LA BRÈCHE EST OUVERTE
fort éprouvée. Du 31 mai au 6 juin, le feu continua sans interruption, l’assiégeant ouvrant de nouvelles batteries et élargissant les brèches, tandis que les assiégés profitaient de la nuit pour déblayer les terres tombées et pour remplacer les pièces hors d'usage; le # juin, le mineur fut attaché au bas de l’escarpe ; enfin, le 6, Ste-Croix se décida à réunir le conseil de guerre. Dubouchet fit l’exposé de la situation : « deux brèches de l'enveloppe étaient praticables; deux autres dans le corps de la place fort avancées; l’une surtout auprès de l’angle du flanc avait 15 pieds de profondeur et 60 pieds de largeur; le parapet était en quelque sorte suspendu en l'air ». Le conseil de guerre se prononça à l'unanimité pour la reddition. Ste-Croix communiqua aussitôt et fit approuver les conditions préparées, mais voulant néanmoins attendre au lendemain, il prit ses mesures pour soutenir l’assaut,
« Pendant la nuit (1), on continua le retranchement sur le rempart et on en fit un second en arrière; on garnit d’abattis le fond du fossé en avant de la canonnière qui couvrait la poterne la plus rapprochée de l'attaque. À une heure du matin, l'ennemi battait le fond du fossé et l'enveloppe vis-à-vis la face droite du bastion Dauphin avec une nouvelle batterie de quatre pièces de canon établie au-dessus du jardin Aubert. Les tranchées et les maisons crénelées faisaient en même temps un grand feu de mousqueterie et les Anglais lançaient une immense quantité de bombes, d'obus et de pots à feu. A la faveur de ce feu soutenu, ils viurent à la brèche de l'enveloppe, on les découvrit au noibre d'environ 60 à 80; mais ils furent reçus si vivement du haut de la brèche que, voyant les assiégés en force, ils prirent le parti de se retirer après avoir attaché le mineur près de la brèche dans un
(1) Mémoire Le Cauchois.
endroit qui xe pouvait être vu de la place. Dans cette attaque qui dura près d'une heure, les assiégeants eurent , une quinzaine d'hommes tués ou blessés.
« Le 7, au point du jour, les trois pièces du cavalier qui avaient été remises en état pendant la nuit recommencèrent à tirer et appelèrent l'attention de l'ennemi CE qui, malgré cela, faisait de grands progrès au bastion | du gouvernement dans lequel était l'hôpital. M. de Ste- | Croix se détermina alors à faire battre la chamade. A î 9 heures du matin, le drapeau parlementaire fut arboré. »
En dépit de quelques défr'iances de détail à l’occasion de la prise des redoutes, la défense fut énergique et fait honneur au gouverneur. Les Anglais lui rendirent pleine justice : « Quand la brèche fut faite, — écrit un officie. du corps expéditionntire (1), — le gouverneur ne manqua pas de tâcher de la réparer, mais comme nous étions trop vifs, nous l’empêchâmes, et le 23, elle était assez grande pour qu’une voiture ait pu passer. Le gouverneur craignait un assaut; s& bonne défense était admirée de tous | nos officiers; il était résolu de ne rendre la place qu’à | la dernière extrémité, ce qui lui a fait une éternelle gloire, et une peine d’un loyal et digne gentilhomme. » IL y avait en effet quelque mérite à prolonger une résistance qui ne pouvait aboutir au succès. La présence de la flotte anglaise, maitresse absolue de la mer, interceptait toute communication avec la terre ferme et interdisait à la garnison tout espoir d'être secourue. Que le siège durât quelques jours, peut-être quelques semaines de plus, il ne pouvait pas moins se terminer autrement que par la prise de la place. Dans des conditions pareilles, il eût été imprudent de compromettre le sort de la garnison en prolongeant une défense qui eût exaspéré l’assiégeant.
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(1) Correspondance anglaise. Archives de Quimper.
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