FRÉDÉRIC A GORLITZ
de ces puissances, à la guerre d'Allemagne; toutefois, ilse prépare à la reprise de la campagne que l'entêtement de l'Autriche rendra inévitable. Le #' mai il franchit l'Elbe et le 8 il està Gürlitz en route pour la Silésie où il se réserve la conduite des opérations, laissant à son frère Henri la défense de la Saxe.
Du côté autrichien, Daun, cédant aux instances de l’impératrice, était revenu sur la démission qu'il avait donnée après la bataille de Torgau, et avait accepté le commandement des troupes en Saxe. Lés principales rencontres devant avoir pour théâtre la Silésie et devant être combinées avec les Russes, Laudon, qui parlait le russe et qui passait pour être fort goûté par l'état-major de ces alliés, était tout naturellement désigné comme chef de l’armée autrichienne dans cette province. Prenant à titre provisoire la direstion dès le commencement d'avril, il concentre ses forces éparpillées dans les cantonnements d’hiver, dénonce (1) le 19 la trève qui avait été négociée pour la mauvaise saison, mais il n'engage aucun mouvement contre Goltz qui lui est cependant inférieur en nombre.
A en croire Montazet, qui connaissait à fond le haut personnel militaire qu’il fréquentait depuis # ans, très au courant de l'opinion de l’Impératrice et de ses ministres, Laudon ne possédait pas la confiance de Marie-Thérèse : « elle me l’a dit elle-même, écrit-il à Choiïseul (2), et M. le maréchal Daun me l’a confirmé. L'un et l’autre m'ont confié que Laudon étaitsans doute un brave homme, mais qu'il changeait d'avis # fois par jour, que par conséquent il ne serait pas prudent de le charger de grandes opérations. M. de Kaunitz à la vérité ne pense pas de même, mais malgré son crédit sur l'esprit de l’Impératrice, il ne changera pas, je
(1) Malgré la trêve, il y avait eu une incursion prussienne dans le comté de Glatz en vue de lever des recrues; Laudon, ne pouvant obtenir leur renvoi, se vengea en enlevant la garnison prussienne de Frankenstein.
(2) Montazet à Choiseul, Kuntzendorf, 10 sept. 1760. Archives de la Guerre.
crois, une opinion qui m'a paru aussi bien établie, surtout quand M"° la maréchale Daun la nourrira. M. de Lasci donnerait plutôt de l’'ombrage... l'Impératrice en fait grand cas. mais M. de Kaunitz n'aime que Laudon et pas du tout M. de Lasci ». Depuis la date de cette appréciation, la perte de la bataille de Torgau, la démission de Daun et le refus de Lascy d'assumer le commandement en chef, avaient augmentéles ciances de Laudon. Lors du passage de Montazet à Vienne vers la fin de mai, le choix était encore indécis, puisque Kaunitz (1) l'avait prié de parler à l'Impératrite en faveur de son candidat. « Elle me dit qu’elle était bien à plaindre d’avoir à combattre le goût de son ministre pour M. de Laudon. » La question ne fut définitivement tran hée qu’à la fin de juin.
A l'arrivée du Roi de Prusse et des renforts que celui-ci amenait avec lui, Laudon se retira à Braunau. Frédéric installa son quartier général à Kunzendorf entre Schweidnitz et Freiburg, il y resta jusqu'au 7 juillet. Dès le commencement de mai, c’est-à-dire au moment où le Roi accomplissait sa marche vers la Silésie, un rescrit impérial mettait Daun au courant des pourparlers engagés par l'ambassadeur Esterhasy à l'effet de combiner les mouvements des deux alliés. Dans cette pièce (2) il était question des menées prussiennes auprès de la Porte en vue de décider cette puissance à faire la guerre à la Russie et à l'Autriche, de l'abandon du projet d’assiéger Stettin et Custrin, de la proposition des Russes d'envoyer un corps auxiliaire dans la Haute-Silésie, sauf à opérer avec leur principale armée d’une facon indépendante, de la nécessité enfin d’augmenter les effectifs de Laudon qui conserverait lecommandement en Silésie, à moins que Daun ne préférât s’y rendre et prendre la direction suprême, ce qu’on le laissait libre de faire. Frédéric, grâce aux relations qu’il entretenait
Mine auetie
(1) Montazet à Choiseul, Vienne, 23 mai 1761. Archives de la Guerre. (2) Cabinet Schreiben an Daun, Vienne, 8 mai 1761. Archives de Vienne.
t | avec Tottleben par l'intermédiaire du juif Sabatky, était ARE renseigné sur les projets des Russes, qui d'ailleurs n'éd taient pas encore bien arrêtés ; il put donner des instrucit tions à ses lis utenants pour les hypothèses à prévoir. Une e nouvelle entreprise serait tentée contre Colberg, mais see | rait-elle partie essentielle ou secondaire du programme : h général”? Le grand mouvement russe serait-il dirigé sur la st : Poméranie ou sur la Silésie? La jonction avec les Autris, Ë chiens serait-elle essayée du côté de Breslau ou vers Glo- ” i gau? Autant de questions à résoudre selon la suite des n g: événements. Frédéric pensait que le signal du début de la ir * campagne serait donné par la marche de Daun en Lusace 6 $ et en Silésie. Le prince Eugène de Wurtemberg devait ‘4 se concerter avec le général Werner pour empêcher les ci 3 Russes d'entreprendre le siège de Colberg; Goltz prenic drait une position d'attente près de Glogau, le prince d- Henri suivrait le mouvement de Daun, laissant à Hulsen le de (} soin de défendre la Saxe; quant au Roi, il s’attacherait à dr 1e rendre impossible l'union de Laudon et de la grande aral 4 mée russe.
LL Vers la fin de mai, Goltz, avec une division de 10.000 ts hommes, avait occupé près de Glogau la position qui s lui avait été assignée ; Werner avait été renforcé de # baer taillons envoyés de Glogau. De son côté, Daun, sous la e. pression des ordres de sa cour, avait renforcé l’armée de La Silésie d'une quinzaine de mille hommes; O’Donnell et s ce Sincère avaient été détachés à Zittau et communiquaient LS ù avec Laudon.
p- s Frédéric ne croyait pas au commencement de la cam- À 1 pagne avant la fin de juin ; « ni Laudon, ni Daun, écrit-il ” ÿ à Ferdinand (1), n'entreprendront rien avant que l'armée é ï russe ne sera en mouvement, et on m'assure de tous les it . côtés que cette armée n’approchera de nos frontières qu’à