EFFECTIFS DE LA GRANDE ARMÉE
beaucoup par la sottise et la friponnerie de ceux qui les gouvernent... Je n'ai pas pu m'empêcher d'en faire arrèter deux dont les délits étaient prouvés. » S'il en était ainsi des ambulances de la capitale de l'Électorat, placées sous les yeux du maréchal et de son entourage, on peut se figurer l'état pitoyable du service médical dans les postes écartés ou dans les cantonnerments avancés. Broglie signale (1) « la quantité de soldats qui tombent malades, et la nécessité faute d'hôpitaux prochains, de les transporter à Verden; la plus grande partie périt dans le trajet. »
Au moment du départ de Richelieu, la situation était lamentable ; sans doute les effectifs, quoique bien amoindris, étaient encore respectables (2) : Les 131 bataillons d'infanterie comptaient plus de 61,000 officiers et soldats présents aux corps; les 123 escadrons avaient encore plus de 15,000 combattants dans le rang; mais ces troupes étaient dispersées depuis l'Ocker jusqu'au Rhin, le quart des officiers étaient en congé, les malades en mème proportion, les magasins : peu près vides, les recrues peu nombreuses à peine réunies à Metz et à Strasbourg, les effets de rechange pas encore expédiés de France ; les chevaux de remonte n'avaient pas rejoint leurs régiments. La caisse vide, le crédit perdu, les contributions en retard ne permettaient pas de suppléer par des
(1) Broglie à Paulmy, 12 janvier 1758. Archives de la Guerre. (2) ! INFANTERIE CAVALERIE
(non compris les dragons)
Ré —— —— OFFICIERS SOUS-OFFICIERS SOUS-OFFICIERS CHEVAUX et.soldats : et soldats :
Présents ......... 3,081 d8,279 Présents.. 14,480 13,671
En congé ........ 4,136 4,571 Manquants 2,288 2,990
Prisonniers ...... 100 2,389
Hôpitaux ........ 14,102
Déserteurs ...... 3,051
Morts pendant la
campagne ..... 6,621
État de l'armée 1°" février 1758. Papiers de Clermont. Archives de la Guerre.
achats foits sur place aux besoins les plus urgents. Tous, depuis le général en chef jusqu'au dernier fusilier, épuisés, à moitie dé moralisés, animés d’un esprit d'indiscipline presque incorrigible, n'aspiraient, les supérieurs qu’au retour en France, les inférieurs qu’au repos des quartiers d'hiver. On ne se doutait guère à l'armée, et encore moins à Versailles, que les Hanovriens renforcés, remis en état grâce aux subsides anglais et à l’énergie de leur nouveau commandant, allaient fondre sur les cantonnemerts francais et reprendre la campagne en plein hiver.
Certes le rappel de Richelieu était justifié, mais on peut se demander si le moment pour cette mesure fut bien choisi, et s’il n'eût pas été préférable de laisser encore pendant quelques mois à la tête de soldats dont il connaissait le fort et le faible, sur un terrain qui lui était familier, un chef dont les talents étaient au moins à la hauteur de ceux de son successeur.
En quelques mots adressés (1) au ministre peu de temps après son arrivée, le nouveau général, le comte de Cler-
mont, résume la situauion : Il ne pourra opposer à l'at- pid taque imminente du prince Ferdinand « que 30,000 pol hommes mal vêtus, mal équipés, fatigués et très mal con disciplinés... Nous manquons absolument de fourrages son et nul moyen pour en avoir; la livre de viande est au- née jourd’hui à 10 sols, elle ne pourra qu'augmenter n'ayant de presque plus de bétail dans le pays... Nous sommes, on les ne saurait plus, éloignés de nos habillements dont il
n'y a qu’un très petit nombre d’arrivés à Mayence; cepen- (
dant notre soldat est tout nu; nous sommes loin de toutes réparations, et il n’y a point ou que peu d'ouvriers dans le pays parce qu'il est abandonné et dévasté. Nous sommes aussi éloignés de nos recrues et de nos remontes, qui ce me semble se font très lentement, faute de donner de
(1) Clermont à Paulmy. Hanovre, 18 février 1758. Papiers de Clermont. Vol. XXXV. Archives de la Guerre.
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