INTRODUCTION
Bon nombre d'antichrétiens se targuent des rassemblements des paysans pour blasphémer contre l'Évangile, en disant : Voilà les fruits de la nouvelle doctrine évangélique : se soulever , s'ameuter , se cabrer contre l'autorité; anéantir toute obéissance , toute loi; réfor-
mer, exterminer, voire assassiner les représentants de Tordre et des lois. Les articles suivants seront notre réponse à ces impies calomniateurs antichrétiens. Et d'abord l'Évangile n'est pas la cause de ces révoltes. La Parole du Christ déborde de promesses d'amour , d'union et de paix pour tous ceux qui croient en lui. Or, le but des paysans étant de se conformer strictement à l'Évangile, ils ne tendent qu'à l'accomplissement de cette ère de paix, de douceur et de grâce universelles. Ce n'est pas l'Évangile qui est cause de notre désobéissance, mais bien les antichrétiens, qui , soufflés par le diable, sont sourds à la Parole de Dieu. Les paysans ne demandent pas mieux que d'obéir à la loi sainte et sacrée. Or, c'est le jugement de Dieu. Qui est-ce qui osera intervenir dans sa justice? (Isaïe, 40.) Qui est assez fort pour désobéir à sa majesté ? (Epistolae, Rom. 8.) N'a-t-il pas exaucé les cris des enfants d'Israël en les sauvant des mains des Pharaons ? Il exaucera aussi les vœux des paysans, les fidèles enfants du Christ
Lecteur chrétien, lis les articles suivants avec attention , tu jugeras ensuite !
En premier lieu, nous demandons pour chaque commune le droit de choisir un curé selon sa volonté (Thimothée, 13), et de pouvoir le déposer si sa conduite n'est pas évangélique. Le curé élu doit nous prêcher
l'Évangile dans toute sa pureté, dans toute sa limpidité, sans aucune addition humaine (Apôtres, 14), car, seule, la révélation de la foi pure nous rendra dignes de la grâce de Dieu et des hommes, nos frères, faits à son image. Sans la grâce de Dieu, nous ne sommes qu'un morceau de chair et de sang qui n'est bon à rien (5. Moïse, 10) — (Saint Jean, 6). Ce n'est que par la foi véridique, dégagée de tout alliage impur, que nous pénétrerons jusqu'à Dieu, afin de nous incarner en lui par sa grâce divine. C'est pourquoi un curé évangélique nous est de première nécessité.
En second lieu f nous ne demandons pas mieux que . de payer la dîme (du blé) selon les commandements de l'Ancien et du Nouveau-Testament, c'est-à-dire de la donner à Dieu. Si donc nous avons un curé qui nous explique clairement la Parole de Dieu , nous consentons à faire prélever la dîme par les préposés de nos communes, afin de subvenir à tous les besoins du pasteur élu par nous. S'il en reste au-delà de ces besoins, elle doit échoir aux pauvres du village, selon la rétribution de nos préposés. Si après il en reste encore, la commune la conservera pour un temps de besoin, de disette ou de guerre contre l'étranger, afin d'épargner aux pauvres des impôts vexatoires pour ces temps de peine.
Dans le cas où une commune , par besoin momentané, aurait vendu sa dîme, l'acheteur honnête , après l'exhibition de ses actes d'achat, n'y doit rien perdre, et nous tâcherons de nous arranger avec lui à l'amiable , selon la justice et la loi chrétiennes ; mais celui qui ne peut pas fournir ces preuves ou qui , soit en sa personne t soit en celle de ses ancêtres , s'est violemment ou subrepticement approprié ce droit, sera par nous débouté de sa demande, car nous ne lui devons rien, la dîme n'étant autorisée par la Sainte-Écriture que pour l'entretien des pauvres et des curés. Quant à la petite dîme (celle du bétail), qu'elle soit demandée par les seigneurs laïques ou ecclésiastiques, nous ne la donnerons plus. Dieu a créé les bêtes pour la liberté de l'homme (1, Moïse). Cette dîme a été inventée par les hommes; elle est donc injuste et inique , et nous la refusons pour toujours!
Pour le troisième, il a été d'usage jusqu'à présent de nous regarder comme des serfs. Honte et pitié ! Car le Christ nous a tous rédîmés et rachetés par son sang précieux , le pâtre aussi bien que le seigneur. Nul n'est excepté ! Nous sommes libres , selon la parole de la Sainte-Écriture, soyons donc libres!.,. Non pas que nous entendions, par ce mot de liberté, ne plus reconnaître aucune autorité. A Dieu ne plaise ! Car ce n'est pas là
ce que Dieu nous ordonne. « Vous vivrez selon la loi et non dans la volonté de la licence charnelle (5. Moïse, 6), Saint Mathieu» U). Vous aimerez Dieu, notre Seigneur ; vous l'aimerez dans votre prochain, vos frères, et vous leur ferez ce que vous désirez qu'on vous fasse, selon la parole de Dieu dans l'Eucharistie (saint Luc, 4-6) — (saint Mathieu, 5) — (saint Jean, 13). Nous obéirons religieusement à ces commandements, et ces commandements ne nous enseignent nulle part de désobéir à l'autorité. Nous devons nous humilier non-seulement devant l'autorité, mais devant tout un chacun (Epistolœ, Rom. , 13). Nous obéirons donc aux préposés élus par nous, selon les lois de Dieu, sous tous les rapports politiques et religieux. Nous ne doutons pas non plus qu'en bons chrétiens vous nous affranchirez de toute servitude, à moins de nous prouver par l'Évangile que nous sommes nés serfs et que vous êtes nés maîtres.
article 4.
Jusqu'à présent, il a été défendu au paysan de prendre bête au buisson, poisson dans l'eau, oiseau dans l'air ; ce qui nous paraît injuste, égoïste, contraire à la confraternité des hommes et à la parole de Dieu. Dans certaines localités , on conserve le gibier à nos dépens et à nos dommages , et Ton nous force à voir de sangfroid ces bêtes déraisonnables manger et ravager ce que Dieu a bien voulu nous donner en échange de nos tra-
vaux et de nos sueurs ; c'est là le comble de la folie et de la tyrannie humaine ; car, lorsque Dieu créa l'homme, il lui a donné pouvoir sur toutes les bêtes, sur l'oiseau dans l'air aussi bien que sur le poisson dans la mer (1. Moïse)--(Apôtres, 19, 1)— (Timothée, 4). Les fruits aussi sont l'apanage de l'homme , et tout pauvre doit avoir le droit de cueillette pour satisfaire sa faim. Si donc quelqu'un possède un étang qu'il a légalement acheté, loin de nous d'employer la force pour lui ôter son bien et lui ravir sa propriété. Il faudrait, pour l'amour fraternel, avoir des égards chrétiens et s'arranger avec lui de gré à gré , pour que cela rentre à la commune ; mais s'il ne peut prouver qu'il l'a acheté, soit en personne, soit par un de ses ancêtres, la commune a le droit de s'en emparer pour le bien de tous.
article 5.
Pour le cinquième, voici nos griefs, par rapport aux bois et aux forêts: Nos seigneurs se sont presque tous approprié nos bois de leur propre chef. Le pauvre qui a besoin de bois est forcé de le payer le double de sa valeur. Nous sommes donc d'avis que toutes les forêts de nos seigneurs cléricaux et séculiers qui n'ont pas été régulièrement acquises et payées, doivent rentrer dans le domaine de la commune. Chaque membre de la commune doit être libre d'y prendre le bois nécessaire au chauffage et à la construction d'une maison, mais au vu
et au su des préposés, qui prendront des mesures pour empêcher le déboisement et l'extirpation des forêts. Si le bois a été acheté, on doit le racheter à l'amiable. Si celui qui se l'est approprié, même par violence, l'a vendu à un acheteur honnête , on s'arrangera également avec ce dernier, selon les circonstances, d'après les comman* déments de la Sainte-Écriture et de l'amour fraternel.
Nous avons, pour le sixième, à nous plaindre de l'aggravation des servitudes qu'on nous impose arbitrairement. On devrait avoir plus d'humanité, et ne pas nous accabler de ces servitudes onéreuses et honteuses.
article 7.
Nous ne voulons plus nous laisser vexer par les travaux que nos seigneurs nous imposent. Quand nous prenons à bail des terres, nous voulons en être maîtres, selon les conventions stipulées. Toutefois , si le seigneur a besoin de nos bras, le paysan doit travailler pour lui de préférence et lui être fidèle en tout, mais pour un salaire convenable et en des saisons où le pauvre paysan peut disposer de son temps et de son bras , sans préjudice pour lui-même et sa pauvre famille.
Il y a beaucoup de terres amodiées , tellement gre-
vées de taxes et d'impôts , que le paysan travaille littéralement en esclave pour son seigneur. Nous demandons qu'on établisse un tribunal d'arbitres honnêtes pour estimer ces terres selon leur valeur et leurs revenus, afin que le paysan ne travaille plus pour rien, • car chaque ouvrier est digne d'un salaire. » (Saint Mathieu, 10.)
article 9.
Pour le neuvième, nous avons à nous plaindre de la grande partialité des Juges et des tribunaux et de l'écorchement par les avocats. Nous désirons être jugés par nos pairs, avec une sévère impartialité.
article 10.
Nos griefs, pour le dixième , portent sur les terres et prairies que quelques seigneurs se sont appropriées injustement, et qui doivent redevenir la propriété de la commune, à moins de preuves d'une vente en ordre.
article 11.
Nous désirons que l'usage appelé le cas de décès (contribution payée au seigneur et à l'église par les héritiers du défunt), soit complètement aboli. Nous ne souffrirons plus qu'on dépouille des veuves et des orphelins, et qu'au
mépris de Dieu et de ses lois, on les spolie selon les us et coutumes des seigneurs. Personne ne doit plus rien payer pour le cas de décès, ni beaucoup ni peu.