‹ La guerre de Sept ans [microforme]Chapitre 21 sur 230 · EXPÉDITION DE D'ESTAING · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DE D'ESTAING

attendit inutilement à Diego-Suarez pendant # mois, qui lui coûtèrent cher ; le scorbut éclata à bord, 600 matelots en moururent pendant la croisière et au retour à Madras, le 23 janvier 1762, 1.400 malades furent débarqués et transportés à l'hôpital.

Durant l’année 1762, et jusqu'à la paix, il ne fut plus question de l'expédition contre l'ile de France; complètement rassurés sur toute agression de ce côté, les Anglais préparèrent contre les iles Philippines une entreprise dont nous aurons l’occasion de parler.

Pour ne rien omettre des incidents qui se passèrent dans l'Extrême-Orient, il convient de faire allusion à l'expédition du comte d'Estaing. Cet officier, qui avait été fait prisonnier pendant le siège de Madras et avait été relâché sur parole, prit passage pour l'ile de France sur l'escadre de d’Aché. Il en partit en octobre 1759, s'empara du comptoir anglais de Bender Abassi dans le golfe Persique, s’échangea contre le commandant du fort. De là, il fit voile pour l'ile de Sumatra, se rndit maitre de Bencoolen et des autres établissements que les Anglais y possédaient. De retour à l'ile de France, il s'embarqua pour la métropole; au cours du voyage, il fut pris de nouveau par l’ennemi et, à son arrivée en Angleterre, jeté en prison sous prétexte d’avoir violé sa parole. Nous l'en verrons sortir pour jouer un rôle dans les ouvertures pacifiques que la cour de Saint-James fit à celle de Versailles au printemps de 1762. Les succès de d'Estaing n'avaient pas été sans produire une certaine émotion dans le monde des armateurs et des négociants de la cité de Londres. Les conquêtes, d’ailleurs peu importantes, furent restituées lors de la conclusion de la paix.

Quant à la chute de Pondichéry, la nouvelle en arriva à Londres peu de temps après l'ouverture des pourparlers entre Pitt et Bussy.

Aux événements militaires de l’Extrème-Orient se rattache l'expédition anglaise contre les Philippines, quoique la date en soit très postérieure à la prise des possessions françaises dans l'Inde et que la nouvelle de la reddition de Manille n'ait été connue en Europe qu'après la signature des préliminaires de la paix.

Après son altente inutile dans la baie de Diego-Suarez, l’amiral Steevens avait regagné Madras avec ses nombreux malades au mois de décembre 1761. Dans l'intervalle, le colonel Draper avait fait un voyage en Angleterre et avait fait substituer à l’entreprise contre les îles françaises, beaucoup moins intéressante depuis la prise et la démolition de Pondichéry, l’idée d’un raid sur Manille et les îles Philippines. Aussitôt rentré aux Indes, Draper en entretint le conseil de la régence de Madras.Le projet, qui avaitété agréé par Pitt, futsoumis à une commission spéciale. Le gouverneur Pigott, l'amiral Cornish, Draper et le capitaine de vaisseau Tiddyman lui furent favorables; seul, le gouverneur Lawrence fit de l'opposition. Ce dernier, d’après Draper (1), paraissait tenir compte plus que jamais des dangers de l'intervention d’une escadre française, de l'ile de France; bien plus sérieuses étaient les objections tirées du nombre et de la qualité des troupes dont on pouvait disposer ; elles se composaient du bataillon de Draper, d'ane compagnie d'artillerie de siège ; « le reste est un composé de déserteurs de toute nationalité, que je prends avec moi bien plus pour apaiser les craintes et les appréhensions des gens de Madras que pour les services que je puis en attendre. Une telle collection de bandits ne s'est pas réunie depuis le temps de Spartacus ». Draper reconnait qu’il faut renoncer aux 1.500 soldats du Roi et aux 800 de la Compagnie dont il avait parlé en Angleterre ; mais quelque faibles que soient les moyens, il compte sur

(1) Draper à Egremont, Fort St-Georges, 17 juillet 1762. Record Office,

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le succès grâce au concours assuré de l'amiral Cornish et de ses équipages. En définitive, le corps expéditionnaire se composa d'environ 600 Anglais, 264 Européens, 100 cafres, 2.000 cipayes et quelques centaines de travailleurs lascars pour les services de l'artillerie et du génie. A ces forces quelque peu disparates vinrent s'ajouter un bataillon de 550 matelots de l'escadre et 270 excellents « marines ». Le colonel Monson accompagnait l'armée en qualité de commandant en second.

L'escadre, après avoir touché à Malacca le 27 août, jeta l'ancre le 23 septembre dans la baie de Manille; son apparition fut une surprise complète puar les Espagnols qui étaient loin de s'attendre à une attaque.

A la suite d’une reconnaissance effectuée le 25, les chefs de l'expédition abandonnèrent le projet primitif de s'emparer du port et de l'arsenal de Cavite et décidèrent de s’en prendre d’abord à la ville de Manille. On éviterait ainsi la perte de 2 jours qu'occasionnerait la première opération et on priverait l'ennemi d'un répit dont il aurait profité pour prendre des précautions et pour appeler à son secours les milices de l'intérieur.

Conformément à cette résolution, l’amiral Cornish signala (1) à l’escadre de se rapprocher le plus possible de la ville et de préparer le débarquement. L'ordre fut exécuté sans retard, le 79° régiment et les « marines » prirent terre à 7 heures du soir, près de l’église de Moratta, à environ 2 kilomètres de l'enceinte. On n'éprouva d'autre obstacle que le ressac qui causa quelques avaries sans coûter cependant la vie à personne. Le lendemain matin, on ranprecha les avant-postes jusqu'à 200 mètres des glacis et o1: renforçca la petite armée de 700 hommes empruntés aux équipages. La veille, on avait capturé une galère espagnole par laquelle on eut avis de l’arrivée sur

(1) Cornish à Clevland, en rade de Manille, 31 octobre 1762. Record Office,

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