‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 376 sur 385 · BERNIS PARTISAN DE LA PAIX · texte numérisé non relu

BERNIS PARTISAN DE LA PAIX

le bon sens, la raison et la nécessité me présentent, je vous la détaillerai... En attendant, tächez de faire sentir à M. de Kaunitz deux choses également vraies : c'est que le Roi n'abandonnera jamais l'Impératrice, mais qu'il ne faut pas que le Roi se perde avec elle. Nos fautes respectives ont fait d'un grand projet qui les premiers jours de septembre était infaillible, un casse-col et une ruine assurée. C'est un beau rêve qu'il serait dangereux de continuer, mais qu'il sera peut-être possible de reprendre un jour avec de meilleurs acteurs et des plans militaires mieux combinés... Si elle (la cour de Vienne; aime mieux suivre ce que sa fierté lui inspire que ce que la raison devrait lui dicter, elle courra encore plus de risques que nous. Il est certain que le Roi lui sera fidèle; mais il est fort douteux que le Roi puisse maintenir son armée en Allemagne. D'ailleurs, nous sommes vivement menacés sur nos côtes et en Amérique. Charité bien ordonnée commence par soimême. »

Stainville devait être d'autant plus ému du ton de cette missive qu'il avait été fort impressionné lui-mème par ce qu'il voyait et apprenait à Vienne. Dans les audiences qu'elle avait accordées à Montazet et à lui-même, Marie- Thérèse n'avait pas dissimulé le chagrin que lui causait l'état de ses affaires et le peu de confiance qu'elle avait dans ses généraux; elle avait même d.mandé à Montazet (1) si le Roi Très Chrétien permettrait au maréchal d'Estrées d'accepter le commandement de l'armée autrichienne. L'ambassadeur francais voulut jouer cartes sur table, et nuit un peu imprudemment le billet de son chef sous les Yeux (2) de Kaunitz. Ce dernier, qui commenait à connaitre la mobilité d'esprit de Bernis, conserva

(1) Kaunitz à Stabremberg, # janvier 1738. Archives de Vienne,

@, Kaunitz dans une longue dépêche à Stahremberg en date du 28 février. fait l'histcrique de ce qui s'est passé et cite textuellement quelques expressions dont Bernis s'était servi dans son billet du 6 janvier,

tout son sang-froid; il s'attacha à démontrer les faibles chances de succès que présenteraient des négociations pour la paix générale, si elles n'étaient précédées par un arrangement pacifique entre la France et l'Angleterre, ou tout au moins par une convention de neutralité pour le Hanovre, Au fond ii se méfiait de pourparlers qui auraient fait naitre des divergences et fourni des prétextes à des accords particuliers. « L'important, écrit-11 à Stahremberg (1), est de ne pas donner trop de temps pour la réflexion à la lécèreté et à la politique de la France, mais de profiter avec habileté de sa première ardeur: autrement nous verrons se refroidir la confiance et la bonne foi dont on nous assure, et le souci de ses propres intérêts reprendra le dessus. »

Dans des circonstances aussi épineuses, une fausse démarche de Stahremberg. en ouvrant la voie à l'accommodement désiré par Bernis. eût compromis la guerre de revanche à laquelle Kaunitz et Marie-Thérèse, malgré les revers récents, étaient encore voués. En diplomate consommé qu'il était, l'Autrichien n'hésita pas à supprimer le billet impérial. « Je n'ai point remis, mande-t-il (2. la lettre écrite de main propre de Sa Majesté au Roi Très Chrétien, parce que le seul cas dans lequel j'avais eu ordre de la remettre n'a point existé, et que d'ailleurs je n'avais apercu ni dans le Roi, ni en Madame de Pompadour, ni dans la plus grande partie du ministère, aucune sorte de découragement. Je puis assurer Votre Execllence que l'abbé de Bernis vise ct pense réellement en tout au grand et au solide, et qu'il croit, à ce qu'il me semble avec raison, qu'il faut tout entreprenäre et tout risquer plutôt que faire une paix avec le roi de Prusse, déshonorante pour les deux cours, qui laisserait le Prince en jorces. » |

‘1, Kaunitz à Stahremberg, 14 janvier 1758. Archives de Vienne.

(2 Stabremberg à Kaunitz, 16 janvier 1758. Archives de Vienne.

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