FRANCHISE DES DEPÊCHES DE KAUNITZ
Très Chrétien et de ses ministres : « Nous ne devions pas nous attendre, Monsieur le comte, à devoir faire suivre de si près M. le prince de Lobkowitz (1), porteur d’une très bonne, par une aussi mauvaise nouvelle; et nous sentons très bien que ce malheur doit vraisemblablement, non seulement entrainer la perte de Breslau et de Liesnitz, mais qu'il peut rnème avcir encore d'autres suites, et que surtout, vu le moment et les circonstances, il est des plus fâcheux. Nous n'en sommes pas cependant pour cela abattus, ni même découragés. » Kaunitz prèche une action vigoureuse « contre le roi de Prusse, qui doit être, comme il l'est, le principal et s'il se peut notre unique objet. » Un des moyens d'atteindre ce but serait de se débarrasser des Hanovriens, soit par la force, soit en accordant la neutralité de l'Électorat. « Mais ce dont Leurs Majestés Impériales vous chargent avant tout, c'est de déclarer À Sa Majesté Très Chrétienne et à son ministère que le malheur qui vient d'arriver n'altére et n'altèrera en rien leur constance ; que l'on n'écoutera certainement aucune proposition quelconque qui pourrait venir de la part du roi de Prusse, directement ou indirectement, et que l’on emploiera ici sans délai tous les remèdes nécessaires et poss'bles. Leurs Majestés Imprriales comptent «bsolument que Sa Majesté Très Chrétienne pensera comme Elles et agira de mème en tous points. »
On sut bientôt (2) les premières impressions de Versailles: elles étaient conformes à ce qu'on était en droit d'atterdre de bons et loyaux alliés. Le Roi, M*° de Pompadour, Bernis, avaient tous ajouté au témoignage de leur sympathie l'assurance de leur ferme intention de continuer la iutte et de secourir l'Impératrice. Comme symptôme caractéristique, l'ambassadeur signalait un revire-
(1) Lobkowitz avait été envoyé à Paris pour annoncer la victoire de Breslau et la prise de cette ville.
9) Stahremberg à Kaunitz. 18 décembre 1757. Archives de Vienne.
ment au sujet de la neutralité du Hanovre, toujours conseillée de Vienne et repoussée à Versailles: Bernis, a!lant au devant du désir de Kaunitz, semblait vouloir se rallier à cette idée, À sa propre prose Stahrembergæ avait joint quelques mots de Ta main de M%° de Pompadour à son adresse (11 : « Je suis très afflisée, Monsieur le comte, de la nouvelle que vous me mandez, et j'en crains beaucoup les suites: mais je n'en suis pas abattue; le Roï pense de même et vous pouvez en assurer Leurs Majestés lin périales et M. de Kaunitz. Les malheurs du cœur sont les seuls qui me terrassent, celui-ci n'est pas du nombre et je hais le vainqueur mille fois plus que je n'ai jamais fait: Si c'était encore le temps je serais bien assez folle pour me dévouer à condition qu'il périt. Les Romains me feraient envie comme vous voyez. Bonsir, Monsieur le comte, prenons de bonnes mesures, pulverisons l'Attila du nord, et vous me verrez aussi contente que je suis de méchante humeur: je ne vous en aime pas moins bien sincèrement.
D'infortune, le bon etfet de ces épitres fit détruit par une conversation que Stainville, au recu de son courrier, eut avec le chancelier. Dans un billet intime (2) à l'envoyé francais, Bernis avait dévoilé sa pensée secrète : La nonvelle du désastre de Leuthen était arrivée à un moment où l'on était fort inquiet sur le sort de l'armée du Hanovre, à la veille de livrer bataille au prince Ferdinand de Brunswick:; un échec, d'autant plus probable qu'on n'avait que peu de confiance dans Richelieu entrainerait la retraite sur le Weser, peut-être jusqu'au Rhin. « On ne fait pas la guerre sans généraux, ni avec des troupes mal disciplinées, écrivait Bernis; mettez bien cela dans un coin de votre tête. Nous ne nous séparerons jamais de nos alliés,
(45 Mme de Pompadour à Stahremberg, 17 décembre 1757. Archives de Vienne,
2) Bernis à Stainville, 18 décembre 1757. Masson, Mémoires du cardinal de Bernis. Vol. IH p. 154.
PROJET DE LETTRE DE L'IMPÉRATRICE À LOUIS AV. 731 CALE c'est un fait sûr, mais prenons garde de nous perdre les ln uus par les autres. »
Ilier Stuinville, s'il ne communiqua pas à Kaunitz le texte de oint cette lettre, dut lui faire part du découragement qu'elle 102 révélut dans l'esprit d'un des principaux artisans de lalnie, liance. Sous le coup de ces avis de Paris, de la reprise EAU de Breslau par les Prussiens, de la rentrée en Bohème SDSE des débris de sa principale armée, il semble que Marieln- Thérèse elle-mème ait perdu un peu de son courage. Elle l les lit préparer pour Louis XV un billet (1) personnel. « Mon- Et Je sieur, mon frère et cousin, je regarde Votre Majesté, non fait: seulement comme mon fidèle allié, mais comme un ami EAU sincère et généreux. Je me sens soulagée movennant cela uent par l'idée que je me fais de la part que prendra Votre mte, Majesté à ma juste douleur, et je crois devoir lui ouvrir mon ord, cœur dans la fâcheuse situation où je me trouve... » Suit ante un exposé très fidèle des événements, des pertes subies nt.» par l'armée, des mesures pour la rétablir. L'Impérapet trice-Reine rappelle la deriande d'assistance adressée à POLE: la Tzarine et ajoute : « Il serait essentiel de savoir si Vo- Ve LE tre Majesté peut m'envoyer en Bohème un corps de 25,000 Lies hommes de ses meilleures troupes, qui puisse y être rendu it 7 dans le courant du mois de mars, et si, cela supposé, Elle En croit que nous soyons en état de risquer encore une camere pagne. Quant à moi j'y suis déterminée, mais je ne le suis sus pas moins à déférer aux conseils et avis de Votre Majesté si aile Elle était d'une opinion contraire, quoiqu'il me serait nape? turellement très douloureux de devoir souscrire au sacrifice ISCL R de nos avantages, de notre sûreté et de notre gloire. Je 1 de ne suis point découragée ; mais j'ai cru, avec la franchise és, qui est de mon caractère et que je dois d’ailleurs à l'amitié de Votre Majesté, devoir lui témoigner par cette explication LA | cordiale que, quoique ma fermeté soit à l'épreuve de nue | 1) Projet de ia lettre de l'Impératrice à Louis XV, 29 décembre 1757. Ar-
chives de Vienne.
tout événement, elle est guidée par la raison, et que moyennant cela Votre Majesté peut compter sur moi et ne ÿ PU doit point douter en mème temps que je ne me priète, “il 4 le fallait, à ce qui serait, ou qu'Elle croirait, nécessaire, »
Cette lettre si importante, qui était en fait un acquiescement à la fin des hostilités, ne devait être remise que dans le cas d’un échec du maréchal de Richelieu. « Si les nouee LE velles attendues de là-bas étaient bonnes, écrivait Kau- | | nitz 1), on pensait qu'il serait préférable de ne faire auh cun usage de la pièce, et de ne pas avouer, à propos de {| nos circonstances et de nos malheurs, une hésitation qui serait de nature à induire en erreur la cour de France. ou à lui causer des inquiétudes peu opportunes. »
La précaution était bonne. Bernis se démoralisait de plus en plus, et se serait certainement servi du consentement de Marie-Thérèse pour plaider auprès de son souverain la cause de la paix dont jusqu alors il n'avait parlé qu'à Stainville. Sa lettre particulière à ce dernier (2), en date du 6 janvier 1758, est empreinte du pessimisme le plus outré : Les forces autrichiennes sont aux trois quarts détruites, la Tzarine malade et faible cédera à l'influence du Grand chancelier acheté par l'or anglais que lui apporte le nouvel ambassadeur Keith; il n'y a rien à attendre de la marine française ; la Hollande va se déclarer sous {] la pression de la Grande-Rretagne. « Que restera-t-il donc || sur la scène? L'Impératrice sans armée, et les Francais, 1 entre le roi de Prusse et les Hanovriens, sans subsistances, sans général et mal disciplinés... Mon avis serait done de faire la paix et de commencer par une trêve sur terre et sur mer. Quand je saurai ce que le Roi pense de cette idée, que je n'ai pas trouvée dans ma facon de penser mais que
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