LE PÈRE LA MARAUDE
l'argent aux officiers qui recrutent, car ils trouvent des hommes. » Quelques jours plus tard, billet intime au duc de Biron (1) : « Que vous dirai-je? Rien de bon... Cette pauvre armée, si tant est qu'on doive la plaindre, est dans un état misérable, toute nue, sans tentes ; des compagnies où il n’y a pas 12 hommes, des hôpitaux d’une saleté et d’une puanteur affreuses, point d’infirmiers, peu de linge, peu de bouillon ; enfin nous sommes dans un délabrement inconcevable; point de discipline, ni dans l'officier, ni dans le soldat, presque point d'officiers au corps. »
Au moment où l’honnète mais incapable Clermont dépeignait le triste état du commandement dont il avait hérité, Richelieu chargé des dépouilles des pays ennemis, enrichi de l'argent dont le détournement avait contribué à ruiner son armée, était rentré à la cour, avait été accueilli avec faveur par son souverain, et pouvait à bon droit se féliciter d'avoir échappé à la responsabilité des désastres qu'il avait préparés par son incurie et ses dilapidations. Moins indulgente que le monarque, l'opinion porta sur le maréchal un jugement sévère que l’histoire a consacré; le sobriquet de « Père la Maraude » attaché à son nom, la désignation de « Pavillon du Hanovre » donnée à l'hôtel qu'il fit construire, perpétuent le souvenir de la rapacité de l’homme privé en laissant dans l'oubli les qualités du militaire.
(1) Clermont à Biron. Holtensen, 1° mars 1758. Papiers de Clermont.