LA MOBILISATION SERBE
La mobilisation serbe, décrétée le 30 septembre, s'était accomplie avec une facilité prodigieuse.
Ceux qui en avaient été témoins m'en firent le récit, pendant que ]e train m'emportait vers Nisch.
Dans la nuit même qui suivit la publication du décret appelant la nation aux armes, le pays tout entier, jusque dans les endroits les plus reculés où n'arrive pas le télégrapiie, avait connu l'ukase.
Dans les villages, les cloches sonnèrent 1« tocsin, des bombes furent tirées, et pour prévenir la population des campagnes plus éloignées, de grands feux préparés à l'avance brûlèrent toute ta nuit sur les hauteurs.
A l'aube, les soldats convoqués gagnèrent, à dievat ou à pied, les points de concentration.
Tous les hommes valides, même les dispensés, se présentèrent, amenant avec eux et sans qu'il eut été besoin de réquisition, tout ce qui pouvait être utilisé par i'armée : chevaux, bœufs, chariots, etc., chacun donnant ce qu'il avait, ce qu'il pouvait, sans même songer à une indemnité, dans l'idée seule d'aider à la victoire.
Pas de manifestation, pas de cris, pas d'exaltation. Le pays, conscient des difficultés qu'il allait rencontrer, montrait simplement sa décision d'obtenir coûte que coûte le succès.
Nulle part l'autorité n'eut à intervenir, chacun se présentant volontairement pour accomplir son devoir
En quittant Paris, je croyais très sincèrement à la victoire des Turcs. Mais ma conviction s'ébranla vite quand je me fus rendu compte du patriotisme des Serbes, de leur esprit de sacrifice et de leur volonté de vaincre. Et leur enthousiasme me gagna.
' En quarante-huit heures, toutes les forces militaires serbes étaient réunies. L'elTectif prévu était même dépassé de près de 100,000 hommes, et ce furent les fusils à tir rapide qui manquèrent.
Ïj& troisième ban (territorial) ne reçut que de vieux fusils. Il devait être employé aux services
LA HOBtUSATIOM SERBE 9
de garnison et de protection dans le pays même ; plus tard, au besoin, dans les territoires conquis. Un fait sans précédent dans les armées européennes se,'produisit et mérite d'être signalé : ces territoriaux voulaient aller au Teu avec les troupes de l'active et de la réserve.
En trois jours, 95 "/o des réservistes furent incorporés et au bout de la semaine le chiffre des incorporations atteignait 98 «/a des inscrits.
Les 2 0/. non incorporés se composaient de malades qui, pour la plupart, se présentèrent quand même, sollicitant leur admission dans les rangs.
— Nous guérirons en route, affirmaient-ils.
Les cavaliers de la réserve fournirent leurs chevaux. Les armes, l'équipement et le matériel de guerre, le train, les vivres, les munitions étment en quantité suffisante et en bon état ; le trésor de guerre s'élevait à 100 millions de francs.
On imagine difficilement comment une telle organisation, si parfaite qu'elle permit à la Serbie, dès la mobilisation, non seulement d'accomplir sa tâche, mais de fournir assistance à ses alliés, put être en quatre ans mise à point.
Comment ne pas s'étonner d'un efTort si rapide, quand on se rappelle qu'au moment de l'annexion
de la Bosnie par l'Autriche (1898) la Serbie était hors d'état de faire entendre utilement une protestation quelconque. A Belgrade et dans les villes, la mobilisation avait été accueillie avec une profonde joie. Le jour de sa proclamation avait été comme un jour de fête ; dans les rues les gens s'abordaient la joie au visage et s'étreignaient. On s'embrassait sans se connaître.
Partout, ce fut une véritable explosion de patriotisme.
Voici la formidable armée que ce petit pays de 2,900,000 habitants — ce n'est même pas la population de Paris — avait mise sur pied en une quinzaine de jours :
Armée active et de réserve [premm'
et dewaîiéme bansj.
(Ces chiffres sont absolument exacts et ont été contrôlés
Hommes 286.800
Chevaui 50..500
Bœufs 31.600
Voitures 18.650