MORT D'ÉLISABETH
La rupture des négociations entre l'Angleterre et ia France avait mis fin à la discussion embarrassante qui s'était engagée entre les cours de Versailles et de Vienne sur l'interprétation du fameux article 15 du traité de 1758. Dès la fin d'août, Choiseul donnait pour instruetions à Chatelet(1) de ne plus parler de paix au chancelier. Depuis la conclusion du pacte de famille, :e cabinet français personnifié par Choiseul, de plus en plus influent, était acquis à la continuation des hostilités. « Comme je n'ai pas pu faire la paix, avait-il dit(2), je m’en vais donc faire la guerre. » Ministre du département de la Guerre depuis la mort de Belleisle, Choiseul venait de prendre celui de la Mavine en remplacement de Berryer, appelé aux fonctions de garde des sceaux. En revanche, il avait cédé à son cousin le comte le portefeaille des Affaires Étrangères, tout en se réservant la direction des relations espagnoles. Avec son ardeur habituelle, il s’'adonna corps et âme à la besogne de son
(1) Choiseul à Chatelet, 22 août 1761. Affaires Etrangères. (2) Starhemberg à Kaunitz, 12 septembre 1761. Archives de Vienne.
nouveau ministère, reprit les armements des ports que son prédécesseur faute de ressources avait négligés, s'employa activement à faire passer des secours à la Martinique êt à Saint-Domingue et chercha à préparer avec la cour de Madrid une expédition commune contre la Jamaïque.
A l'opposé de Choiseul de pacifique devenu belliqueux, Kaunitz se montrait de plus en plus abattu; depuis le départ des Russes et leur retour derrière l’Oder, il semblait regretter la rupture qu’il avait saluée avec joie deux mois auparavant, il n'avait aucune foi dans les résullats de l'alliance avec l'Espagne et attribuait à l’immixtion des affaires de cette puissance l'échec des tentatives pacifiques. Chatelet fait part(1) à son ministre de cette mentalité nouvelle : « Il craignait il y a un mois que nos négociations particulières avec l'Angleterre ne vinssent mettre des bornes aux grandes espérances qu'il avait concues de l'exécution d’un projet auquel il avait tout sacrifié et qu'il croyait immanquable. Depuis que les Russes ont passé l’Oder, et maintenant que leur retraite a déchiré en partie le bandeau de l'illusion, je ne sais en vérité s’il n'y a pas des moments où il serait bien aise que nous lui eussions fourni les moyens de pouvoir nous accuser de forcer er quelque sorte l’Impératrice à la paix. IL cherche du moins, Monsieur, à diminuer le prix du sacrifice etil m'a répété plusieurs fois et avec affectation que nos liaisons et nos engagements avec l'Espagne étaient les grands obstacles qui s'opposaient à notre récohciliation avec l'Angleterre. » Le diplomate français s’évertuait en vain à démontrer que c'était la défense des intérèts autrichiens et notamment le refus d’évacuer les territoires prussiens du Bas-Rhin qui avaient été la cause déterminante de la rupture. Peut-être l'ignorance
(1) Chatelet à Choiseul, 20 septembre 1761. Affaires Etrangères.
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