TRAVAUX D'APPROCHE
compression qu'on fit jouer dans la nuit du 1°" et au
- 2 septembre avec beaucoup d'effet.
Pendant tout le mois de septembre et les premiers jours d'octobre, la lutte se poursuivit entre les ingénieurs, français tous deux, qui dirigeaient l'attaque et la défense. Gribeauval semble l'avoir emporté sur son compatriote en science et en hardiesse; la correspondance de Frédéric avec Lefebvre est pleine d'aliusions aux galeries d’approche éventrées par les mines de l'ennemi, aux mineurs chassés ou asphyxiés par les camouflets, aux travaux qu'il à failu recommencer ou réparer à la suite des explosions, aux contremines de l’assiégé, aux difficultés de combattre l'invasion de l’eau, à l'inexpérience des mineurs prussiens.
Tanentzien et Lefebvre étaient découragés : « A peine faisons-nous quelques progrès sous terre (1), que l'ennemi fait sauter une mine et ruine tout; c’est ainsi que c'est arrivé hier après-midi à 3 heures, nous avons perdu deux mineurs et un sapeur. »
« Le major Lefebvre ne sait plus quoi faire; il va recommencer les travaux des mineurs et cherchera à inquiéter l'ennemi en travaillant sous la flèche, »
Cependant les offres répétées de capitulation faites par la garnison étaient de nature à encourager les assiégeants.
Nous avons déjà relaté les tentatives du gouverneur Guasco pour obtenir une clause permeltant aux 10.000 hommes de la garnison de rejoindre l’armée de Daun avec artillerie et bagages; cette proposition repoussée fut renouvelée le 28 août sans succès. Les 13 et 26 septembre, nouveaux messages de la place offrant de se rendre moyennant liberté sous condition de ne pas servir contre la Prusse pour une période d'un an, Tanentzien inexo-
(1) Tanentzien à Frédéric, 19, 20 septembre 1762. Schoning, vol. I, p. 447.
rable fit répondre qu'il n’'accepterait que la reddition pure et simple, la garnison devenant prisonnière de guerre et qu'il ne recevrait d'aatres parlementaires que ceux qui seraient autorisés à traiter dans ce sens. Le Roi s'était lait illusion sur la durée du siège; au début, il avait prédit la fin dans 2 ou 3 semaines; peu à peu les délais avaient augmenté; le 6 octobre, 3 jours avant la chute de la place, il écrivait (1) à son frère : « Si Gribeauval ou le diable ne s'en mêlent pas, j'espère de vous donner de bonnes nouvelles de notre siège; mais ce que je vous dis est conditionnel au cas qu’une maudite mine ne nous retarde pas de quelques jours ou que l’ennemi ne nous fasse pas d’autres chicanes. Le siège doit vous ennuyer beaucoup, cependant je puis vous assurer que nous ne négligeons rien. »
Le 24 septembre, impatient de ces lenteurs, Frédéric transféra son quartier général de Peterswaldau à Boegendorf afin de pouvoir surveiller les opérations de plus près. Il fit en effet faire quelques modifications aux travaux d'approche, mais il est difficile de dire si elles firent plus pour hâter le dénouement que l'explosion d’une pou: drière qui vint jeter le désarroi parmi les assiégés; le 8 octobre une bombe mit feu au magasin dans la gorge du fort Jauernick. L'effet fut désastreux : le mur de la gorge fut renversé, 2 officiers et 300 soldats furent ensevelis sous les décombres. Les Autrichiens barricadèrent la brèche avec de grands chevaux de frise, mais elle n’en était pas moins ouverte. Le lendemain les assiégeants firent jouer une mine dont l'explosion ouvrit une nouvelle brèche « qui n'endommagea pas cependant le revêtement de l’enveloppe du fort Jauernick », mais qui projeta une masse de terres jusqu’en haut du parapet. « Deux compagnies prussiennes se glissèrent à droite et
(1) Frédéric à Henri, Bægendorf, le 6 octcbre 1762. Correspondance Politique, XXII, p. 256.
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