PROJET DE LAUDON
trouve où il n'y en avait pas. En un mot, on rencontre tous les jours des difficultés qu'on n'avait point prévues, et je crois, entre vous et moi, que ceux qui ont proposé la marche sur Cunsendorff Hoengiersdortf et la bataille au bout, seraient fort aises à présent de n'en avoir jamais parlé. M. le maréchal Daun qui en a mandé son avis à sa cour par M. de Brechainville, et qui ne fait que prêter son nom pour cette entreprise, envoie tous les jours chez M. de Laudon pour savoir s’il juge à propos que l’armée se mette en mouvement; et comme je viens de vous le dire on n'a trouvé jusqu'ici que des difficultés qu'on cherche à lever par de nouvelles reconnaissances. En vérité, je suis peiné de voir ce que j'ai sous mes yeux; mais j'ai des ordres si précis de ma cour de ne chercher à influer sur rien et de m'en tenir à dire mon avis, supposé qu'on me le demande; que je suis forcé, malgré moi, de garder le silence. Je me lève donc depuis quatre jours avec l’espérance et l'incertitude que vous voyez. Cecia assez l'air d'un homme qui a promis à son médecin de prendre une médecine, et la flaire quand on la lui porte. Reste à savoir si nous la prendrons ou si nous la renvoyerons, c’est ce que je ne puis vous dire encore, quoique j'aie vu ce matin M. le maréchal de Daun et ses généraux principaux. »
D'ailleurs, les lettres confidentielles de Daun à l'Impératrice indiquent à la fois le découragement du général, son peu de foi dans la possibilité de secourir la place assiégée, sa jalousie de Laudon et son désir de lui faire endosser la responsabilité de la faillite. « Les chemins (1) sont daos un état exécrable : il faudra deux fois 24 heures de beau temps pour les mettre en état d’être utilisés; plus 10 heures pour les réparations et cela sans compter aucun accident, ce qui pourtant bonnement n'est pas à espérer et si même nous arrivons à Sudenkorf où il faut déloger
(1) Daun à Marie-Thérèse, 19 septembre. Archives de Vienne.
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l'ennemi pour occuper les hauteurs de Kunzendorf et Bügendorf, comment peut-on s’en flatter? Maïs je ne m'arrèterai pas davantage à toutes les autres objections trop fondées que. Montazet nomme folie de seulement y penser. Enfin au premier moment de possibilité l'exécution suivra... Si cela va mal, Laudon qui comme le seul qui connaisse au mieux les chemins et la contrée conduira l’avant-garde, n'aura pas été suffisamment soutenu et aura été sacrifié exprès, qu'au contraire, on ne l'ait pas employé, c'est par envie et jalousie de ma part. » De Laudon, Daun passe sans transition à la Sax : « Je dois avouer à V. M. que la déclaration russe au résident saxon ne me semble pas si désavantageuse. La Saxe nous donnera toujours beaucoup à faire et si nohs pouvions nous servir autr part de notre armée, nous pourrions mieux assurer la pro: tection de nos propres territoires; mais ça peut en français fort bien être jugé comme le tailleur qui parle des souliers ou le cordonnier de l'habit. »
La seconde lettre écrite en grande partie comme la première dans un français des plus bizarres, est conçue dans le même sens :
« Le mauvais temps (1) a empêché jusqu’à cette heure l'exécution du projet que j'ai eu l'honneur de communiquer à Vos Majestés par l'envoi du major Prechenville. Hier les rapports de M.le général Laudon ont signalé quelques changements et de nouveaux abatis auprès de l'ennemi. » Il a envoyé successivement le colonel Fabris, puis un autre officier, pour se procurer des renseignements plus précis; d’après la réponse, il paraïtrait que l'opération doit être encore ajournée « de sorte que plus cela traine, moins il y a d'apparence de pouvoir se flatter de la moindre heureuse issue, que je n'ai jamais prévue, comme de même tous les autres généraux hormis M. de
(1) Daun à Marie-Thérèse, 21 septembre 1762. Archives de Vienne.
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