‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 9 sur 385 · MISSION DE STORMONT. AL · texte numérisé non relu

MISSION DE STORMONT. AL

Prusse, peu désireux de donner une solution catégorique, renvoya le diplomate anglais au maréchal Keith: puis, sur de nouvelles instances, promit de le revoir à Strehlen où devait se transporter le quartier général. Dans cette seconde entrevue, Frédéric renouvela ses promesses de bien traiter le roi de Pologne, sa famille, et son entourage y compris son ministre; quant aux offres dont Stormont était muni, il refusa de les examiner sous prétexte qu'elles étaient trop vagues; et comme son interlocuteur essayait de préciser les garanties qu'on pourrait exiger, Frédéric, après un moment d'hésitation, répliqua qu'il était dificile de concevoir « telles sûretés » auxquelles il pourrait se fier, qu’il ne pouvait accepter les ouvertures de la cour de Saxe, et qu'il n'avait pas de propositions à lui faire.

D'après une lettre à Mitchell (1), Frédéric, ne se souciant pas d'entamer une négociation avec Auguste IIL, avant de s'être rendu maitre de son armée, considéra la démarche de Stormont « comme une ruse de cette cour pour m'’accuser, et pour gagner par là le temps d'appeler à son secours le général Browne (2), ce qui dans le moment présent ne m'aurait pas convenu. »

Entre temps les événements se précipitaient à Dresde. La réponse apportée par le général Meagher fut soumise au conseil privé; sur son avis, on décida que le roi et la garnison de Dresde quitteraient cette ville et se rendraient au camp retranché de Pirna, où était déjà rassemblé le gros des Saxons. En principe, on se déclara favorable à une retraite ultérieure du roi et de ses troupes, mais fort perplexe sur la direction de cette marche. Le 3 septembre le roi de Pologne sortit de sa capitale, laissant derrière lui la reine et une partie de la famille royale;

(1) Frédéric à Mitchell, 4 septembre 1756. Correspondance Politique,

vol. XIII, p. 339.

(2) Commandant l’armée autrichienne de Bohème.

avant de partir il avait dépèché à Vienne uae lettre annoncant l'intention de se retirer avec son armée en Pologne par la Bohème et la Moravie, et demandant nide et secours pour lui et ses soldats. Deux jours avant, des courriers avaient été expédiés à Pétersbourg et à Paris pour protester contre les agissements de la Prusse, et pour solliciter l'intervention de la France et de la Russie. Enfin, dans une missive en date du 3 septembre, adressée au roi Frédéric, on se plaignait en termes amers des exactions et des violences de l’armée prussienne; on faisait part de la nécessité dans laquelle on se trouvait d'abandonner la “apitale, pour « ne pas voir approcher encore de plas près des troupes qui en quelque sorte agissent en ennemies, et qui font appréhender par là des suites encore plus fâcheuses »; on se disait cependant prêt à accepter une convention de neutralité à laquelle « on donnerait les mains avec une satisfaction parfaite. »

A en croire le comte de Brogjlie, ce fut sur ses instances que le roi de Pologne se détermina à rejoindre son armée : « Tout ce qui est arrivé ici, mande-t-il à Durand (1), s’est presque décidé par la nécessité; il n’y a que l'assemblée de l'armée et les moyens de ne pas laisser Sa Majesté polonaise entre les mains de ses ennemis qui aient été discutés. J'ose dire que c'est moi qui suis la cause de ces deux résolutions, surtout de la dernière. » On voulait que le roi demeurât dans sa capitale avec la reine et sa famille; « quoique je n’eusse aucun ordre pour me mêler de cette affaire, il m'a paru évident que notre intérêt était de retarder le plus possible le moment où l’Impératrice-Reine serait attaquée, puisque cela nous donne le temps de nous préparer. » Puis, détail caractéristique qui dépeint bien à la fois l’activité d'esprit et le défaut de jugement de notre

(1) Broglie à Durand, 11 septembre 1756. Affaires Étrangères. Retzow. Nou-

veaux mémoires sur la guerre de Sept Ans, vol. I, p. 63, confirme le récit de Broglie au sujet de l'initiative qu'il aurait prise.

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