INVASION DE LA SAXE
sentiment au passage demandé, l'expression de la surprise de Sa Majesté polonaise, et son désir d'éclaircissements sur les circonstances de la marche prussienne, et sur « quelques déclarations inattendues et peu conformes au traité de paix et à l'amitié qui subsiste entre nous, que le baron de Maltzahn y a ajoutées au nom de'Votre Majesté. » Meagher arriva le 30 août au soir à Leipsick; il trouva la ville occupée par des détachements appartenant à la colonne du prince Ferdinand de Brunswick ; il fut arrêté d’abord, puis relâché, et envoyé avec escorte à Wittemberg où était le quartier du roi.
Depuis vingt-quatre heures l'invasion de la Saxe était un fait accompli. Le jour même de la remise de la note à Dresde, le 29 août, la front'‘re avait été franchie sur plusieurs points. Partout lescommandants prussiens, sans rencontrer de résistance, avaient pris possession des postes, lancé des réquisitions pour la nourriture des hommes et des chevaux, intimé aux magistrats et fonctionnaires saxons l’ordre de verser à la caisse de l’armée prussienne les impôts et contributions de toute nature. Sans attendre la réponse à sa demande de libre passage, Frédéric mettait à exécution le plan de confisquer à son profit toutes les ressources de l'Électorat.
Après quelques heures employées à courir après le quartier-général, Meagher obtint une audience du roi et recut pour son souverain (1) une lettre datée du 1° septembre. Frédéric s’efforçait de rejeter sur la cour de Vienne la responsabilité de la rupture et philosophait sur les motifs de sa conduite : « Je ménagerai, continuait-il, ses États autant que ma situation présente le permettra. J'aurai pour lle et pour sa famille toute l'attention et la considération que je dois avoir pour un grand Prince que j'estime. J'ai fait toute ma vie profession de probité et d'honneur, et sur
(1) Frédéric au roi de Pologne Pretzsch, 1°" septembre 1756. Correspondance politique, vol. XIII, p. 320-322.
ce caractère qui m'est plus cher que le titre de roi, que je ne tiens que par le hasard de la naissance, j'assure Votre Majesté que quand même dans quelques moments, surtout du commencement, les apparences me seront contraires, Elle verra, en cas qu'il soit impossible de parvenir à une réconciliation, que ses intérêts me seront sacrés, et qu'Elle trouvera dans mes procédés plus de ménagements pour ses intérêts et pour ceux de sa famille que ne le lui veulent insinuer des personnes (1) qui sont trop au-dessous de moi pour que j'en daigne faire mention. »
Pendant que cette épitre, aussi énigmatique que menaçante, prenait la route de Dresde, le malheureux roi de Pologne et son ministre, de plus en plus émus des avis qui leur arrivaient de tous côtés, dépêchèrent au quartier général un nouveau messager de paix. Cette fois, M. de Brühl eut recours aux bons offices de Lord Stormont, envoyé britannique à la cour électorale. Comme représentant d'une puissance qui était intervenue dans les négociations du traité de Dresde, et qui passait aujourd’hui pour l'alliée intime de la Prusse, le jeune lord paraissait désigné pour la mission dont on voulait le charger. Il devait offrir à Frédéric la neutralité de la Saxe, et, comme garantie de cette attitude, l’internement dans certaines places à désigner des troupes qui se retireraient en conséquence de la frontière de Bohème. Stormont, accompagné d'un officier saxon, arriva au grand étonnement de tout l’étatmajor prussien à Torgau, le 2 septembre, mais ne fut recu du roi que le lendemain; il eut soin (2) prudemment d'expliquer qu'il n'agissait pas comme ministre anglais, mais à titre personnel et pour rendre service au souverain auprès duquel il était accrédité. Cette réserve faite, il aborda les propositions dont il était porteur. Le roi de
(1) Le comte de Brühl.
(2) Stormont à Holdernesse, 6 septembre 1756. Newcastle Papers. British Museum.