‹ La guerre des BalkansChapitre 27 sur 35 · PENDANT L'ARMISTICE · texte numérisé non relu

PENDANT L'ARMISTICE

La Serbie avait à peine achevé sa tâche de ]a feçoD glorieuse que je viens de relater qu'elle allait se trouver aux prises avec de nouvelles et dangereuses difficultés.

Je ne m'étendrai pas sur la période qui précéda, puis suivit la signature de l'armistice et pendant laquelle le peuple serbe se vit discuter et enlever tme partie de ses conquêtes.

L'Autriche, d'abord menaçante, devenait provocante. Peu à peu elle avait mobilisé ses troupes, et bientôt un million d'hommes sous les armes étfùent massés le long de ses frontières orientales.

Belgrade, où j'étais revenu, se demandait si cette mobilisation n'allait pas être brusquement suivie d'eflet. Une partie des troupes du troisième ban occupait seule la capitale serbe e^

gardait la frontière, tandis que l'armée entière demeurait en Macédoine, dans les pays conquis.

Cependant les jours passèrent. La Serbie resta calme devant les provocations autrichiennes.

Voici l'une des dépêches que j'adressais au Journal après un voyage d'inspection sur la frontière autrichienne, au cour» duquel j'avais constaté de visu que l'Autriche-Hongrie préparait deux armées d'invasion pour pénétrer en Serbie :

« Belgrade, il décembre. — Le mouvement des troupes sur les frontières serbe et russe est incessant. Les contingents d'origine slave y sont remplacés par des bataillons allemands et bongrois. Les mesures militaires se succèdent sans relâche. Toutes les écoles de £osiiie-HerzégoviDe viennent d'être licenciées. On prépare leurs locaux en vue de l'arrivée de 70,000 hommes qui viendront porter k 100,000 hommes 1« force de cette armée. Les trains de pontomiiers arrivent sur la Drina. L'autorité militaire autrichienne continue & appeler réservistes et territorianz. Près de '^^segrad, en Bosnie, non loin de la frontière serbe, j'ai pu constater la présence d'un parc d'artillerie de 40 can<ms. En Bosnie encore, à Doboî, à Accreki, à Touzlai à Sarajevo, les ordres ont été donnés pour préparer d'urgmM»

des hâpitaax.

PtKÙkHT LàRuisnoi 187

< Il s'agit donc bien de la préparation à la {pierre. D'ailleurs les familles d'officiers quittent les Tilles frontières. On vient de payer à tous les gradés deux mois de leurs appointements d'àvaoce. E^fin on pousse actlTement d'importants travaux de retranchement entre Brcka «t Bijelgina, entre la Save et la Drina, non loin de la fttïntière serbe.

1 La déclaration de l'état de sièg'e est imminente dans le sud de la Hongrie, où les Serbes «ont en nombre considérable. Quatre villes, parmi lesquelles Szegedin et Neusatz, ont tu leurs tribunaux civils remplacés par des conseils de guerre. Plus prés d'ici, & Semtin, tous les fonctionnaires de race serbe ont été relevés de leurs fonctions. Pour marquer de quelle animosité on fait preuve envers la Serbie, envers les stftTopbiles avérés ou même les gens suspects d'affinités slaves, je sais qu'on a arrêté et condamné des personnes dont le seul crime avait été, dans k guerre actuelle, de quitter l'Autriche pour ïUier secourir les blessés serbes.

« Des mines, aussi nombreuses que dangereuses, sont posées le long des beiges de la Save et du Danube, sous le prétexte de combattre une contrebande illusoire.

< Enfm les provocations 8

lEH VlCTOntBt s

cèdent. Non seulement, la nuit, les inonîtora fouillent de leurs projecteurs Belgrade, où leurs ^sceaux lumineux se posent longuement sur lea monuments nationaux et même sur le palais royal, mais ces bateaux de guerre s'amusent a passer à toute vitesse devant les débarcadères aerbes, renversant barques et chaloupes et rompant leurs amarres. Les détonations de leurs exercices de tir éclatent sans interruption.

c La Serbie se rend très bien compte qu'on cherche à la provoquer de toutes manières. Peu. dant que leurs mitrailleuses crépitent, les officiers autrichiens viennent photographier la rive serbe. Mieux encore : près de Vichentsa, à quelques kilomètres de Belgrade, des obus à balles et des projectiles vinrent tomber près d'une patrouille de douaniers qui dut reculer en hâte.

« Cependant, ici, on laisse faire avec un sangfroid admirable. L'armée demeure là-bas, dans le sud, sur ses champs de bataille glorieux, et le troisième ban lui-même s'est repUé un peu en arrière pour éviter tout conflit. Les projections nocturnes deviennent un amusement, uue attraction. Et chaque soir les habitants de Belgrade vont au Kalimegdaoe, le parc voisin de leur vieille forteresse, admirer les illuminations qui partent du Danube. >

PBKOUIT L'ARMISTICE

Lentement les questions de l'autonomie albanaise et du débouché serbe se réglaient et l'attitude de l'Autriche ne se modifiait pas.

Décembre passa ainsi, puis janvier, et l'armistice fut dénoncé, tandis qu'à Constantinopte avait lieu la révolution qui rendait le pouvoir au parti jeune-turc.

Cependant la Serbie s'insurgeait contre un nouveau danger, l'appétit bulgare, et, le 1*" lévrier, j'écrivais :

« Le mouvement séparatiste entre la Serbie et la Bulgarie prend chaque jour plus d'importance. La Serbie, qui a accepté l'armistice uniquement pour complaire à son alliée, alors qu'elle-même avait terminé sa tâche propre, et qui a apporté son concours à la Bulgarie en Thrace dès qu'il fut soUicité, entend demeurer loyalement une alUée fidèle jusqu'à la fm des hostilités, mais elle entend aussi exiger des garanties précises pour le partage des conquêtes. La pressa serbe, avec fermeté et sans aucun mot blessant pour la Bulgarie, appuie cette thèse d'arguments irréfutables.

€ La Bulgarie, qui rêvait, au début de la guerre, d'une confédération balkanique où elle aurait joué le rdle de la Prusse en Allemagne, se rend chaque jour plus intolérable à ses alliés. La Ser-

bie, qui se voit enlever déjà uoe partie de ses conquêtes par suite de l'intervention de l'Ântricbe, n'entend pas se soumettre à une vassalité déguisée et envahissante. I^s Bulgares veulent obtenir Vêles, Prilep, Monastir et Ocbrïda, dont les Serbes ont payé la conquête de leur sang. Ils annoncent même leur intention de conserver des droits à Uskub, à Kuprulu et dans toute la région. Ce serait créer en peu de temps un irrédentisme bulgare.

c La Serbie demande que chacun soit maître de son territoire et que l'on ne fasse pas renaître pour les territoires conquis l'ère de troubles que connut la Macédoine. Ellle réclame que la nouvelle frontière serbo-bulgare suive le cours du Vardar. »

Enfin les hostilités reprirent et, le 2 février, je recevais du Journal la dépêche suivante :

c Vous prie de partir le plus tût possible pour le quartier général bulgare. Amitiés. »

De nouveau je me dirigeai vers le canon.

A Sofia, je trouvais la ville en pleine efferve»*

PENDANT L'AtmiSTICE

cence. Dans les rues, dans les cafés, la foule stationnait, attendait les rares nouvelles qui parvenaient des lignes de combat et les commentait ensuite avec passion.

Mais j'y trouvais aussi la défense formelle du quartier général bulgare de pousser plus avant, les correspondants de guerre et même les attachés militaires n'étant pas admis à suivre les opérations des troupes bulgares pendant la nouvelle phase de la guerre gui commençait.

LE SIÈGE D'ANDRTNOPLE

Page 1