INTRODUCTION. XXVII
Molière, Racine, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot, et dès-lors la France est à la tête de l'humanité. Qu'on n'aille pas croire que les batailles livrées par Richelieu et Louis XIV aient donné à la France le gouvernement de l'Europe; cela fût-il, Louis XIV lui-môme ne serait que l'envoyé de Corneille. Les grands rois sont les aînés des grands poètes et des grands philosophes. Frédéric-le -Grand, ce bâtard de Molière et de Voltaire, savait très-bien ce qu'il disait, en s'écriant : « Si j'étais roi de France, il ne se tirerait pas en Europe un coup de canon sans mon consentement. »
A son tour, l'Allemagne, cette sœur jumelle de la France, qui, depuis la guerre des paysans et dé trente ans avait oublié de penser et d'écrire, ressuscite, et pendant que la France révolutionnaire met ses principes en action , la Germanie produit des Lessing , des Kant, des Schiller, des Goethe , des Jean-Paul et toute la lignée moderne. Dès ce moment, l'Allemagne gagne le pas sur la France, qui sous l'Empereur, avait oublié et ses principes et ses grands hommes*
Ce pauvre Empereur avec sa grande politique antiidéologue 1 11 ne savait môme pas , le grand homme ,
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qu'un peuple sans principe philosophique ne saurait vivre un jour , pas plus qu'un homme sans àme et sans poésie , fût-il un géant de la force de Goliath. Il ne savait pas, qu'un seul grand penseur , qu'un seul grand poète fait plus de conquêtes , et de plus durables , que toutes les armées du globe réunies. Que nous est-il resté des exploits d'Alexandre ? — Aristote. Ne voyez-vous pas Rome la puissante , la guerroyante , la victorieuse , la maîtresse du monde courber la tête devant un juif nazaréen ! Napoléon était un fait, ce n'était pas un principe (1).
Ne croyez jamais à la liberté , au progrès d'un peuple qui n'a pas produit , qui ne produit pas toujours des penseurs et des poètes. L'Espagne moderne a beau faire quarante révolutions , ce sont autant de coups de tonnerre secs, sans éclair ni pluie, ne soulevant enfin que de la poussière. Si la Pologne s'est laissé partager , c'est qu'elle n'avait pas de racines nationales. Elle n'avait pas de littérature.
(1) La guerre n'est sacrée que dans le cas de légitime défense ou dans le but de conquérir les droits imprescriptibles de la liberté humaine. Cependant comme il n'y a point de mal absolu , les grandes guerres de conquêtes ont servi aux peuples à se faire mieux connaître, à se haïr un peu moins, et à perdre beaucoup de préjugés.