‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 157 sur 230 · ESS · texte numérisé non relu

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de l’insuccès de ses efforts pour enrayer le mal, en faisant un résumé de la situation :

« V. M. aura daigné observer que le bouleversement total des affaires à été l'ouvrage des 8 premiers jonrs du gouvernement de ce nouvel Empereur; et que par conséquent tout le système s’est trouvé renversé avant qu'il m'eût été possible de faire parvenir la moindre représentation, soit au Souverain, soit À son Ministère. Le Monarque deux jours après son avènement au trône avait déjà expédié vers le roi de Prusss et en Angleterre; cette démarche décisive qui sipposait une résolution ferme et préméditée a entrainé toutes les autres. »

L'ambassadeur traite le souverain de fou : « Il est à remarquer que l'enthousiasme et l'amour de l'Empereur pour le roi de Prusse forment un point de folie décidé et inébranlable parce qu'il tient de trop près à son goût favori, qui est cette discipline et ce gouverrement militaire dont le roi de Prusse donne à l'Europe un exemple si outré, et qui lui a valu l'hommage de tant de têtes échauffées..… ce prince a été tellement négligé qu'il n’a absolument pas d'idée de son État et ignore ce qui est politique, système, en un mot lout ce qui regarde l’art de régner, et rapportant toutes choses au militaire (seul objet dont il s'occupe) il juge que le souverain bien est d’avoir beaucoup de troupes, et il adore le roi de Prusse parce qu'on lui a dit que ce prince était ua de ceux qui savait le mieux discip'iner et exercer ses soldats, »

S'il faut renoncer à l'espoir d'empêcher Pierre d’abendonner l'alliance et de faire la paix, Mercy estime qu'il sera pssible d'obtenir qu'il ne s'unisse pas aux ennemis et qu'i: ne leur donne pas des secours dans la guerre actuelle. Pour arriver à ce résultat négatif, il faut gagner du temps et profite: des questions que soulèveraient les réponses de la Prusse et de la Grande-Bretagne aux ouvertures de la Russie. La lettre se termine per quelques dé-

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tails sur les délauches du Tzar, sur ses démèlés avec sa maitresse, sur l’effacemeut de l'Impératrice Catherine: mais la description d'un souper chez le chancelier, que l'ambassadeur ajoute en post-scriptum, servira mieux que toutes ses appréciations à dépeindre le ton et les mœurs du personnage extraordinaire qui tenait en mains les destinées de la Russie : « Suivant l'invitation qui en avait été faite à tous les ministres étrangers, je me rendis chez M. le chancelier pour assister à l’assemblée et le grand souper qu'il donna à son Souverain et où au delà de trois cents personnes hommes et femmes se trouvèrent. L'Empereur à son arrivée me parla aussi poliment qu’à l'ordinaire, mais je vis par le soin qu'il prit de se faire entourer par ses favoris, qu'il voulait éviter de me procurer une occasion de lui parler d'affaires et quelque soin que je prisse pour saisir vn instant il me fut impossible de le trouver. L'Empereur prit Keith en particulier, s’entretint longtemps avec lui, il appela ensuite Hordt et Werner, et comme je me tenais toujours aux aguets, j’entendis qu’il leur disait qu’il venait d’avoir la nouvelle que le prince Eugène était en marche, mais c’est tout ce que je pus saisir de ce discours.

« Enfin, on se mit à table après avoir tiré les places au sort. Le souper dura # heures et ce fut là que le monarque commençant à être échauffé de vin, il tint à haute voix toute sorte de propos sur son estime, son admiration et son attachement pour nos ennemis; tout cela était toujours adressé au prince George, à Hordt, à Werner qui étaient opposés de lui; j'étais placé vers une extrémité de la table assez éloignée mais comme il criait à gorge déployée je ne perdais pas une parcelle de ses discours.

« Enfin, on se leva de table, on apporta un nombre infini de pipes et toute la Cour se mit à fumer. L'Empereur se mit à jouer une espèce de jeu de hasard où il peut entrer autant de monde qu'on en veut admettre à la

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partie; on proposa à tous les ministres étrangers d'en être et nous jouions tous. Pendant le jeu, l'ivresse de l'Empereur augmentait à force de boire et de fumer, il se mit à agacer fort désagréablement et d’une facon piquante M. de Breteuil, qui la plupart du temps ne répondit rien, parce qu’en effet ce que lui disait l'Empereur était souvent inintelligible. » La « façon piquante » dont il a été traité, notre ambassadeur la raconte lui-même (1) : « Le Czar perdit un des premiers; je ne tardai pas à en faire autant, de même que le marquis d’Almodovar (envoyé d'Espagne). Quand l'Empereur vit perdre le ministre espagnol, S. M. était débout et moi aussi. Il fit quelques pas vers moi ets’étant approché de mon oreille, il me dit avec confiance et gaité : « L'Espagne perdra ». Je fus un peu étonné et je lui répliquai cependant assez vite : « Sire, je ne crois pas, nous sommes avec elle, et elle est formidable seule ». L'Empereur, en haussant les épaules, avec un rire moqueur et de pitié n° me réporndit que par un ah! ah! Je repris fort sérieusement : « Enfin, Sire, nous sommes, l'Espagne et nous, fori tranquilles à cet égard, et nous le serons également pour la guerre du continent et d'Allemagne, si V. M. reste ferme dans les principes de son alliance comme elle l’a promis et le doit à ses engagements ». Le Souverain rnsse, après avoir gardé un moment le silence, m’a répondu avec colère et d’un ton fort haut : « Je vous l’ai fait déclarer il y a deux jours, je veux la paix ». Je répliquai : « Et nous aussi, Sire, mais nous la voulons sûre, comme V. M., honorable et d’eccord avec nos alliés ». — « Tout comme il vous plaira, m'a repris le despote; quant à moi, je veux la paix. Faites après comme vous l’entendrez, Finis coronat opus. Je suis soldat et point badin ».

« En achevant ces mets militaires, il cherchait à me

(1) Breteuil au comte de Choiseul, Pétersbourg, 26 février 1762. Affaires Étrangères.

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