‹ La guerre des paysans [microforme]Chapitre 17 sur 22 · EE · texte numérisé non relu

EE

Les rues de la ville de Diest,

rité, étaient Mornes et désertes, venait troubler Par sa présence faisait ressembler la fneregg tombeau, Comme si On sit voul ténèbres impénétrab!es, On avait

8 lumiè.

res sur le marché et dans les rues,

e funèbre silence, ce ça

Ime mystérieux, e ante solitude,

durèrent sans ê es chapell

Par douze fs l’heure s

nuit.

La scène changea

tintements plainti

soudain Comme si le eût réveillé dun sommeil de mort une tières. Un grand nombre de

fermèrent avec précaution, En mê

de tous côtés de noires formes hu furtif et sans Tompre le silence, se maisons, Comme si elles voulaient OU commettre un crime,

On n’eût Pu, dans l'obscurité complè reconnaître quels étaient ces hommes avec un profond mystère, dans les ru furtive étincelle ou un cliquetis de fer étaient armés.

Le nombre de ces promeneurs plus en Plus; bientôt des troupes entières descendirent des remparts vers la partie i ville ; certai. 11€8 rues semblaient ‘Us se faisaient et leurs pas et de leurs a

maines, qui,

es, si parfois une n’eût révélé qu’ils

ce et dans les Tues voisines se troumilliers d’hommes, les

uns disposés en

ette effraytre troublés jusqu’à ce que les horloges des églises et d es annonçassent olennelle de mi.

son des cloches Population enportes s’ouvrirent et se reme temps apparurent d’un pas glissaient le long des Surprendre une proie

te qui régnait, qui se Jressaient,

ra g, les autres groupés au hasard, d’autres en-ore cherchant dans les ténèbres des amis ou des compagnons.

Plus près du mur qui ceint le Béguinage se trouvaient une quantité de civières d’où s’échappaient fréquemment des plaintes douloureuses, mais contenues; c’étaient des blessés entourés d’amis qui s’efforçaient de le: consoler et leur assuraient à voix basse qu’ils ne les abandonneraient pas.

Auprès des blessés se trouvaient aussi quelques femmes et quelques jeunes filles.

Une foule aussi considérable ne pouvait cependant se tenir assez silencieuse pour qu’on n’entendît pas un certain murmure semblable au bruit lointain d’une eau courante; mais ce murmure était si faible et si insaisissable, qu’il se confondait avec le vent de la nuit et se perdait inaperçu avec lui.

Au pied du rempart il y avait plus de mouvement, et parfois il s’y élevait des bruits plus accusés, On semblait occupé à y construire une machine de guerre, car on y apportait de lourdes pièces de bois.

Les principaux chefs des patriotes se tenaient auprès des travailleurs. Le général de Roumiroir, malgré sa douloureuse olessure, les encourageait par sa présence : à côté de lui, et même mettant la main à l’oeuvre, se trouvait Bru:.o, le vaillant capitaine de la compagnie de Waldeghem.

De temps en temps quelques officiers d'état-major venaïent informer le général de l’état des choses dans les rues voisines et autour du Béguinage. Enfin, on lui an- DONÇa ;u’il y avait lieu de croire que tout le monde était présent.

Le général :un signe, Les travailleurs chargèrent les pièces de bois sur leurs épaules, et montèrent lentement et avec précaution sur le rempart.

Bruno s’éloigna à la hâte de cet endroit et dirigea ses Pas vers le Béguinage. Il alla droit à un angle obscur

du mur d'enceinte, saisit quel d’une vix étouffée :

—Ma mère, Geney Æ8 deux femmes Jui obé Personnes encore les suivire tout en Marchant :

iève, venez, tout est prêt.

irent en silence; deux autres nt. Bruno se retourna, et dit

rassemble, € ta prudence,

‘On sort est entre les mains de D

> ne Vous inquiétez Pas de moi, , demanda le domestique, qu’a-t-on décidé ?

Jites-le-nous, afin que nous sachions quel danger nous IVORs à éviter.

+ En ce moment, ils arrivaient auprès du rempart de la ville,

Déjà ceux qui restaient de la compagnie de Waldeghem étaient disposés en rang: plus loiu, du côté du Béguinage, et même plus avant dans la ville, les autres Compagnies s'étaient massées en une épaisse colonne. Quelques détachements qui avaient méconnu les ordres du général ou peut-être poussés par l’inquiétude, se pressaient de chaque côté du rempart intérieur pour ga- &ner la têté de l’armée et Passer avec les premiers sur le pont.

Jusque-là, néanmoins, tout s’était passé avec un ordre

parfait et dans un profond silence.

Le général fit un signe à la compagnie de Waldeghem : celle-ci marcha en avant et monta sur le rempart.

Toute l’armée s’ébranla lentement; mais les compagnies qui se trouvaient près des fortifications avaient tant de hâte de sortir de la ville qu’elles gravirent le

rempart à cine ou six endroits différents, et vinrent sc presser en foule contre le pont.

Soit que le projet de fuite des paysans eût été trahi, soit que les sentinelles françaises, postées sur les hauteurs qui font face à la porte d’Hérenthals, eussent entendu le bruit que le désordre des arrivants causait aux abords du pont, — en ce moment éclata un violent coup de canon dont le retentissement, semblable au tonnerre, s’étendit ir ville et la campagne, comme un sinistre appel.

Ce terrible signal frappa les patriotes d’une indicible

terreur; les détachements qui se trouvaient à l'arrière poussèrent les premiers vers le rempart avec une irrésistible force: tous, même les plus intrépides, durent céder à cette pression.

Il s’éleva alors un épouvarntable bri de détresse, une affreuse clameur qui frappa d’effroi tous les coeurs. Bientôt tout le monde perdit le sentiment de la consor-

ei

acn se précipita en av:

anon et

fusillade : Je Pont céda sous Je poids

es fugitifs et immédiatement s'ebîma dans l’eau avec sa charge...

Ir hors de la ville, Ce si affreuse mêlé Impossible d’en entrefaites

, les détachements français qui Pés le plus proche I

et s'étaient Tangés en bataille non Join de Ja grande écluse, De là ils tiraient Sans relâche y

S’élevaient les cri

u d'eux Comme une grê frappant les victi Ï

Vivantes du fossé.

La nuit est encore obscure. Dans deux heures seule-

ment les premiers rayons du soleil éclaireront la scène d’une affreuse catastrophe, et feront frémir les Français à la vue de cinq cents cadavres entassés jusqu’au-dessus des bords du fossé, étouffés dans le marais, foulés aux pieds et écrasés dans la vase, ou, — frappés, par une balle, étendus dans leur sang et disséminés dans les prairies le long du Démer...

Les patriotes qui avaient réussi à gagner la cam}pa- 8ne, en passant sur le corps de leurs frères morts, s’étaient jetés à travers l’obscurité dans toutes les directions pour échapper au danger de mort qui les menaçait.

Cependant, quoi que ce qui restait de l’armée des paysans se fût dispersé, une notable partie de cette armée s’était enfuie par un grand chemin de terre qui menait dans la Campine limbourgeoise.

À la tête de ces fugitifs se trouvait la compagnie de Waldeghem, qui avait peu souffert parce qu’elle avait passé le pont avant que sa chute fût le signa} du plus terrible désastre.

Poussés par l’anxiété et la terreur, les paysans accélérèrent tellement leur marche que les plus affaiblis durent renoncer à les suivre, et se laissèrent tomber en foule sur le bord du chemin en poussant de tristes lamentations. Comme si ces malheureux eussent eu Ja conviction que cet abandon les livrait aux mains de leurs cruels ennemis, ils envoyaient encore de loin à

— 291 —° leurs amis un Suprême et déchirant adieu du fond des ténèbres,

Enfin, après trois heure Waldegh

Par la fatigue que Bruno

s de Marche, les

des rares Maisons, et

&Tanges furent remplies d’home mes entassés, les autres se Couchèrent sur le sol humide Lis contre les murs et les haies, ne l'arrivait sans cesse du côté de Ja ville de Diest de . nombreux fugitifs qui n'avaient pu Suivre Jes autres ans leur marche Tapide, On leur dit au hameau qu’on E €rait halte Jà jusqu’au matin.

eu à peu une foule Considérable s’amassa au milieu = des Maisons É 1

utres à la Première place 6 qu’ils avaient rencontrée, > Un morne silence

UX qui res- ‘un oeil ha.

et immobiles Comme des ç avres couchés dans un immense tombeau . =

S'ils eussent Su quel danger Jes ReraçÇait, ils n’eussent pas donné ce Court repos à leurs Corps abattus! Leurs implacables ennemis veillent animés par J’

de la destruction et du meurtre; ils se glissent en troupes nombreuses, à travers les ténèbres de la nuit, et re-

“cherchent avec une sanguinaire ardeur la proie qui leur a échappé... |

À peine la catastrophe qui avait frappé les patriotes devant Diest était-elle connue avec quelque détail des généraux français, qu’ils avaient pris immédiatement des mesures pour en tirer tout l’avantage possible, Tandis qu’une forte divisior. de l’armée prenait possession de la forteresse, les autres colonnes ainsi que la cavalerie recevaient l’ordre de se répartir sur-le-champ dans tous les chemins qui menaient vers Hasselt, et de marcher en avant jusqu’au matin. De cette façon on pourrait surprendre, dès le point du jour, les paysans “snersés et encore tout étourdis, et anéantir sans peine ce qui avait pu échapper de leur armée, On devait leur donner la chasse comme à des bêtes fauves, et sabrer et tuer sans miséricorde tous ceux qu’on rencontrerait. :

Conformément aux ordres reçus, les colonnes mobiles s'étaient mises en marche dans différentes directions ; cependant, comme elles étaient parties plus d’une heure après la fuite des patriotes, elles n’en rencontrèrent aucun, sauf çà et là un blessé qui n’avait pu-aller plus loin et était, tombé émissant au bord du chemin. Maïs ces malheureux ne pouvaient arrêter les soldats français, qui poursuivirent leur route sans obstacle.

Deux heures se sont écoulées, Les premières lueurs du matin commencent à empourprer lorient; le jour va paraître.

Bien que tout soit encore enseveli dans une brume grisâtre et que l’oeil ne découvre que des formes douteuses, les patriotes ont déjà quitté leurs couches humides... =

Dans le chemin qui traverse le hameau pour s’enfoncer au, loin dans la campagne, des centaines d’hom-

mes sont agenouillés, On dirait qu’un chef les à dis- Posés, car leurs Tangs, réguliers forment une épaisse co- Onne, et tous tournent Jes Jeux vers un même côté du

£nem s'élève et déroule

appuyé sur l’é- -dessus de leurs têtes jour qui se lève,

sont déchirés et te ou le bras enve-

Paule; leg baïonnettes s'élèvent au et scintillent SOUS la lueur

auvres gens! Leurs vêtements

Souiliés de boue ; plusieurs ont la tê

loppés de linges Sanglants, tous sont affreusement meurtris : pâles, les cheveux en désordre, les yeux égarés, tremblants de froid, glacés Par l’humidité de la nuit, et si découragés, Si tristes, qu’on leur physionomie que le

une passive résignation à lhorrible sort qu servé,

Is savent bien qu’il n’y

frapper... Et Peut-être ce de leur entier anéantisse.

ment!

A Pextrémité du chemin nouillés se tr

agenouillés sur la paille dont on a jonché le sol. Deux femmes se trouvent au’ milieu des hommes armés; ce sont la mère de Bruno et Geneviève, Jean le domestique et son maître Bruno sont à côté d’elles.

Au fond de l’étable se trouve un prêtre aux cheveux blancs, dont la vicillesse fait trembler la voix et les mains. Il dit la messe; il offre à Dieu le saint sacrifiæ avant que cette multitude épouvantée quitte son refuge de la nuit. Un jeune conscrit, le fusil sur le

“dos, sert la messe.

La crèche sert d’autel, un gobelet d’étain de calice ; une lanterne est l’humble lampe allumée devant le Seigneur !

Cette solennité est, à la fois, sombre et touchante. Rien ne trouble le morne silence que la murmurante prière du prêtre et la réponse, à peine entendue, de l’acolyte improvisé... Et quand, par intervalles, le bruit aigu de la sonnette retentit soudain dans les ténèbres, tous les coeurs sont saisis d’anxiété et de terreur.

Quand le prêtre se retourne, la rouge lueur de la lan-

terne tomb: sur son pâle visage; ses cheveux blancs

scintillent comme une couronne d'argent; mais sa phy- € sionomie est tellement abattue, ses yeux sont si profondément enfoncés dans l'orbite, les rides de la décré- e - pitude et de la soutirsnce se confondent si lugubrement ti sur son front et sur ses joues, qu’il ressemble à un fan- n tâme sorti de la tombe pour assister à une sombre fête ac des morts. m Depuis quelques instants, le prêtre penche Ja tête au- ra dessus de la crèche; le murmure même de la prière no - a cessé: le silence est plus profond encore, et tous les | coeurs battent dans un religieux recueillement. L’inef- di fable mystère de l’autel va s’accomplir. pré Mais quel affreux tumulte, 6 ciel! vient tout à coup inc

interrompre la sainte cérémonie! Cent coups de fusil = sunissent en une seule détonation et répandent dans le

—Debout,

Martyrs !

Vengez votre Dieu

us se précipitent en désordre hors Bruno court à sa mère, l’embrasse à la hâte, pose aussi

ne-les ! sauve-

jourd’hui enc

Et sans oser encore jeter un r

se traînait à

vite. ..

ore je ve

ève son épée et crie d’une voix puis-

de l’étable,

ma mère, Geneviève... emmè-

les; je prierai pour toi là-h

ITai mon père !

aut! Ah! au-

former en Tangs réguliers.

Bruno faisait

fforts pour empêcher ses hommes de ge Ç P P

lui-même était Stupéfait de leur ardeur de Combattre, et sentait aussi sa Poitrine se gonfler d'espoir et sa bravoure personnelle

TR Pa 1 ; és

se surexciter à la vue de l’héroïque résolution de ses frères.

Les paysans se rapprochaient de plus en plus de Pennemi, lentement, il est vrai, mais sans un moment d’arrêt. .

Il sembla enfin que les Français ne s'étaient pas attendus à une résistance aussi opiniâtre et songeaient À battre en retraite.

Le feu faiblissait,-en effet, de leur côté, et bientôt les patriotes s’aperçurent que l’ennemi s’éloignait de plus en plus du hameau, et même avec une certaine précipitation.

Alors la voix de Bruno devint impuissante à dominer les belliqueuses clymeurs de ses hommes, qui s’écrièrent d’une voix tonnante:

—En avant! en avant! pour Dieu et pour la’ patrie!

Ne soupçonnant pas que la retraite des Français pouvait cacher une ruse de guerre, les paysans marchèrent au pas accéléré sur l'ennemi. Celui-ci ne les attendit Pas, mais gagna avec la même hâte une vaste plaine, avec l'intention apparente d’atteinde le sommet de quelques collines sablonneuses pour s’y défendre: avec F'us d'avantage,

Au pied des hauteurs dont nous venons de parler et au moment où les patriotés, continuant à pousser des cris de triomphe, allaient les attaquer à la baïonnette, les Français firent volte-face et entoyèrent à leurs adversaires une décharge générale.

Beaucoup de paysans tombèrent; les autres, comme stupéfaits de cette perte, s’arrêtèrent et parurent vouloir répondre par des coups de fusil au feu de l'ennemi; maïs la voix de Bruno parvint encore à se faire entendre au milieu du formidable bruit de la bataille:

—À lassaut! Croisez la baïonnette! s’écria l’héroique jeune homme. ,

Et comme si sa parole eût versé un nouveau coura-

+ ge dans le coeur de ses frère s’élancèrent en avant et tor me des lions furieux.

Les combattants étaient environnés de nuages de fumée; le bruit de la Mmousqueterie, les cris plairtifs des blessés, la voix des chefs, les clameurs gucrrières des deux armées, tout cela se confondait en un affreux tumulte, qui s’échappait de cette fumée, au sein de laquelle une horrible mêlée ondoyait sur Ja plainte semée de débris d’armes et rougie par des torrents de sang.

« Tandis que, dans cette première rencontre, les deux troupes ennemies semainent mutuellement dans leurs rangs la destruction et la mort, il se fit derrière les col. lines de sables un mouvement qui devait être on ne peut plus fatal pour les malheureux patriotes.

8 Français avaient attiré à dessein leurs adversai-

Tes en rase campagne, et dans ce but n'avaient mis en évidence qu’une faible partie de leurs forces.

.Tout à coup, des deux côtés des hauteurs, une e-

s et doublé Jeur ardeur, ils nbèrent sur l'ennemi com-

On eût dit les deux bras d’un géant qui s’ouvraient pour saisir leur proie et serefermaient peu à peu pour la broyer dans une formidable étreinte.

Une farouche clameur de joie, un effrayant cri de triomphe retentit derrière ies Paÿsans... et cinq cents balles trouèrent leurs TAN

.—Amis! cria Bruno a

ux siens, nous sommes cernés ! | Voici l’heure de mourir

! Passons à travers l'ennemi !

des rangs ennemis. Soit que le dése tude d’une mort imminente prêtât à ces pauvres gors une énergie Surnaturelle, soit qu’ils eussent compris Je l , qui voulait se frayer une voie à tra-

Spoir ou la certi-

vers l'ennemi pour gagner le hameaë, ils firent des miracles de bravoure et traversèrent en effet l’aile gauche de l’ennemi, en renversgnt tout ce qui voulut leur fermer le passage,

Mais tous n’avaient pas réussi à s'échapper du cercle meurtrier, qui s'était aussitôt refermé. Une centaine d'hommes seulement, Bruno à leur tête, se portèrent rapidement vers le hameau. Le vieux curé, sai- ‘&nant horriblement à la tête, fut soutenu ou plutôt traîné par deux hommes, tandis que beaucoup d’autres Fentouraient avec sollicitude comme pour le protéger contre la grêle d: balles qui fendaient l'air au-dessus de leurs têtes... .

Encore une portée d’arbalète, et la compagnie de Waldeghem atteignait les premières maisons du hameau Pour y reprendre encore le feu et semer la mort dans les rangs ennemis jusqu’à ce que le dernier homme fû4 couché sur la poussière...

Mais dans le hameau même apparaît tout à coup une . nombreuse troupe de cavalerie qui se déploie, à l’instant même, à l’entrée de la plaine,

Un officier, qui se trouve à l’aile droite de la cavalerie française, aperçoit la croix rouge et reconnaît la Compagnie de Waldeghem. Il pique des deux et se précipite au grand galop sur les patriotes. (Ceux-ci dirigent leurs fusils vers lui et menacent de le tuer; mais l'officier saisit son épée par la pointe et en élève la poignée en l'air... Bruno le reconnaît, et s’écrie d’une voix tremblante de fureur et d’indignation :

—0O Simon, Simon Toi à qui j'ai donné la’ vie, toi ici !

‘—Bruno, Bruno, mon «mi, vite! rends-toi prisonnier, répond Simon Brutus; je te sauverai! Je veux te sauver!... Je venais...

Il ne peut achever; la parole meurt sur ses lèvres. Une des balles qui se croisent de toutes parts l’a +

frappé; il jette un cri, tombe en avant, et roule à bas de son cheval...

A cette vue, une furieuse clameur de vengeance 8’élève parmi les cavaliers ; l’ordre terrible: Chor ez! fait lâcher la bride et enfoncer les éperons dans Les flancs des chevaux. °

L’escadron s’élance dans la plaine comme

; la ter-

ie, on entend le choc sinistre des fusils et des épées se mêler

aux hennissements des chevaux et aux gémi des blessés, Le sol est couve bousse les combattants. T à écrasé. anéanti...

La cavalerie pousse plus loin; là on combat en« :

on tire encore; là le cri de &uerre monte encore vers Je

ciel dans la langue de la race condamnée !

Rien ne peut résister à l’élan des Cavaliers ; ils ren-

versent tout sur leur Passage et labourent de leurs longs sabres les déplorables restes de l’armée des patriotes,

ssements t de cadavres, le sang éclatest tué, foulé aux pieds,

+ à la vue de ces nouveaux ennemis, ils sont saisis d’une mortelle épouvante

le cercle de fer qui les entoure

une trouée causée par Parrivée de la cavalerie ; ils jettent leurs fusils et s’enfuient en hurlant dans la campagne...

Mais cavaliers et fantassins s et frappent jusqu’à ce que Jeu de fatigue. Pés un ne doit éch

lée s'éloigne de plus en plu

S,emportée par un formidable élan, et disparaît enfi

n à l’horizon. On n’en-

tend = E qu’un indistinet murmure, un bruit faible et

vague qui flotte dans l'air, et sur la plaine entière il ne

reste plus que des monceaux de cadavres mutilés et de larges flaques de sang...

Simon Brutus, frappé d’une balle dans le ventre, était étendu au milieu d’un mônceau de morts, et la tête appuyée contre le corps d’un cheval sous le poids duquel son bras droit était, pour ainsi dire, écrasé.

Par-dessus le cheval pendant le cadavre d’un vieillard dont les cheveux blancs étaient divisés par une profonde blessure à la tête. Le sang qui coulait de cette affreuse blessure tombait goutte à goutte sur le visage de Simon Brutus.

Bien que le commissaire de l’administration centrale fût mortellement blessé, la vie ne l'avait: pas encore complètement abandonné. La cruelle douleur que le poids du cheval lui fit éprouver au bras 2 fit sortir de son évanouissement,

Il ouvrit lentement Jes yeux, mais il les referma aussitôt, tandis qu’un frisson pareil à celui de la fièvre Parcourait son corps, et qu’il disait d’une voix suffoquée :

—Oh! mon Dieu! quelle expiation! Le curé! son

Sang sur moi!

I] tint ses yeux fermés avec effort ; car il n’osait plus lever le regard sur le pâle visage du prêtre, penché audessus de sa tête comme si l’ange, ministre des vengeances du Seigneur, l'avait placé là pour augmenter l'horreur de la mort de son persécuteur. ;

À deux pas de Simon Brutus gisait Bruno qui avait une jambe brisée: bien que la souffrance‘ lui arrachât à lui-même de douloureuses plaintes, il avait entendu le profond soupir de Simon et reconnu sa voix.

Avec des efforts surhumains, il Tampa sur les mains,

traînant après lui sa jambe broyée, jusque auprès de Simon.

Il se releva sur un genou, pencha la tête au-dessus de son ennemi, essuya doucement le sang de son visage, et dit d’une voix compatissante :

—Nimon, pauvre Simon!

Simon Brutus ouvrit les mais non sans douceur, flott Mura avec une joie visible :

—Bruno, mon ami, je vais mourir.

t'envoie? Ah! pardon, pardon !

{ —Je te pardonne tout, tout! répondit le jeune homme. Ce que tu as fait aujourd’hui m’a dit qu’un frère revenait à moi.. «—Mais, Simon, je vais essayer de dégager ton bras; F- *ôtre.

—Non, non! dit S non Brutus e tile... Une balle à déchiré j'ai la mort en moi... mes membres se glacent.

Le ton mourant de ces paroles émut profondément Bruno; il fondit silencieusement en Je °3, puis, au

bout d’un instant, se coucha de nou : v»r Simon Brutus, et lui dit d’une voix pleine d’u - ddente affection :

JEUX; un sourire -indécis, à sur $0n visage; il mur-

Est-ce Dieu qui

n soupirant, Inumes entrailles. Je le sens,

«+. est-il un crime devant

—Oh! non, non! répondit amour cst un devoir: le Sauveur lui-même la proclamé, |

— Liberté, affranchissement. Murmura Simon Bru tus,—pas de crime. Ah! jai péché, l’orgueil Que

ieu me soit miséricordieux ! Bruno... la mort. ..elle vient... Ecoute. Dans ma poche... un écrit, le prix de tout, le général... cette nuit. + .—Embrasse-moi ,

em

mon frère! Ah! aime mon pauvre père... prie pour moi...—Adieu... adieul!..,

La tête de Bruno s’affaissa sur le corps inanimé de Simon, qu’il arrosa longtemps de ses larmes-

Enfin, soulagé par cet épanchement de pitié, il se souvint des mystérieuses paroles de Simon.

Il pensa que la bourse de cuir suspendue sur la poitrine du cadavre contenait les dernières volontés de son comprtriote, et que celuiti l'avait prié de les. remettre entre les mains de son père.

Dans cette conviction, il déboucla la bourse, et y trouva en effet une feuille depapier ployée.

Mais combien ne fut-il pas étonné, combien ne trembla-t-il pas d’émotioh lorsqu'il déploya lécrit et lut, en balbutiant, les lignes suivantes écrites en français :

REPUBLIQUE FRANÇAISE Liberté! Egalité!

“ En considération des signalés services rendus à la République par le citoyen Bruno Halinx, et, entre autres, de ce qu’il a sauvé d’une mort certaine le citoyen Meulemans, dit Simon Brutus, commissaire de Padministration centrale des Deux-Nèthes, le soussigné, général de brigade commandant Je quatrième corps de l’armée des neuf départements réunis, invite ‘toutes les autorités militaires et civiles de la République à laisser aller et venir librement le prénommé Bruno Halinx avec les siens, et à le protéger, en cas. de besoin, contre toute vexation ou empêchement.

“Donné au quartier général devant Diest, dans la nuit du 6 au ? frimaire an VII de la République française, vue et indivisible.

JORDON.”

Les yeux de Bruno se remplirent de larmes et de-

Mais tout à coup il se releva en enfendant des voix

Pour toute réponse, Bruno montra ‘le papier que Brütus lui avait légué.

porte dans la gTange au bord du grand chemin, et dites

au chirurgien-major qu’il panse sa blessure immédiatement.

Cet ordre généreux fut exécuté à li

instant: quatre soldats français emportèrent Bruno vers le hameau.

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