MÉCONTENTEMENT DE LA COUR
un établissement à Paderborn et vous l'avez jugé impossible; si cependant, lors de votre séparation avec M. de Soubise, vous aviez rassemblé votre armée dans ce point, nous n'en serions pas où nous en sommes. Vous avez cru au contraire devoir fortifier Hüxter. Nous avions pensé qu'employant six semaines à accommoder ce poste vous jugiez pouvoir le soutenir, et si le prince Ferdinand ne se mettait pas en position d'être attaqué par l’armée du Roy, nous espérions du moins qu'en conservant Hôüxter, vous seriez le maitre des deux rives du Weser et que vous ne seriez point forcé à passer cette rivière; au lieu de cela, non seulement le prince Ferdinand a trouvé moyen de prendre une position que vous avez trouvée inattaquable, mais même il est sorti de cette position pour vous contraindre à passer le Weser, et au lieu de le contenir et de l’attaquer lorsqu'il est sorti.de son camp, où sûrement il n'avait pas #0.000 hommes, vous avez été obligé d'abandonner Hüxter, de replier vos ponts canonnés et de vous retirer sur votre communication.
« Toutes ces variations dans les plans et dans les manœuvres des généraux, l'impossibilité à l’armée du Roi de combattre les ennemis soit postés, soit qu'ils marchent pour la chasser, l'inutilité dont les ordres de la cour ont été depuis le commencement de la campagne pour déterminer les généraux ont fait prendre au Roi le parti d’ordonner à ses armées la défensive puisqu'elles ne veulent ni peuvent exécuter l'offensive avec des forces aussi supérieures. »
Cette dépêche était accompagnée de billets de Choiseul (1) pour le comte de Broglie et pour son frère le comte de Stainville. Le ton du premier, pour être concu sur le pied de l’intimité amicale, n'en était pas moins
(1) Choiseul au comte de Broglie, ?7 août 1761. Intercepté. Newcastle Papers.
amer : « Oh, pour cette fois, Monsieur le Conte, l'on ne peut sans l'injustice la plus criante accuser M. de Soubise de ce qui arrive à votre armée et de la seconde perte de la campagne; peu importe que les généraux tâchent de sauver leurs fautes, ou sur les individus, ou sur la cour, ce qu'il y a de certain, c’est que nous faisons la plus vilaine campagne qui ait été faite de la guerre, dans toutes les armées, même celle des Russes, et que M. le prince Ferdinand en nous couvrant de ridicule à la face de l’Europe se couvre de gloire. Il faut convenir qu'il en sait plus que nos généraux, et réunis et séparément, ce qui est fort affligeant pour les affaires du Roi, surtout dans les circonstances présentes, le pire de tout c’est qu’il n’y a plus rien de raisonnable, ni même de possible à faire, que de rester sur la défensive. Je vous y souhaite autant de patience qu'il m'en faut... si vous pouvez vous Consoler par les nouvelles, il court un bulletin très bon de votre armée, qui dit que vous faites Les plus belles choses du monde; si cela était, le public verrait que la montagne accouchera d'une souris et il vaudrait mieux ne lui pas faire croire qu'elle est en couche.
« Adieu, mon cher comte, c’est toujours avec la même liberté et le même attachement que je vous mande très naturellement ce que je pense. »
La lettre de Choiseul à son frère (1) dévoile les sentiments intimes du ministre et contient une insinuation que rien d'ailleurs ne justifie : « Votre commission m'inquiète, mon cher frère,.….. je crains que M. de Broglie ne s’attache aux opérations de sa droite, pour sauver les imbécillités qu'il à fait cette campagne, et qu'il ne néglige sa gauche pour jeter sur vous les malheurs qui arriveront, et revenir en Hesse en disant qu'il y a été forcé par vos
(1) Choiseul à Stainville, Versailles, 27 août 1761. Interceptée. Newcastle
papers.