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CHOISEUL PRÉVIENT SON FRÈRE CONTRE BROGLIE

manœuvres. Messieurs de Broglie font de grandes fautes militaires, mais en même temps, ils ont une grande adresse pour les jeter sur les autres, et à la manière dont j'écris comme vous savez, au maréchal, il ne doit pas être regardé comme notre ami, etil ne l’est pas de vous. »

Pendant que le prince Ferdinand suivait l'armée du Haut-

Rhin sur le Weser et faisait mine de passer le fleuve, le prince héréditaire, revenu à la Dymel, avait eu Le 18 août avec Caraman, entre Peckelsheim et Warburg, un engagement à la suite duquel celui-ci s’était replié sur la rive droite de la rivière, tandis que les confédérés campaient sur la rive gauche. Stainville n'était qu'à moitié rassuré (1) par l’arrivée des troupes de Levis qui étaient dans l’état le plus pitoyable, « sans souliers depuis plusieurs jours, et presque hors d'état de servir, le régiment de dragons presque tous éclopés ».

rendant ce temps, Broglie, comme son rapport l'avait fait prévoir, se rapprochait de Gôttingen. Clausen qui avait été laissé avec 8.000 hommes pour surveiller l'ennemi se retirait sur Uslar ; le quartier général, avecle gros reculait de Dassel à Moringen à portée de Güttingen. C'est là que le maréchal reçut de Stainville (2) l'avis important que le prince héréditaire avait « détaché de son corps 3 régiments d'infanterie et un de cavalerie qui sont marchés sur Hamm. C'est de quoi vous pouvez être sûr ».

Le mouvement que signalait Stainville avait été provoqué par une manœuvre de Soubise. Nous avons laissé ce général à Huis Dulmecr plus préoccupé d'une expédition en Ost Frise que du si° ge de Munster, opération que d'après lui la présence de Kielmansegge avec sa faible division de #.000 hommes (3) rendait trop épineuse. Le 17 août, il se rapprochait de Munster ct installait son

(4) Stainville à Broglie, 21 et 22 août 1761, Cassel. Archives de la Guerre.

(2) Stainville à Brogjlie, Cassel, 23 août 1761. Archives de la Guerre, (3) Kielmansegge avait avec lui seulement G bataillons et 6 escadrons.

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quartier général à Appelhausen; de cette localité, il écrit (1) à Broglie qu'il fera des démonstrations contre Munster mais ne croit pas « que cela ramènera l'ennemi », un coup de main serait inutile ; il annonce ja prise de la ville de Rheine sur l’Ems et du château de Wolbeck avec sa garnison de 160 hommes et l'enlèvement d’un convoi. D'après un état du 17 août (2) Soubise avait en campagne 57 bataillons, #3 escadrons, 500 cavaliers de la maison du Roiet pour le moins #.000 hommes de troupes légères, soit un ellectif de 38 à #0.000 combattants. Le 22, le quartier général est installé à Albachten à faible distance de la capitale de la Westphalie, Soubise compte établir des fours à Dorstein : « J'aurai, mande-t-il à Choiseul (3), un pea plus de facilité pour me porter en avant, car je n'ai point d'espérance de pouvoir faire aucune tentative sur Munster. » Sans nouvelles de Broglie, il a appris (4), par une lettre interceptée, le passage du Weser dans les journées des 18 et 19 et les mouvements de Ferdinand qui était campé sur les hauteurs d'Hüxter. Le prince de Condé avec la réserve était depuis le 22 sur la rive droite de la Lippe en face de Hamm ; il avait jeté quelques bombes dans la ville et sommé le commandant qui avait refusé de se rendre, alléguant qu'il attendait des secours da prince héréditaire. Deux jours après, Soubise signale (5) l'arrivée à Hamm de détachements ennemis qui avaient repoussé nos troupes légères. Condé a suspendu le bombardement, « il m'a paru inutile, ajoute l'écrivain, de s'approcher davartage de la Lippe, ne voulant pas faire une entreprise sur Hamm qui exige des préparatifs. C'est un poste très bien accommodé qui demande un éta-

(1) Soubise à Broglie, 17 et 19 août 1761. Archives de la Guerre. (2) Situation de l’armée de Soubise, 17 août 1761. Archives de la Guerre. (3) Soubise à Choiseul, Albachten, 22 août 1761. Archives de la Guerre. (4) Soubise à Broglie, Aberloh, 24 août 1761. Archives de la Guerre.

(5) Soubise à Broglie, Aberloh, 26 août 1761. Archives de la Guerre.

RETOUR DU PRINCE liÉRÉDITAIRE EN WESTPHALIE. 149

blissement de batteries en règle et le passage d’un double fossé ; il me parait que les ennemis veulent le conserver ». La veille, c’est à Choiseul qu'il rendait compte (1). L’ennemi se renforce, aussi a-t-il envoyé Busenval pour appuyer Condé; il ignore si le prince héréditaire en personne est revenu à Hamm : « Je ne néglige, ajoute-t-il, aucun des moyens qui peuvent attirer l'ennemi et l’engager à se compromettre, mais jusqu'ici il s’y refuse et je crains qu'il ne se contente d'empêcher toute opération essentielle et qui puisse former un établissement pour l'hiver, » Soubise ne se trompait pas sur les intentions de son adversaire, mais il ne parait pas s'être douté qu'il lui appartenait d'entraver son action, en profitant de la supériorité numérique qu'il avait sur lui pour prendre linitiative d'une attaque.

Néanmoins, quelque faible qu'eût été la démonstration de Condé contre Hamm, elle avait eu pour effet de ramener en Westphalie le prince héréditaire. De Scherfede ù était le quartier général de ce dernier, le général heim prit les devants le 21 août avec 8 bataillons et 8 escadrons, marcha rapidement et débloqua dans l’après-midi du 24 la garnison d'Hamm ; le prince suivit avec le reste de son corps d'armée et rejoignit son divisionnaire à Hamm le 27 août. Le retour en Westphalie du prince héréditaire entrainait une modification sérieuse des plans de Ferdinand. Ce prince craignant l'invasion du Hanovre que semblaient indiquer le passage du Weser et le mouvement des Français dans la direction d'Eimbeck, mis au courant des projets de Broglie par une dépêche interceptée du 17 août, s'était déterminé, pour les contrarier, à la manœuvre devenue classique de la diversion sur la Hesse ; à défaut du prince héréditaire, appelé au secours de Hamm et de Munster, il dut se charger de l'en-

(1) Soubise à Choiseul, Aberloh, 23 août 1761. Archives de la Guerre.

treprise. Conformément au programme arrêté, Granby (1) le 24 août, avec 11 bataillons, 16 escadrons et un petit parc de siège, fut dirigé sur Borgholz avec ordre de s'emparer du château de Dringelborg ; Conway (2), à la tête d’un contingent d'importance presque égale, marcha sur Hof Geismar sur la rive gauche de la Dymel. Spôrcken, avec son corps d'armée (26 bataillons et 17 escadrons), fut maintenu à Brenckhausen près de Hüxter ; Wütginau avec 6 bataillons et8 escadronseut à surveiller de Polle Les environs d’Hamelen dont la garnison,ainsique celle de Hanovre, avaient été renforcées ; sur la rive droite du Weser, dans le pays de Sollinge, le général Lückner, flanqué des partisans Friedrichs et Riedesel, appuyé par la division Wangenheim, devait conserver la mission d'observer les Francais et de harceler leurs communications, Le 25 août, Granby et Conway franchirent la Dymel et le lendemain Bauer avec l'avant-garde s’empara du château de Dringelborg dont la petite garnison se rendit après un bombardement de 3 heures; le 27, Ferdinand échangea son quartier général de Brenckhausen pour celui d'Immenhausen, sensiblement plus rapproché de Cassel, et le 28 il fit tirer le canon sur Munden et sur des colonnes francaises qu’on voyait en marche sur la rive opposée du Weser. Le conseiller habituel du prince, Westphalen (3), ne croyait pas au résultat efficace de la démonstration, craignait que Broglie ne profitât de l'absence du gros des confédérés pour pousser une pointe contre le Hanovre dégarni et se montrait partisan du retour à la Dymel.

Contrairement à ces prévisions, Broglie tombait dans le piège qui lui avait été tendu. Avisé que l'ennemi avait

(1) Ferdinand à Granby, Brenckhausen, 24 août 1761. Westphalen, V. p. 763.

(2) Ferdinand à Conway, Brenckhausen, 24 août 1761, Westphalen, V. p. 763.

(3) Westphalen à Ferdinand, 28 août 1761, Westphalen, V, p. 771.

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