‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 377 sur 385 · PROPOSITIONS DE LA COUR DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS DE LA COUR DE VERSAILLES

Pour une fois, la perspicacité du rusé Autrichien était en défaut; retenu chez lui par une indisposition, il n'avait pas eu avec Bernis ses entretiens habituels et n'avait pas appris la dernière décision du conseil, Aussi, tranquillisé par le langage de son ambassadeur, Kaunitz fut-il profondément troublé par la coramunication que vint lui faire Stainville. Le courrier de France avait apporté à ce dernier un volumineux paquet : trois lettres officielles (1 appuyées d'un billet particulier, Dans La première de ces dépêches il était question d'ouvertures à faire, par l'intermédiaire de M. d'Afry, à la Haye pour la neutralité du Hanovre, et si possible pour la paix avec l'Angleterre. La seconde énumérait avec complaisance les raisons qui devaient décider l'Impératrice à proposer une pacification générale dont on désirait lui laisser l'initiative. La troisième et plus importante pièce contenait un plan d'opéations militaires en quatre articles, adopté par le Roi et soumis à l'approbation de la cour de Vienne : On commençait par supposer la convention de neutralité pour le Hanovre conclue, les Hessois et Brunswickois passés à la solde française moyennant un prélévement sur les subsides consentis à l'Autriche. Les deux premiers articles avaient trait à l'envoi d'un corps auxiliaire de 30,000 hommes pris dans les régiments allemands au service francais, qui viendraient se joindre aux Bavarois et Wurtembourgeois de l'armée de Silésie, et au renforcement des troupes de l'Empire par 6,000 Palatins et 10,000 Saxons. Quant aux troupes francaises, leur emploi était réglé par le troisième et le quatrième articles : Une partie de l'armée du Hanovre rentrerait en France pour protéger les côtes contre les incursions anglaises, le reste formerait un corps d’observation sur le Weser et sur le Rhin. Bernis ne devait pas

(1) Bernis à Stainville, 14 janvier 1758. Affaires Étrangeres, Bernis à Stainville, 14 janvier 1738. Masson. Mémoires du cardinal de Bernis. Vol. 11, p. 163.

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se méprendre sur l'effet que produiraient ces propositions, aussi avait-il cru habile dans sa lettre confidentielle de rappeler que le conseiller de Marie-Thérèse avait été le

premier à préconiser la neutralité du nord de l'Allemagne : « Vous aurez l'art de lui faire voir ses pensées dans les nôtres, et de ne lui montrer la totalité du tableau qu'autant que vous serez bien sûr qu'il n'en conservera aucun ombrage. » Mème réserve pour «le développement entier du plan que j'ai proposé au Roi, et que Sa Majesté a adopté à condition toutefois que la cour de Vienne donnât son consentement... Vous communiquerez ce plan au comte de Kaunitz avec les mêmes précautions que je vous at ci-dessus recommandées par ordre de Sa Majesté. »

Notre ambassadeur à Vienne, le futur duc de Choiseul, qui déjà à cette époque signait Choiseul de Stainville, nous a laissé le récit détaillé (1) de ses conversations avec le chancelier et de son audience de l'Impératrice. Aussitôt son courrier dépouillé, il courut chez Kaunitz qu'il attendit vainement jusqu à onze heures du soir, et qu'il ne vit que le lendemain 25 janvier. Aux compliments du ministre sur l'attitude cordiale du cabinet francais, il dut répondre en lui montrant le plan de campagne reçu de Paris. L'idée de rattacher la retraite des Français à la neutralité du Hanovre souleva l'indignation de Kaunitz : «S'il avait été partisan d'une convention, dit-il avec beaucoup de raison, c'était pour donner à 100,000 Francais la liberté de se porter contre la Prusse, et non pour leur permettre de repasser le Rhin. » Une vive discussion s engagea sur la diminution des subsides, que la France aftirmait ne pouvoir maintenir au chiffre primitif, Puis, quand démasquant de plus en plus ses batteries, Stainville parla de l'avantage qu'il v aurait à « remettre les deux cours et

(1: Stainville à Bernis, 28 janvier 1758, Aflaires Etrangères.

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