‹ La guerre des BalkansChapitre 24 sur 35 · LES ARMÉES SERBES NE CONNURENT PAS LA DÉFAITE · texte numérisé non relu

LES ARMÉES SERBES NE CONNURENT PAS LA DÉFAITE

Cependant ta tâche de la quatrième armée, dont l'objectif était le Sandjak, avait été particulièrement difficile.

La place de Novi-Bazar, avec ses -environs, formait une position stratégique formidable très étendue, fortifiée par les Autrichiens et défendue par 15,000 hommes, moitié nizams et rédifs et moitié bachi-bouzouks.

La pluie, les mauvaises routes où l'on enfonçait dans la boue jusqu'aux genoux, la crue des eaux et le brouillard rendirent la marche et les opérations extrêmement pénibles ; mfds la quatrième armée avait l'honneur de venger sur les lieux mêmes la défaite de Kossovo; elle revoyait

162 LES TICTOIRKS SKRBIS

les chères Tilles, les monastères fondés par les princes serbes du moyen âge ; aussi aucun obstacle n'avait-il été capable de l'arrêter, et le 23 octobre, après quatre jours de combats, faisait-elle son entrée solennelle à Novi-Bazar.

Puis, tout le Sandjak conquis, Mitrovitsa, Ipek occupés, elle avait achevé sa tâche le 5 novembre devant Djakovo.

Mais il ne m'est pas possible de relater en détail la marche de toutes les troupes serbes, ni de décrire tous leurs combats dans le Sandjack, la vieille Serbie, la Macédoine et l'Albanie; qu'il me suffise d'indiquer que tandis que je suivais la première armée, dont les rencontres avec les Turcs furent de beaucoup les plus importantes, chaque contact entre ces derniers et les autres armées serbes se termina à l'avantage de celles-ci.

Cependant, je dirai quelques mots de la division de la Morava, deuiième ban, surnommée la c division de fer », celle qui, en trente joiHH, livra vingt-sept combats, dont six de nuitl

— Ma tactique, me confia son chef, le colonel Neditch, s'inspirant des principes de votre grand Napoléon, se résume en trois mots : « Toujours en avant. » Le principal n'est pas de vaincre l'ennemi, ni de lui infliger des pertes, mais d'avancer, d'avancer toujours et de

LES ÀDmAES SEBBU MB COIfflDItlNT PAS U DÉr&ITI 163

forcer ainsi l'adversaire à battre en retraite sans lui laisser de répit pour se reposer, se reconnaître et se reformer.

Pour employer cette tactique, il fallait au colonel Neditch des soldats aussi robustes que dévoués; ses hommes du deuiiéme ban, c'est-àdire âgés de 30 à 38 ans, montrèrent une enduntnce égale, sinon supérieure à celle des meillearea. troupes de premier ban.

Quand elle eut atteint Uskub, la division de la Morava, deuxième ban,4'en vit interdire l'entrée.

— Vous n'êtes pas assez bien habillés, avait répondu le généralissime aux officiers qui demandaient, pour leurs hommes et pour eux, l'honneur de traverser la vieille capitale de l'empereur Douchan.

La Serbie, en etîet, avait donné des capotes à l'armée bulgare, mais ses réservistes se battaient avec leurs costumes de paysans et leur « choubara » en poils de mouton. Le général Poutnick avait ajouté :

— Il ne faut pas que les étrangers, les journalistes, qui sont à Uskub, voient des soldats serbes si pauvrement équipés.

Et un peu honteux d'être en si piètre appareil, ils avaient repris leur route vers le sud- Kn vue de Kitchevo, la journée étant trop

164 LU VICTOrRES SERBEI

avancée pour tenter d'en déloger les Turcs, le colonel Neditch ordonne la halte.

La nuit tombe. Déjà les hommes, faisceaux formés, préparent le hivouac : défense d'allumer de feux, pour ne pas donner l'éveil à l'ennemi, qu'on attaquera à l'aube.

Du pain, des oignons constituent le maigre repas après toute une journée de marche, et chacun se couche à même la terre — il n'y a pas de tente — et le silence s'étend sur le camp.

Mais voici que du ciel sombre des flocons de neige descendent. Toute la nuit, sans discontinuer, la neige tombe et quand, vers l'est, une bande plus claire souligne l'horizon, les sentinelles, dans le jour qui se lève, aperçoivent tout uniformément blanc. Seules, des ondulations parallèles indiquent devantles faisceaux quiémergentàpeine l'emplacement de la division. Quelques heures plus tard, après un rude combat, la victoire une fois de plus souriait aux Serbes, et les Turcs, décimés et repoussés, se repliaient en désordre sur Monastir.

C'est un régiment de la division de la Morava, deuxième ban, qui s'empara des hauteurs d'Oblakovo. J'ai décrit ce haut fait d'armes. Le colonel Neditch avait dit simplement à ses hommes :

c Tout est perdu si vous reculez ! > et ils avaient

LES àRHÉIS nitBBS HE CONNDRBNT PAS U DirlITE 165

répondu : « Soyez tranquille, mon colonel, nous resterons ici, cette terre dût-elle être notre tombe! >

Après la victoire, continuant leur marche triomphale, ils prirent Ochrida, Resna, puis, inlassables, s'écrièrent : c Allons jusqu'à la mer ! * Et quand ils durent s'arrêter sur l'ordre du quartier général, sans avoir atteint cette cête adriatique qu'ils voulaient conquérir eux-mêmes, ce fut une cruelle douleur.

Leur chef les aurait emmenés au bout du monde; ils se seraient fait tuer jusqu'aux derniers sur un signe de lui ; aussi, en évoquant les souvenirs de cette épopée héroïque, le colonel Neditch, un colosse, était-il lui-même tout ému. Cest qu'il rendait en affection à ses soldats l'aveugle dévouement qu'ils lui montraient.

La cavalerie, dont j'ai peu parlé au cours des chapitres précédents, a cependant accompli de nombreuses prouesses et a fait preuve d'une endurance extraordinaire.

Non seulement elle combattit en Macédoine, mais encore en Thrace, où elle remplaça cette

iW LES vioTomn Httsn

arme dans l'armée bulgare qui en manquait, et, comme je l'indique à la fin de ce livre, lors de la prise d'Andrinople, elle entra la première dans la ville avec le régiment bulgare de la garde royale.

Après la victoire de Koumanovo, son rôle consista & poursuivre et à disperser l'ennenil daiu toutes les directions.

Elle ne s'est d'ailleurs pas contentée de cette œuvre secondaire. Â plusieurs reprises, elle opéra comme unité à part.

Sous les ordres du prince Arsène, la division indépendante, d'une mobilité foudroyante, prit part à toutes les grandes batailles. Mais il eit une action particulièrement intéressante qui mérite d'être signalée.

Après la prise d'Istip, le régiment de cavalerie du Danube, commandé par le colonel Zolovitcb, se séparant de la première armée, se dirige par le défilé de Demir-Gapu et la vallée du Vardar sur Salonique. Dana ce défilé, il balaye un détachement turc de 600 Askers qui abandonne armes et munitions.

Sans s'arrêter, il fait prisonniers, au village d'Aly-Mondova, un capitaine turc et leB 136 hommes.

Le régiment se séparant alors en deux colonnes, l'une marche sur Djevdjeli et Vardakaï et s'em-

LES ARMÉES SERBES NE CONNURENT PAS LÀ DttklTK 167

pare de 900 soldats, et l'autre se rend à Doïran, occupe la ville, prend 300 ennemis et en disperse 500 autres.

Continuant sa chevauchée, un détachement de cette seconde colonne fait sauter, à Kalindare, le pont sur la ligne ferrée Salonique-Constantinople et empêche ainsi l'expédition des trains sur la capitale ottomane.

Le régiment se reforme à Hadsunare, pour se présenter sous les murs de Salonique, où il apporte son concours au général en chef de l'armée grecque.

Salonique pris, il repart sans s'être reposé ; en trois jours de marches forcées, il est à Prilep, d'où, pour parachever ce raid fantastique, il ^élance vers Monastir et arrive à temps pour y prendre part à la bataille.

Page 1