JUGEMENT PORTÉ SUR LALLY
une excuse ou une circonstance atténuante? Tantôt ce sont les instructions d’un gouvernement éloigné et partant mal informé:ou incompétent auxquelles il faut se conformer, tantôt c'est le manque d'argent qui oblige à des expéditions excentriques dans le seul but de faire recette, ou qui, en provoquant l'émeute dans l’armée, fait échouer les entreprises les mieux combinées; tantôt enfin ce sont les intrigues ou la mauvaise volonté du gouverneur et du conseil civil qui retiennent le général loin de ses soldats ou le paralysent dans l'exécution de ses projets. L’Anglais Coote lui rendait justice quand il disait (1) : « Personne n’a une plus haute opinion que moi. de Lally. Il a lutté contre des obstacles que je croyais insurmontables et il les a vaincus. Il n'y a pas un autre homme dans l'Inde qui eût pu maintenir sur pied pendant aussi longtemps une armée sans solde et qui ne recevait des secours de nulle part. »
La prise de Pondichéry mit fin aux conceptions bril-: lantes que Martin, Labourdonnais et surtout Dupleix avaient espéré réaliser en vue de la suprématie française aux Indes; la supériorité était définitivement acquise aux Anglais, ils en usèrent pour développer jusqu'aux limites actuelles Le superbe empire sur lequel ils règnent
“iourd'hui. Les établissements français furent restitués saix, mais sans défense. Pondichéry resta à la merei de » voisins et perdit toute importance politique et
même commerciale. Il en eût été autrement si le gouver-
nement de Louis XV eût montré la persévérance et la ténacité de ses concurrents. Favorisée par la possession de l'ile de France, sûre d'un point d'appui, l’escadre française pouvait lutter dans les mers indiennes; pendant les quatre anntes que dura la guerre, les bâtiments de la Compagnie ou les vaisseaux du Roi purent accéder à
(1) Lettre citée par Malleson, p. 470, traduction francaise,
la côte de Coromande: et y débarquer des renforts ; malheureusement, à l'exception de l’escadre d’Aiguilles, il ne vint pas de secours de la métropole, alors que l’envoi en 1759 du bataillon, expédié par changement de destination en 1760 à l'ile de France, eût probablement tranché le sort de la campagne en faveur de Lally. Certes, la présence d’un millier de Français dans le Carnatic et l’envoi de quelques millions en numéraire eussent produit plus d’effet que l'inutile et coûteuse promenade qu'accomplissaient tous les ans en Allemagne la maison du Roi ou la brigade des gardes; la dépense, sans être beaucoup plus forte, eût été autrement productive en résultats.
Peu de temps après la prise des possessions françaises de l’Inde et pendant que l'amiral Steevens et le colonel Coote, représentants du gouvernement métropolitain, se disputaient les dépouilles de Pondichéry avec les autorités locales de la Compagnie anglaise des Indes, ces dernières remirent sur le tapis l'expédition contre les îles de Bourbon et de France. A la demande du gouverneur Pigott, le colonel Monson prépara un projet (1) : pour venir à bout de la garnison française évaluée à 1.500 hommes y compris le bataillon de Cambrésis, il faudrait 3.200 soldats européens, c’est-à-dire toutes les troupes blanches que possédait la présidence de Madras. Cette raison ainsi que celle de la dépense qui incomberait à la Compagnie, fit abandonner l'entreprise; cependant l'amiral Cornish, qui avait remplacé Steevens mort en mai 1761, reçut ordre de se porter dans les parag.s de Madagascar à l'encontre d'une escadre commandée par Keppel et dirigée centre les îles. Keppel reçut une autre destination, comme nous le verrons plus loin, mais le contre-ordre arriva trop tard. Cornish (2)
(1) Projet du colonel Monson, 9 avril 1761. Record Office. (2) Rapport de Cornish, 5 avril 1762. Record Office.
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