Scène l
Madame FERNAND, puis FERNAND.
MADAME FERNAND [sBule, ôtaut son cliapeau : elle est en toilette de voyage. Elle prête r oreille).
Ah I je reconnais son pas. C*est mon Fernand [elle court à la porte).
FERNAND {entre, s'arrête tout surpris à la vue de sa mère, et se jette dans ses bras).
Toi ici, ma mère; ah! voilà une bonne journée I Mais je ne l'attendais plus que demain.
MADAME FERNAND (V embrassaut).
Je le savais heureux, mon enfant, je me suis moins hâtée; mais si je t'avais cru un chagrin, je n'eusse pas été en relard,
FERNAND
J'étais si impatient de te serrer dans mes bras : jusqu'ici nous n'avions eu que des peines à mettre en commun. (// dépose sur le guéridon son chapeau et une croix quil a à la main).
MADAMK FERNANI^.
El maintenant, nous avons des succès à partager. Voyonsi conle-moi tout ton triomphe, mon Fernand. J'en ai deviné la moitié par les gazelles : ton nom y était si vanté! Si tu avais vu avec quelle fierté je me promenais dans ma petite ville de province! Partout où je passais/ j'entendais dire : Regardez donc! voilà madame Fernand, la mère du fameux sculpteur; et mon cœur franchissait la distance qui mesépa-rail de loi. Mais je cause toujours, et tu ne m'apprends rien.
FERNAND
Je t'écoule; d'abord, asseois-loi, là, près de moi. Tu dois être si fatiguée, après deux nuits blanches passées en route. Ne veux-tu rien prendre?
MADAME FERNAND
Merci. Une mère oublie vite sa fatigue, au bras de son fils [S^ appuyant au bras de Fernande elle s asseoit, et lui à ses pieds, sur un tabouret).
FERNAND
Et tu ne le quitteras plus. Comme je te Tavais annoncé dans ma dernière lettre, Tépoque de la distribution des récompenses, qui devait clore l'exposition de celte année, avait été subitement avancée et fixée à aujourd'hui*
MADAME FERNAND
Tu ajoutais même, et je l'espérais bien, que le nom de mon Fernand y serait proclamé un des premiers. J'avais tant prié Dieu! Dans ma hâte d'arriver^ j'ai pris le Courrier, je me suis sauvée, sans dire adieu à personne, et me voici .... mais Irop lard I
FERNAND
Nous rattraperons bien le temps perdu! Enfin, ce matin, après avoir regardé dix fois la pendule sans entendre le bruit de tes pas, je me résignai à partir. De la^ rue de Babyloaeau Louvre, il y a loin, quand on va seul. Je retournais sans cesae
-alla tête pour le chercher du regard. Mais à peine entré dans cette salle immense, pleine de .bruit, étincelante de riches toilettes, encombrée de tous les heureux du jour, des élus du siècle, de femmes élégantes et curieuses, dont les regards étaient presque brûlants, je perdis la tête. Assiégé d'éloges, de compliments, de serrements de main où parfois se cachait la jalousie, l'encens de la flatterie me monta à la tête. J'oubliais presque que tu n'étais pas à mes côtés. C'était bien mal. Mais cette ivresse ne dura qu'un instant, à la triste pensée que tu étais loin, que mon atelier serait encore vide au retour, que pas un visage ami ne serait là pour fêter ma bienvenue. Comprends-tu loute ma joie quand je tombai dans tes bras? Je laissais tout à l'heure la solitude derrière moi : je retrouve la vie. Je songeais aux angoisses du passé, je ne vois plus que l'avenir brillant comme un lever de soleil. Une vieillesse précoce, hâtée par des efforts impuissants, m'apparaissait dans le lointain comme un spectre; maintenant ma jeunesse, ressuscitée comme Lazare, chante à tous les coins de mon atelier, et sur ces visages de marbre, je retrouve presque un sourire. Ah ! ma bonne mère, tu es une véritable fée!
MADAME FERNAND
S'il n'est permis qu'aux fées de donner aux enfants les vertus qui nous viennent de là-haut, lu ne mens pas, mon enfant, car je ne connais pas d'âme plus généreuse que la tienne.
FEKNAND.
Si on t'entendait! tu me vois avec les yeux de mère.
MADAME FERNAND
Et ils ne se trompent pas. Mais tous ces biens de la terre, tels que naissance, fortune, je le les avais donnés aussi, et comme une fée maladroite, je n'ai pas su le les garder,
FERNAND
Pourquoi nous plaindre? La pauvreté est une bonne école, ma mère ; et mieux vaut lui devoir son pain de tous les jours,
que de s'asseoir sans appélil à une table de LucuUus 1 Du reste, grâce à mon travail plus favorisé que jamais, noire seigle s'est changé en froment.
MADAME FSRNAUD.
C'est vrai et je suis injuste. Je voulais même l'accuser de prodigalité. Chaque courrier, qui m'apportait de les nouvelles, venait m'enrichir. Ne connais-tu pas ma vie retirée? Malgré ma défense, lu le gênes pour moi.
FËRNAND.
Du tout, je fais trois parts égales, l'une pour loi, l'autre pour moi.
MADAME FËRNAND.
Et la dernière?
FËRNAND.
Pour jtes bonnes œuvres ; je regrette de n'être pas plus riche ; c'est ton seul luxe.
MADAME FËRNAND.
Oui, il me rappelle ma splendeur passée, alors que j'étais châtelaine, marquise de Vaubert, adorée de mon mari, heureuse au foyer domestique. Quels rêves je faisais alors, en le berçant dans mes bras! Je comptais sans les jours de revers I Quelques mois après, nous étions en fuite à l'étranger; et, resté sourd à mes pressentiments, le marquis, après ra'avoir mise en sûreté, me laissait seule avec loi, pour courir en Vendée, où victime de son dévouement I {Elle essuie une larme).
FËRNAND.
Il mourut en brave, tu me l'as enseigné.
MADAME FËRNAND.
Son dernier adieu fut une bénédiction pourloi, mon enfant, et une bénédiction donnée sur un champ de bataille doit porter bonheur.
ffiRNANO.
J'élars bien jeune alors, et je vois encore tes larmes couler.
MAI^AHB FERNâN».
Je pleurais pour notre enfant, pour son bonheur perdu I Après le désastre de Quiberon, j'appris que tous nos biens étaient confisqués et vendus, que Técusson de tes aïeux avait été brisé à coups de marteau, au manoir de Vaubert. Je restai seule, jeune femme, sans expérience, n'ayant plus que quelques débris de notre opulence passée. C'était un triste spectacle alors, que de voir les grands noms de France réduits à la mendicité chez leurs voisins, souvent inhospitaliers. Les plus forts supportaient gaiement l'infortune, et se faisaient artisans d'un jour.
FERNAND
La pauvreté veut du courage.
MADAME FERNAND
Mais les vieillards et les femmes plus délicates cachaient mal leur misère, et les riches vêtements de Versailles se changeaient bientôt en haillons.
FERNAND
Les haillons de l'honneur!
MADAME FERNAND [SB lève).
Plus tard, je pris un grand parti; tu venais d'atteindre l'âge de raison, et ta fierté comprit la mienne. Mieux valait devenir honnête artisan aussi modeste que son nom, que grand seigneur en détresse ou duc sans duché. Le nom des Vaubert était resté pur, entouré du prestige de leur fortune. Nous n'étions plus assez riches, pour le bien porter, avec dignité pour nous, avec profit pour noire entourage des jours prospères. C'est alors que lu résolus de le cacher, dans l'espoir de le faire revivre plus tard, en lui rendant son premier éclat*
FËRMAtfD.
Depuis, Fernand, mon nom de baptême, est noire seul tilre.
MADAME FERNAND
Et Dieu ra béni, puisqu'il est honoré. Tu as tanttr^ivaillél Privations, veilles, rien ne l'a rebuté.
FERTfAND.
Aux moments difficiles, quand ma main faiblissait, la tienne n*élait-elie pas loule prête à la relever?
MADAME PERNAND.
Aussi, j'eus peine à me séparer de toi, à notre retour en France; mais l'économie nous en faisait un devoir, et je me réfugiai dans un coin reculé de la Bretagne, pendant que tes travaux te retenaient à Paris.
FERNAND
Aujourd'hui, tout va pour le mieux. Mon aisance est plus large, et désormais, nous vivrons ensemble comme par le passé. La gloire me sourit : encore un peu de patience, nous aurons le droit de reprendre notre rang, et j'espère que tu redeviendras châtelaine. (Il se lève).
MADAME FERNAND
Et toi, tu seras le premier sculpteur.
FERNANû (joyeutc).
Sans compter Michel-Ange.
MADAME FERNAND [apvès avoiv hésité). En le comptant.
FBAMAND.
Pour le coup, il te faudrait une baguette de fée. A propos^ as-tu reçu mon dernier envoi ?
MADAME FERNAND
Celui qui contenait l'esquisse de ta statue?
FERNAND
Oui, cellequi aétécourounée ce matin. [Il pr end T album sv/r le guéridon). Tiefis, regarde, je l'ai reproduite sur mou album. Qu'en dis-tu?
MADAME FERNAND [apvès avoiv regardé).
Ceslbeau : le sujet est heureux; Judith, prête à tirer le glaive pour tuer Holopherne. . . Tu as bien fait de choisir le moment qui précède l'exécution : car on ne peut supporter la vue d'une femme tenant une tête sanglante à la main. Elle ne serait que cruelle.
FERNAND
Et je la voulais inspirée.
MADAME FERNAND
Je te ferai peut-être un reproche.
Lequel ?
MADAME FERNAND
Cette draperie relevée sur l'épaule droite, pour ne pas la tacher de sang, est élégante, mais un peu recherchée. En pareil moment, la femme n'est pas coquette. Vois Jeanne d'Arc, endossant la cotte de maille i
FERNAND
Une preuve de plus que j'ai besoin de tes conseils; nous ne nous quitterons plus.
MADAME FERNAND. [En remettant l'album sur la table, elle aperçoit la croix).
Quelle est celte croix?
FERNAND
Elle est à moi.
MADAME FERNAND
Comment, tu es décoré?
FERKAIND.
Oui, depuis ce matin, fait chevalier de la légion d'honneur par le ministre lui-même qui présidait la cérémonie. J'ai été le seul sculpteur heureux.
MADAME FERNAND
Et tu ne m*en disais rien?
FERNAND
La joie de le revoir, de jaser, les vieux souvenirs, les espérances m'avaient fait oublier I
MADAME FERNAND (coupatit uu bout de vuban et V attachant à la boutonnière).
Est-ce que d'autres mains que les miennes pouvaient l'attacher ce ruban à la boutonnière? {Elle s'éloigne]. Allons 1 regarde-moi I [Elle V embrasse, en lui passant les deux mains derrière le cou). Comme cela te va bieni
FERNAND
Voilà deux bras qui valent bien un grand cordon I
MADAME FERNAND
Je crois voir ton pauvre père avec sa croix de Saint-Louis. [Elle indique la croix attachée près de la cheminée). Quel dommage I Personne que moi à te regarder I
FERNAND
Console-toi ; nous irons nous promener ensemble.
MADAME FERNAND
Bien vrai? (Lui prenant les deux mains).
PffnNAND.
Tant que tu voudras.
MADAME FERNAND
FeroanJ, rendons tous deux hommage à la mémoire du Marquis de Vaubert. Je suis sûre que, de là haut, la vue de soD fils et de sa veuve, lui payant un tribut de gloire, adoucira nojre séparation. {Elle attache les deux croix ememble).
FERNAND
Vois donc ! Elles n'en brillent toutes deux que davantage,
MADAME FERNAND
Allons, mon enfant, toutes ces émotions m'ont un peu fatiguée, et je me retire prendre quelque repos. [Elle se dirige vers la porte du fond),
FERNAND (/a conduit en lui donnant le bras).
Tu trouveras toujours ta chambre aussi parée.
MADAME FERNAND
Pendant que la tienne est aussi nue qu'une tente de soldat,
FERNAND
Mon atelier me. dédommage' C'est mon salon de réception, et tout à rheure encore, j'y attends quelques amis. Même le Duc deQuélus, qui tout cet hiver s'est intéressé à mes travaux, m'a promis une visite.
MADAME FERNAND
Tu me parlais souvent de ses réceptions dan« tes lettres. Comment l'as-tu connu?
FERNAND
Je te conterai cela, quand tu seras reposée,
MADAME FI^RNANDt.
Est-il amateur?
FERNAHD.
C'est un vrai Mécène pour les arts.
MADAME FBRNAND.
Je te laisse; à tout à l'heure. Que je t'embrasse encore I
FERNAND (pendant que sa mère F embrasse).
Demain, la porte sera condamnée. [Madame Fernand s'en va. La Comtesse, Karl et Maurice entrent par le fond).
Seène ■■•
FERNAND. LA COMTESSE, LE PRINCE et MAURICE.
LA COMTESSE {donnont le bras à Karl et ayant entendu les derniers mots de Fernand),
Monsieur Fernand ne m'en voudra donc pas, si j'ai pris les devants en me présentant, sans invitation, dans son atelier, en compagnie de mon frère. (Maurice et Karl lui serrent la main).
FERNAND
Loin de vous en vouloir, madame la Comtesse, je suis sensible à rhonneur d'une pareille visite, et Maurice ne devait pas oublier que le Prince elMui sont les seuls à avoir leurs petites entrées. Chez nous, pauvres artistes, l'apparition d'une grande dame est une. . .... bonne fortune.
LA COMTESSE [regardant la porte de gauche).
Indiscrétion, vous alliez dire. Vous me la pardonnerez, en apprenant que je viens ici en ambassadrice,
FERNAND
On ne saurait faire un choix plus heureux pour une mission diplomatique. Mais quel est le souverain qui vous envoie?
MAURICE
C'est une reine.
FERNAND (à pOrt).
Mon espoir se réaliserait-il? [Haut), J'aurais dû le deviner, puisqu'un prince donne le bras à l'ambassadrice. [La Comtesse quitte le bras de Karl. Fernand approche des fauteuils). Hais, laissez-moi vous recevoir avec tout le cérémonial dû à votre rang. Ma cour n'est pas très-brillante, vous voyez.
KARL
C'est de la médisance, mon cher Fernand. Nous sommes dans votre palais, entourés de femmes aussi belles que leur réputation. Vénus de Milo I Vénus de MédicisI (//par<îoi*r^ râtelier). Ne sonl-ce pas là vos premières dames d'honneur? II est vrai qu'elles font bien parler d'elles.
LA COMTESSE [Ils s'asseoieut tous).
Je laisse de côté les félicitations de coutume. Vous devez être blasé aujourd'hui. Je vais droit au but de mon message. A la sortie du Louvre, où le Duc s'était rendu avec mademoiselle Valentine (vos plus zélés admirateurs s'y étaient donné rendez-vous), monsieur Karl et Maurice nous dirent adieu, pour vous chercher dans le salon. A ce moment, le Duc m'arrêta, me dit qu'il vous avait promis hier de venir, après la cérémonie, vous complimenter à votre atelier.
FERNAND [ifiquiet).
Et il s'excuse de ne pouvoir venir?
LA COMTESSE
Au contraire, mais il ne viendra pas seul. « Ma fille, ajoutal-il, désire m'aocompagner. Je m'associe complètement à son vœu; car cette démarche spontanée, avec le caractère élevé que nous connaissons à monsieur Fernand, est le seul moyen de nous acquitter d'une dette de reconnaissance, contractée à son égard le jour du cruel accident de Fontainebleau. Nous ne saurions choisir un meilleur moment. Je vous prie donc, ma chère Comtesse, de vous réunir à ces Messieurs qui vont à fia recherche, et de lui faire part de nos intentions. . . »
FEBNAND.
Auxquelles j'attache le même prix que les personnes qui vous envoient, madame la Comtesse.
LA COMTESSE
J'ai couru après mon frère, j'ai pris le bras du Prince : nous ne vous avons pas trouvé, ei me voici dans votre atelier , où j'attendrai mademoiselle Yalentine, si vous permettez.
FERNAND
Le Duc a bien fait les choses, selon son habitude, puisque son message, en passant par votre bouche, a doublé de prix.
MAURICE {se lève, et regarde les objets d'art).
Fernand, par oii diable vous éliez-vous donc échappé du Musée? Vous avez donc toujours peur des ovations? C'est une maladie, cal
LA COMTESSE [se lôvatit , avec Karl et Fernand).
Allons, l'audience est terminée, et laissons là l'étiquette. En m'occupant des autres, j'ai acquis le droit de visite pour mon compte; et, puisque demain la porte sera condamnée [elle regarde encore la porte à gauche), je vais me dépêcher de regarder tous vos petits meubles. (Elle regarde
ralbum). C'est gentil, ça.
Vous êtes curieuse, Madame?
LA COMTESSE
Moi I je suis femme, jusqu'à la pointe des pieds. (Elle montre le bout de son pied),
KARL {à part).
Il y paraît. (Haut). Un vrai pied de Cendrillon I
LA COMTESSE [regardant Fernand).
Voilà un bout de ruban qui proinel bien des conquêtes! (Indiquant son ruban de boutonnière).
FERNAND
Vous ririez de moi, si je vous croyais.
LA COMTESSE
Pourquoi donc? Croyez-en mon expérience. Moi, voyez, ^*est ce qui m'adécidée à épouser monsieur le Comte de Bersac.
MAURICE
C'est un fait. 'Les femmes se laissent prendre aux rubans, comme les alouettes au miroir. C'est une affaire de couleurs. {// regarde toujours les objets d'art).
Tu es insupportable : tu ne crois à rien I
MAURICE
Si, je crois aux couleurs.
KARL
Ta sœur a bien raison. Sur quelle herbe as-tu marché, donc? Depuis ce matin, lu as un épigramme sur les lèvres, en homme riche à millions, aussi poli, mais aussi sec que le métal dont tes caisses sont pleines I A la fin, je me révolte contre ton scepticisme, d'autant plus ridicule, que tu as trop d'esprit pour croire un seul mot de ces balireroes.
MAURICE
Tout beau, mon cher Karl 1 (Revenant sur le devant de la ^cène). Je suis très-sérieux, et ton indignation chevaleresque est en retard de quelques siècles. Je ne dis pas de mal delà /5roix de mon pays, pour trois raisons. La première, c'est qu'en France, la moitié de ceux qui l'ont sur la poitrine l'a gagnée deux fois. Cela compense pour l'autre moitié. La
seconde, c'est que Fernaod la porte aussi noblement qu'il Ta méritée; et la dernière, c*est que ne l'ayant ni reçue ni méritée, je pourrais être suspect dans ma critique. Mais les croix étrangères! Parlons-en 1 Ce sont les cartes de visite des ministres, comme l'aquarelle que vous envoie un peintre, au premier de l'an. Véritables hochets constitutionnels, qu'on distribue* aux enfants terribles de Topposition, qui ont mal aux dents! Cela les empêche de crier. Aujourd'hui une couronne decomle ou de baron s'achète à huis-clos : ce n'est qu'une question de
portefeuille plein de primes et d'actions en hausse! ˀ
chacun se demande, en voyant passer un marquis de fraîche date, s'il estgentilhomnie? La fantaisie vous prend-elle d'avoir une brochette de rechange pour chaque bal de la semaine, présentez-vous dans ces chancelleries de contrebande, presque accréditées auprès de l'aristocratie, passez à la caisse et vous
aurez la signature d'un roi pour celle d'un régent de la?
banque de France. — C'est là du libre-échange, ou je ne m'y connais pas 1
KABL.
Voilà qui est parler d'or.
LA COMTESSE
En vrai banquier.
MAURICE
Et le banquier, ne vous en déplaise, résonne (// frappe sur ses goussets). . . aussi juste que ses pièces de cent sous.
PERNANn.
Vous allez trop loin, Maurice. Je n-e suis pas de ceux qui croient que des diamants ou des dentelles se promenant dan» les salons d'un ministère, pendah-t dix minutes de ssourires^ adroitement semés, sufiBsent pour faire décorer le frère ou \e mari.. . de ces dentelles. Quant à ces marchés scandaleux^ aussi honteux pour les acheteurs que pour les vendeurs, lôC ou tard )es lois et l'opinion publique en font justice sévère^ Vous parliez de hochets, tout à Theure. Pourquoi les briser^ s'ils font du bien? S'ils anoblissent les uns, les autres les ano^
blisseDt. Hais ce ruban, qui excitail si bien voire verve, avezvous vu le simple soldat traverser la mitraille, pour aller le chercher au-delà des lignes ennemies? Il a sauvé Thonneur du pays, pourtantl Avez-vous vu le simple ouvrier, fatigué par le travail du jour, pâlir la nuit sur des livres I Ils sont trop pauvres pour faire fortune, et ce bout de ruban sait dorer leur misère ! Que les Crésus lèguent leurs coffres-forts à leurs enfants; mais, croyez-moi, respectez la plus belle part de rhérilage des générations futures. Cette sainte /elique du sang et du travail leur comptera pour quartiers de noblesse.
LA COMTESSE [Le Duc paraît avec Valentine),
Voici le Duc.
KARL [appuyant la main sur le bras de Maurice),
Maurice, regarde au cou du Duc, et lu changeras d'avis.