Scène III
Lbs mêmes, MAURICE.
MAURICE [répétant), Qu*uD prétendant? Et moi donc, je ne compte pas?
KARL ET FERNANB (sC VetOUmant) ,
Maurice I
MAURICE
Mon cher Karl, avec toi, les absents ont tort. Fernand, ne vous semble-t-il pas que, sans fatuité, je peux me mettre sur les rangs, comme Karl I (il Karl). Tu ne crois donc pas aux rivalités?
FERNAND
Je suis certain que le Prince y croit, maintenant.
KARL
Aussi, le triomphe sera double.
MAURICE
Oui, pour le plus heureux.
FERNAND
Prenez garde, mon cher Maurice, ne vous bercez pas d'illusions. On affirme que M. le Duc, malgré son libéralisme, veut un blason pour Mademoiselle de Quélus.
MAURICE
Eh bien ?
FERNAND
Ne seriez-vous pas presque hors de concours?
MAURICE
Pourquoi cela? Est-ce qu'il n'y a qu'une seule noblesse? |(ous sommes plus civilisés. L'aristocratie de naissance est un beau préjugé que je respecte fort.
KÂUL,
Ce préjugé, comme tu l'appelles, a enfanté de grandes choses.
MAURICE
Mais il me semble que la fortune ne le cède en rien à la naissance. Un père vous lègue des aïeux , un autre des millions. Chacun hérite à sa façon ; moi, je préfère la mienne. D'ailleurs, est-il de par le monde une généalogie qui remonte plus loin que la nôtre? Notre généalogie date de la première pièce d'argent. De nos jours, Messieurs, la finance est ut\ sceptre puissant, devant qui tout le monde s'incline.
KARl..
Et qui change souvent de propriétaire.
MAURICE
A qui la faute? Autrefois, la noblesse Tavait dans les mains : soit inhabileté, soit insouciance, elle Ta laissé tomber. La bourgeoisie l'a ramassée et nous a fait nobles, sans votre bon plaisir. Ah! vous nous trouvez peut-être envahisseurs, et le bri>it de nos caisses vous empêche de dormir. A qui la faute encore? Pourquoi avez-vous quitté la place? Nous l'avons prise. Voyez: si parfois un transfuge intelligent nous arrive de vos rangs, vous le montrez au doigt : il a dérogé!
FERNAND
Ne déroge pas qui veut I
MAURICE
Il est intelligent, je le répète, parce qu'il a compris que, fjfî nos jours, le soleil luit pour toqt le monde. Autrefois, vos
pères menaient la oharrue, sans rougir, et vous avez plus de fierté qu'eux. Vos rnains sont trop délicates pour manier les pièces de cent sous. Pendant ce temps-là, les châteaux de vos aïeux tombent en ruines I Heureux encore et moins fiers alors, si un marchand vaniteux consent à vous donner sa fille et sa dot en échange de votre titre I Vous appelez cela fumer vos terres. {Germain entre par le fond).
GERMAIN
Madame la Comtesse de Bersac fait prier H. Maurice de passer dans son appartement.
MAURICE
Justement, je cherchais ma sœur; j'y vais, [Germain sort,) Messieurs, à tout à Theure.
Maurice, j'ai à vous parler.
MAURICE
Tout à vous. (// prend le bras de Fernand et ils sortent).
Seène IV.