VICTOIRE DU PRINCE HENRI
de KI. Waltersdorf, Ce mouvement offensif secon.1# par l'artillerie réussit pleinement; le village fut occupé, les assaillants se divisèrent : les uns conduits par Belling franchirent le vallon qui sépare KI. Waltersdorf du Spittelwald et donnèrent leur appui à l'attaque de Stutterheim le jeune; les autres se portèrent à l'assaut des hauteurs en arrière de KI. Waltersdorf. La cavalerie impériale qui y était postée, déjà fort éprouvée par le canon prussien, n'attendit pas le choc, et aussitôt que les fantassins de Stutterheim le jeune eurent dépassé le village, se retira sur Freyberg, abandonnant à leur sort ses camarades de l'infanterie. Ceux-ci repoussèrent un premier assaut, mais cédèrent à un mouvement tournant grâce auquel l'assaillant était entré dans les tranchées. Les défenseurs s'enfuirent en désordre, laissant au pouvoir des Prussiens la plus forte partie de leur artillerie. La cavalerie royale tomba sur les fuyards qui avaient perdu toute organisation et jetaient leurs fusils. Le général Roth de l’armée des Cercles, beaucoup d'officiers et une foule de soldats furent faits prisonniers.
Sur ces entrefaites, Stutterheim le jeune avait profité des succès de son frère pour renouveler son attaque des ouvrages du Spittelwald; eile rencontra peu de résistance, car l'ennemi en présence de la prise par les Prussiens des positions qui flanquaient la leur n'avait d'autre parti à prendre que celui de la retraite. Il se retira avec précipitation par les villages de Freybergsdorf et Hilbersdorf. Le général Baudemer avec ses cuirassiers poursuivit les Impériaux jusqu'à la Mulde et ramassa bon nombre de prisonniers dans la ville de Freyberg et dans ses faubourgs. Stutterheim l'aîné avait poussé jusqu'à la Mulde, à Tuttendorf, où le prince Stolberg s'eflorçait de rallier son monde; le général prussien avait prié son collègue Forcade, qui occupait les hauteurs de G. Schirma ei n'avait plus d’ennemi devant lui, de marcher jusqu’à
Tuttendorf et Hilbersdorf de manière à couper la retraite au prince Stolberg. Le général Forcade prétextant ses instructions n’osa pas prendre sur lui l'exécution du mouvement qui lui avait été suggéré. Les impériaux purent donc passer la Mulde sars être inquiétés autrement que par le feu des grosses pièces mises en batterie sur les escarpements de la rive gauche. Hulsen ne prit aucune part à la bataille: il trouva le terrain évacué et ne rencontra que quelques escadrons d’arrière-garde. L'armée ennemie dont les éléments, à l'exception de la division Meyer qui avait peu combattu, étaient confondus sans distinction de régiment, gagna Frawenstein sous la protection de sa cavalerie. Celle-ci, de solidité très médiocre pendant la bataille, n'aurait pas suffi à sa tâche si ses adversaires n'avaient été épuisés par la fatigue des marches de la nuit et par les charges répétées du jour. Les Autrichiens de Buttlar qui étaient à Naundoïf se retirèrent à Klingerberg et campèrent à Beerwalde. L'armée du prince Henri reprit ses positions du 15 octobre autour de Freyberg. La journée coûta cher aux alliés. Le nombre seul des prisonniers s’éleva à 54 officiers et 3.331 soldats autrichiens et à un général, 25 officiers et 1.002 soldats des Cercles, sans compter de nombreux déserteurs qui profitèrent de l’occasion pour abandonner leurs drapeaux ; les Prussiens s'emparèrent en outre de 28 canons, beaucoup de caissons et de 9 drapeaux. Ils n’accusèrent que 1.400 tués ou blessés.
Kaunitz fit (1) à Starhemberg sa version de la bataille : « Le combat a duré depuis 7 heures du matin jusqu'à 2 heures de l'après-midi; l'ennemi a été plusieurs fois repoussé. Notre perte dépassera 2.000 hommes et nous avons perdu quelques canons. Ce qui est un sujet de consolation, c’est que nos troupes et celles des Cercles,
(1) Kaunitz à Starhemberg, 3 novembre 1762. Archives de Vienne.
FÉLICITATIONS DE FRÉDÉRIC. 4at
n’ont subi aucune déroute, mais se sont retirées en bon ordre à Frauenstein où elles ont repris pied. » Le rappo't du prince de Stolberg conforme à celui du prince Henri pour les grandes lignes de l’action atténue beaucoup ses pertes et fait un vif éloge de ses généraux et de ses troupes; il attribue à son infériorité eu cavalerie la perte d’une bataille qui a été vivement contestée depuis 7 heures du matin jusqu’à 1 heure et !/, de l’après-midi et au cours de laquelle le sort aurait penché en sa faveur à plusieurs reprises. Le général de l’armée des Cercles explique la prise de la plupart des canons qui lui furent enlevés aux environs de Freyberg par le désir d’épargner à cette ville le dommuge qu’un combat d'artillerie lui eût fait subir. De la comparaison des deux récits il paraît résulter que la position de Stolberg autour du Spittelwald fut vaillamment et victorieusement défendue pendant la matinée mais, une fois enlevée, la retraite des confédérés se transforma en véritable déroute et leur occasionna de lourdes pertes.
La nouvelle de la victoire fut immédiatement transmise au roi de Prusse; elle valut à Henri les chaudes félicitations (1) de son frere : « Votre lettre m'a rajeuni de 20 ans, hier j'en avais 60, aujourd'hui 18... C’est un service si im: sortant que vous rendez à l’État, que je ne saurais assez ‘ous en marquer ma reconnaissance et me réserve de le fa re en personne. »
Le prince Henri ne laissa pas à l’armée battue le temps de reprendre haleine; Neuwied passa l’Elbe le 31 octobre au pont de Nierschwitz et partagea ses troupes entre les corps d’Hulnen et du prince Henri. Ce dernier, ainsi renforcé, se décida à donner suite au raid en Bohême. A cette opération prirent part les généraux Platen et Kleist ; ce dernier parvint à Brux le 3 novembre pendant que
(1) Frédéric à Henri, Lowenberg, 2 novembre 1762. Schoning, II, p. 495.
des colonnes volantes détachées en Saxe masquaient son mouvement. Toutes ces démonstrations eurent pour résultat de faire reculer le prince Stolberg malgré l’appoint que le duc Albert de Saxe lui avait amené de Frauenstein à Altensberg et le général Buttlar de Beerwalde à Dippoldiswalde. Les Prussiens s’empressèrent d'occuper les localités évacuées et Kleist poursuivant son entreprise après avoir brülé le magasin de Brux, s'empara de Saatz et de sa petite garnison avec un butin de la valeur de 600.000 florins. Le 7, il fut rappelé par le prince Henri au camp de Freyberg.
Une petite expédition également fructueuse avait eu lieu aussitôt après l’arrivée du Roi en Saxe. Pour restreindre le territoire leissé aux Autrichiens, Frédéric fit attaquer les cantonnements de Hadick par Neuwied; l'opération réussit et coûta encore aux alliés près de 500 hommes et k canons.
Satisfait de ses succès en Saxe, Frédéric se décida à lever des contributions sur les princes de l’empire et à exercer sur eux une pression qui les amènerait à déoser les armes et à dissoudre l’armée des Cercles. Dans ce but, Kleist qui avait la spécialité de ce genre d’expédition fut dirigé de Chemnitz sur Zwickau, Planen, Hof et les environs de Culembach. Presque toutes les portes s'ouvraient devant lui; de petits détachements levaient au nom de leur troupe des requisitions, exigeaient des rançcons et emmenaient des otages comme garantie de paiement. Les villes de Bamberg, de Furth, d'Erlangen, enfin de Nuremberg furent lourdement imposées. Le 8 décembre, Kleist était de retour à Leipsig ramenant à son maitre les sommes encaissées et les notables détenus en garantie des lettres souscrites par les municipalités ; le 21, il prit ses quartiers d'hiver.
Frédéric n'avait pas attendu cette date pour négocier l’ar.aistice qui devait comme d'habitude mettre fin aux
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