‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 357 sur 385 · DÉFAITE DU CENTRE PRUSSIEN · texte numérisé non relu

DÉFAITE DU CENTRE PRUSSIEN

de front et de flanc, menacée par derrière, la redoute de Schmiedefeld fut conquise, et à peu près à la même heure le général Wied avec une partie de la réserve emporta le village de Hôfchen. Ce succès acheva la déroute du centre prussien qui fut refoulé sur Klein Gandau.

A l’extrème droite de Bevern, la résistance avait été plus heureuse ; pendant tout l'après midi la division du général Keuhl ne put dépasser les bords de la Lohe; trois assauts livrés contre les redans de Pilsnitz échouèrent , et ce fut seulement à la nuit tombante que les Prussiens, découverts par le recul de leur centre, furent forcés de se mettre en retraite et d’évacuer leurs tranchées. Au cours de ce mouvement quelques bataillons furent chargés et enfoncés par la brigade de cavalerie de Ville. Sur la rive droite de l'Oder il n'y eut pas d'engagement sérieux. Le général Beck, qui y avait été envoyé avec 3,000 hommes, se borna à une escarmouche sans conséquence avec un détachement prussien. En résumé, sur les quatre attaques des Autrichiens, seules celles du centre avaient réussi, mais ce résultat fut décisif et entraina le gain de la bataille.

Malgré la défaite partielle de son armée, le duc de Bevern n'avait pas perdu tout espoir; ses deux ailes avaient peu souffert; la cavalerie de Ziethen avait à peine donné; il courut rejoindre ce général et essaya de concerter avec lui une surprise de nuit contre les Autrichiens (1) encore en désordre à la suite de leur victoire. C'était trop demander à des troupes épuisées; peu à peu, soit ordres mal compris, soit confusion causée par l'obscurité, soit attraction qu'exerce sur des vaincus le voisinage d'une forteresse, elles avaient continué leur retraite jusqu'aux faubourgs de Breslau. Au lieu des bataillons qu'il avait laissés à Klein Gandau, Bevern vint se heurter aux piquets ennemis qui les avaient remplacés; il dut se résigner à abandonner le

(1) D'après Cogniazo le désordre dans l'armée victorieuse était grand et l'attaque de Bevern eût eu des chances de succès.

champ de l'action. Le lendemain 23 novembre, il fit traverser à son armée la ville de Breslau où il laissa une garnison de 5,000 hommes, et s'établit de l’autre côté de l'Oder, Le 2% au matin, dans une reconnaissance, il tomba entre les mains d'un avant-poste de hussards autrichiens. Le fait que, lors de cette aventure, le général prussien n'avait aucun officier avec lui et n'était suivi que d'un seul domestique, fit croire qu'il s'était volontairement fait prendre pour échapper au ressentiment de son souverain.

Dans la bataille du 22 novembre à laquelle l’histoire à donné le now de Breslau, les Prussiens perdirent un peu plus de 6,000 tués ou blessés et environ 3,000 prisonniers; les vainqueurs recueillirent comme trophées 39 canons, trois mortiers et huit drapeaux; le coût en hommes mis hors de combat fut à peu près égal à celui des Prussiens.

La capture de Bevern porta au comble le désarroi de son armée. Le général Lestewitz, que le Roï avait désigné pour commander la place de Breslau, capitula le 24 novembre. Il obtint pour sa garnison la faculté de se retirer librement, mais elle n’en profita guère; les régiments composés de Saxons et de Silésiens désertèrent en masse; il ne resta que 200 soldats pour accompagner leurs officiers et escorter les drapeaux. « J’allai à Breslau avec le prince de Saxe, écrit le prince de Ligne (1); c'était le spectacle du monde le plus triste. Je cherchai longtemps la garnison, et ne me doutais pas que ce füt elle que je voyais sur la place, diminuant à tout moment par des résolutions subites que prenaient les soldats de venir gagner un ducat (2) chez nous; enfin il n’y avait presque plus que des officiers qui emportèrent tristement avec eux leurs drapeaux. J'ai vu

(1) Campagne de 1757 et 1758 par un officier supérieur autrichien. Archives de la Guerre. Vol. 3446.

(2) Les Autrichiens donnaient à tout déserteur une feuille de route et un ducat.

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