FREDÉRIC AU CHATEAU DE LISSA
plus personne sous leur main , et qu’on ne put mème faire rompre pendant la nuit plusieurs .ponts du pays qui étaient sur la Schweidnitz. Une partie des troupes, surtout celles qui s'étaient retirées en désordre, passèrent la rivière de Lohe et rentrèrent dans le camp d'où elles étaient parties la veille, ce qui fit prendre la résolution dans le conseil de guerre qu'on tint à dix heures du soir de faire retirer le reste de l'armée derrière la Lohe. »
Le commissaire français, qui n'avait pas été appelé à ce conseil, aurait été d'avis de défendre le cours de la Schweidnitz. Ce parti, excellent avant la bataille, n'était plus possible à cause de la confusion et de la démoralisation des troupes. On se décida à renforcer la garnison de Breslau de 10,000 hommes, et à diriger la retraite sur la place de Schweidnitz où était le dépôt des subsistances
Le soir mème de la bataille, les Prussiens avaient poussé jusqu'à la rivière et au village de Lissa, dont ils trouvèrent les maisons encombrées de blessés et de trainards; d’après le récit de Retzow (1) qui avait pris part à l'action, Frédéric pénétra presque seul dans le château de Lissa; il le trouva plein d'officiers autrichiens « qui s'étaient retirés dans tous les appartements et jusque sur les escaliers pour y goûter un peu de repos. Accompagné de quelques-uns de ses aides-de-camp, Frédéric traversa leurs rangs et leur souhaita une bonne nuit. » La consternation fut géné- ‘ale; on se hâta de vider les lieux et d'abandonner le logis au vainqueur, Les Prussiens ne se contentèrent pas d’occuper Lissa; ils s'emparèrent du pont sur la Schweidnitz, y plantèrent du canon, et continuérent à tirer dans la nuit. Cette poursuite active et ces décharges nocturnes contribuèrent beaucoup à la résolution prise par Les généraux autrichiens de reculer jusqu'à la Lohe. Sur la rive gauche de la Schweidnitz il resta beaucoup de monde qui tomba entre les mains des poursuivants.
(1) Retzow. Guerre de Sepl Ans, vol. FE, p. 315.
À Leuthen et dans leur fuite les Impériaux perdirent environ 7,000 tués et blessés, et plus de 20,000 prisonniers, 116 canons, 51 drapeaux et presque tous leurs équipages. L'état-major fut terriblement éprouvé : les généraux Lucchesi, Otterwolf et Stolberg furent tués; Nostitz mourut de ses blessures; Haller, Macquire, Lascy, Lobkowitz et Preisach furent mis hors de combat. Quant aux vainqueurs ils accusèrent une perte totale de 5,978 officiers et soldats, parmi lesquels deux généraux, Rohr et Krockow.
Il n'est pas surprenant que la bataille de Leuthen ait été l’objet des appréciations les plus flatteuses des écrivains militaires, naturellement portés à mesurer leurs éloges aux succès obtenus; ils ont célébré à grand orchestre les mérites de l'ordre oblique et attribué à l’habileté tacticienne du souverain le gain de la bataille. Il y a là peut-être exagération de langage, et nous serions tentés de nous en tenir à l’opinion exprimée par le maréchai de Moltke (1) à la suite d’une inspection du théâtre de la lutte. « Certes les dispositions du Roi sont d'un maitre ; mais pour obtenir les grands résultats de l'affaire, il a fallu l’indécision de Lucchesi, la bravoure de l'infanterie prussienne devant Leuthen, et surtcut la brillante charge de Driesen à la tête de la cavalerie de l'aile gauche. » La véritable preuve de la supériorité du génie de Frédéric, nous la trouvons beaucoup plus dans l'esprit dont il sut animer ses soldats découragés et battus, dans l'intuition qui lui fit deviner les erreurs de son adversaire, et dans le parti qu’il sut en tirer, que dans les manœuvres savantes qu'un ennemi plus entreprenant n'eût pas laissées s’'accomplir sans interruption. Quant aux généraux autrichiens ils accumulent faute sur faute, se placent avec une rivière à dos, s'étendent outre mesure, engagent mal à propos leur avant-garde, dégarnissent leur centre pour
(1) Taysen. Critique de la Guerre de Sept Ans. Berlin. 1882 p. 50.
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