LE PRINCE CHARLES REMPLACE PAR DAUN
de lui dire, qu'aprés trois heures de conversation où assurément je ne Pavais pas fattée, elle figit par me dire que le premier moment agréable qu'elle avait eu depuis ses derniers malheurs était celui qu'elle venait de passer avec moi»... L'Impératrice parlant avec la même franchise lui ouvrit « son cœur sur le peu de confiance qu'eile avait dans son haut militaire, m'assurant que les généraux que je n'avais pas vus servir ne valaient pas mieux que ceux que Je connaissais tout aussi bien qu'elle, que si elle en savait un bon en quelque lieu que ce rût, elle ferait tous ses efforts pour lavoir, et qu'elle n'écouterait sur cela aucune considération particulière, »
Peu de jours apres, le prince Charles reçut de son frere un billet intime 1, l'engageant vivement à remettre sa démission. I dut s'exécuter et ne reparut plus à la fie des armées autrichiennes. I fut remplacé par le maréchal Daur dont la nomination fut annoncée aussitôt à Paris 12); cependant pour ménager l'amour-propre du Prince, on Île consulta sur les opérations de la campagne prochaine, et on lui donna la présidence de la conférence tenue à ce su-
Jet le 29 janvier avec les représentants de la France. Mais
si l'affection impériale resta fidèle au général malheureux, elle ne put empêcher 1: sentiment populare de se maniester (3, per des pièces de vers satiriques et par des caricatures qui, en dépit de la police, furent affichées sur les murs des édifices publics de la capitale. On fit force plhusanteries sur le penchant bien connu du Prince pour les plaisirs de la table; un de ces dessins représentait un conseil de guerre composé de Daun, de Nadasdy, et de l’exwénéral en chef; tandis qu le premier disait : «Il faut agir avec intelligence et courage », que le second s'écriait : «au prix de notre sang et avec notre épée », le dernier
(1) L'Empereur au prince Charles, 1% janvier 1758, Billet cité par Arneth.
‘2, Kaunitz à Stahremberg, 14 janvier 1758. Archives de Vienne. ‘3) Kutzen, p. 141. Cogniazo. Vol, IL p. 441.
indiquait du geste une bouteille en murmurant : « Ce vin est excellent, »
Quelle impression le désastre de Leuthen allait-il produire à Paris? Malgré les témoignages d'amitié échanges avec le ministre des Affaires Etrangères de Louis XV, Kaunitz s'était parfaitement rendu compte du découragement qui avait suivi la bataille de Rossbach et la rupture de la convention de Closter Seven; il savait en outre le gouvernerncnt français aux prises avec des embarras intérieurs qui devaient peser sur son action extérieure. Les conflits avec le Parlement et avec les autorités ecclésiastiques paraissaient, au moins momentanément, apaisés; mais les retards dans le paiement des subsides (1) dont l'arriéré se montait à plus de * millions de florins, les difficultés soulevées au sujet de l’entretierz du contingent saxon, et la demande du versement intégral dans les caisses francaises des contributions de guerre percues en Allemagne, dénotaient une situation financière peu satisfaisante. D'autre part la cour de Versailles avait toujours protesté contre l'opération de Silésie. N'était-il pas à craindre qu'invoquant un échec qu'elle avait en quelque sorte prédit, préoccupée de l'état de ses armées et de la gène de son trésor, elle ne rherchât à se soustraire à des char- S qui devenaient de plus en plus onéreuses, ne prit prétexte pour marchander son concours, ou pis encore, ne prètât l'oreille aux ouvertures que le roi de Prusse, malgré sa victoire, aurait la sagesse de renouveler?
Mais la crise que traversait l'Autriche était trop aigue, ia défaite subie trop éclatante pour qu'il fût de bonne politique d'atténuer des faits dont la renommée ne tarderait pas à s'emparer. Aussi Kaunitz s'expliqua-t-il avec la plus grande franchise dans une lettre adressée à Stahremberg (2), mais destinée à passer sous les yeux du Roi
(Qi; Eavnilz à Stahrembherg, 7 décembre 1757. Archives de Vienne. (2) Kaunitz à Stahremberg, 9 décembre 1757. Archives de Vienne.
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