeur, de travailler au maintien de la paix de l'Empire, il était fermement résolu à ne pas s'engager dans la guerre, mais inquiet des projets d'agression que l'on prè-

(1) Kaunitz à Stahremberg, 27 septembre 1756. Archives de Vienne.

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tait À la France, il serait heureux d'être rassuré à cet égard. « J'ai cherché, écrivait Kaunitz, à entretenir la peur du ministre du Hanovre, et je lui ai laissé entrevoir cependant quelque espérance de pouvoir se garantir du mal qu'il craint, s'il veut cheminer droit et prendre des mesures telles que nous pouvions le désirer... Cette réponse nous met à même de voir venir les Hanovriens, et il ne serait peut-être pas impossible d'en tirer parti un jour; mais nous ne ferons absolument rien sans avoir le concours et le consentement de la France. »

Stahremberg qui ne se dissimulait pus les côtés scabreux de la question soulevée, commença par communiquer la dépêche de Vienne, et chercha à deviner les intentions du ministre français. « On à paru ètre content (1), mais je n'oserai pas assurer que cela soit eflectivement ainsi... car je le répète, la matière est extrèmement délicate, et ce point m'a toujours paru, depuis le commencement de la négociation avec cette cour, un des jlus épineux à traiter. »

Pendant qu’à Paris on se dérobait aux engagements pris et confirmés par des promesses récentes, à Vienne on était encore à la Joie et à ia reconnaïssance occasionnées par les premiers avis de France. Kaunitz, en faisant part de l'envoi (2) des commissaires munis des lettres réquisitoriales pour faciliter là marche des troupes francaises, promettait à celles-ci le meilleur accueil. « On les traitera, en tout et pour tout, d'une facon conforme aux principes qui nous guident en tout ce qui peut intéresser le Roi, et faire voir à toute l'Europe les attentions particulières qu'a l'Impératrice pour tout ce qui lui appartient. Nous aurons, j'espère, 24,000 témoins de ce que je vous annonce. » Par le mème courrier parvinrent à l'ambassade un rescrit avec

instructions détaillées, des pleins pouvoirs pour la con-

(1) Stahremberg à Kaunitz, 12 octobre 1756. Archives de Vienne. (2) Kaunitz à Slanremberg, 10 octobre 1756. Archives de Vienne.

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LETTRE DE KAUNITZ A Mn° DK POMPADOUR. 73

clusion du traité secret, et enfin un billet en français (1) de la propre main du chancelier, destiné à être mis sous les yeux de Belleisle. « Nous comptons absolument sur lui, disait Kaunitz, il est plus capable que qui que ce soit de voir les choses dans le grand; nous regardons un grand homme comme lui comme le don le plus précieux que la Providence pouvait faire à la cause commune, dans la circonstance présente. » Sans nier la valeur de Belleisle, il semble que Kaunitz ait quelque peu dépassé la mesure, cependant bien large, des flatteries épistolaires en usage au dix-huitième siècle.

Comme specimea du mème genre, nous ne devons pas omettre une lettre à M"° de Pompadour (2) : « Elle (l’Impératrice) a été extrêmement sensible à tout ce qu'il (le Roi) a bien voulu faire jusqu'ici pour Elle, en conséquence du traité de Versailles, avec cette exactitude, et s’il m'est permis de me servir & cette expression, cette noblesse et bonne grâce qu'il n'appartient qu'à lui de savoir mettre dans ses procédés. Les effets dans tous les temps et dans toutes les occasions prouveront sa gratitude; s’est de quoi je puis vous assurer. Les instructions du comte de Stahremberg, l'équité et le discernement supérieur que je connais au Roi, ct votre zèle infatigable pour ses vrais intérêts vus dans le grand, me font espérer que nous sommes bien près de la consommation du plus grand ouvrage qui soit jamais sorti d'aucun cabine le l'Europe. Je vous prie d'être persuadée que je le souhaite de tout mon cœur, comme citoyen de l'univers, par l'intérêt que je prends à la gloire de nos maitres vis-à-vis de la postérité, et par le plaisir que je me fais d'avance de pouvoir vous en faire mon compliment. »

(1) La correspondance de Kaunilz avec l'ambassadeur est rédigée tantôt en francais tantôt en allemand; les billets confidentiels sont pour la plupart en francais.

(2) Kaunitz à Mme de Pompadour, 10 octobre 1756, Archives de Vienne.

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Dans un post-scriptum, le galant ministre renouvelait une requête dont la favorite ne pouvait qu'être flattée « Vous ne doutez pas sans doute, Madame, que ce ne soil avec la plus grande impatience que j'attends ce charmant portrait pour lequel ce cruel M. de la Tour me fait languir depuis si longtemps; tirez-moi donc de peine, je vous en supplie, et faites moi la grâce de me l'envoyer au plus tôt. »

Ainsi qu'il fallait s'y attendre, quand on sut le revirement du gouvernement francais, le ton changea du tout au tout à Vienne : « Rien dans le monde, écrit Kaunitz (1), ne devait faire imaginer à Sa Majesté l'Impératrice que vous pourriez être dans le cas de devoir vous rétracter sur ce que vous aviez mandé successivement, au sujet de la marche prochaine du corps auxiliaire franais. » Il rappelle les promesses du Roi, les termes formels du traité de Versailles, s'étend sur l'effet déplorable du contre-ordre, sur la consistance qu'il donnera à « mille propos fondés sur le passé, odieux et peu conformes au vif et sincère intérêt que nous prenons à la gloire du Roi. Vous pouvez penser, par conséquent, Monsieur, combien il doit nous être désagréable de devoir, non seulement nous rétracter vis à-vis de toute l'Europe, mais de voir en même temps que la France fournit par là des armes contre elle-même aux mali: tentionnés. On s'explique d'ailleurs, dans la réponse qni vous a été remise, d'une façon qui s accorde si peu avec ce qui est déjà fait depuis le premier de mai, et c& qui reste à faire, que nous ne saurions nous dispenser de vous charger de parler elair et sans détour sur l'état des choses, en réponse au papier que vous nous avez e.voyé. Le Roi n'a rien fait, et l'impératrice ne lui à rien demandé jusqu'à présent, de relatif au traité à faire. On ne demande jusqu'ici que l'accomplissement des enga-

(1) Kaunitz à Stahremberg, 18 octobre 1756. Archives de Vienne.

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