‹ La guerre des paysans [microforme]Chapitre 16 sur 22 · UD · texte numérisé non relu

UD

otre courageux désir! Je vous conduirai à S Montrerai que la bravoure personnelle

vée. Tandis que, suivi de toutes Jes com-

Pagnies de la Haute Campine vous gravirez le Mont de {ous les saints et attaquerez l’ennemi, les Compagnies du Petit Brabant avec les gens de Lierre et de Malines, oc-

prise. Retournez VETS Vos hommes, Capitaines, élevez

lenr Courage à et amenez tous ché!

la hauteur de cette audacieuse tentative, vos détachements de ce côté-ci du Mar-

Capitaines firent volte-face, et, le sabre levé, re-

Joignirent leurs COMmpagnies sur Je Marché au pas de Course et en poussant des cris de joie. A peine quelques- ‘uns d’entre eux avaient-ils &agné l’endroit où ge trouvaient leurs hommes que des acclamations enthousiastes

ous les détachements et saluèrent triom- Onne nouvelle, Les gens de Waldeghem,

Karel du Lion à leur tête, firent surtout retentir l’air de

Les compagn

LA

Mont de lous Le

Bientôt Je général, accompagné de quelanes officiers déta-major, Parut sur le Marché et alla au galop se pla-

les s’ébranlèrent et vinrent se former en

épaisse colonne, à l'entrée de l arue qui montait vers le s À

8 saints.

cer derrière la compagnie de Waldeghem qui se trouvait à la tête de la colonne. Quelques cavaliers furent envoyés jusqu'aux derniers rangs de l’armée: pour ordonner partout qu’on gardât le plus grand silence Jusqu'au moment où les tambours et les clairons sonneraient la charge.

Quand toutes les rumeurs se furent apaisées et que le général s’aperçut que ses ordres étaient exécutés, il don- Da à Bruno le signal de marcher en avant.

La eroix rouge de Waldeghem se mit en mouvement ; toute la colonne suivit d’un pas mesuré et dans le plus profond silence, la longue rue qui montait vers la porte.

“Au haut du Mont de tous les saints se trouvait une assez grande chapelle, tout auprès de laquelle les Franais avaient établi la redoutable batterie de dix canons de gros calibre. Cet endroit était-extrêmement favorable Pour cela, car les canonniers pouvant toujours s’abriter derrière la chapelle, il était impossible aux assiégés de les atteindre du haut des remparts.

À quelque distance, derrière la che pelle aussi, cinq ou six cents soldats étaient cachés dans na pli du terrain, prêts à protéger au besoin la batterie contre une attaque.

Cependant les Paysans vinrent se masser tout près de

la porte. Mais leur dessein fut éventé par l’ennemi, grâce à cette circonstance que l’absence de maisons permettait à l’oeil de plonger du dehors sur cette partie de la ville, On entendit au. loin sonner l'alarme dans le camp français, et bientôt on put remarquer que l’ennemi concentrait en toute hâte ses troupes pour prêter secours à la batterie menacée.

Sur l’ordre du général les tambours et les Clairons résonnèrent dans la colcnne des patriotes et firent eutendre le signal de l'assaut.

Une tonnante acclamation, un formidable cri de guerre éclata au sein de l’armée patriote; les paysans franchirent la porte et gravirent la colline au pas de charge.

ur et firent pleuvoir une grêle de balles sur les patriotes.

8n0ns de Bruno.

Il se Précipita en avant, et cria d’une voix forte à ses Camarades, —Oh! mes amis, encore un effort ! Suivez-moi ! croi- ! En aVant, en avant Pour, Dieu et Ja

——En avant! en avant ! sécria Karel du Lion en s’élançant avec Bruno vers Je haut de la colline, et en don-

Car le plus Intrépide Courage ne pouvait rien contre un Si grand nombre d’ennemis, mais bientôt Jes autres com- Pagnies des PaÿSans apparurent sur la hauteur, et les

Français se trouvèrent cernés et assaillis de toutes parts.

Bruno et Karel, couverts de sang et de boue, combattaient comme des lions furieux, et poussaient sans cesse leurs hommes à la rencontre de l'ennemi. Celui-ci recula jusqu'aux canons, et fit des efforts inouïs pour protéger la batterie jusqu’à ce que les troupes françaises qui s’avançaient dans toutes les directions, drapeaux déployés, pussent lui prêter aide.

Bruno, remarquant cette intention et entraîné par la chaleur du combat jusqu’à une aveugle témérité, poussa de nouveau son cri de guerre et se précipita à la tête de ses hommes avec un si irrésistible élan sur les Français, que ceux-ci se virent forcés d'abandonner la chapelle, et se replièrent lentement vers ceux qui venaient à leur se- Cours,

Les hommes de Waldeghem poussèrent des cris de triomphe au milieu des pièces abandonnées; l’artillerie ennemie était en leur pouvoir!

Transporté de joie, Karel du Lion s’élança sur un can0n, et agitant son chapeau au bout de son épée, il annOnça par de joyeuses acclamations la victoire rempor-

Mais tout à coup un cri terrible lui échappa. Il porta la main à sa poitrine Pour comprimer la blessure qu’il venait de recevoir; mais le sang jaillit comme un torrent à travers ses doigts. L’infortuné jeune homme s’af-

faissa et tomba sans force et mourant dans les bras de Bruno.

—Mon ami! Karel, mon cher Karel! s’écria Bruno en s’efforçant de déchirer les vêtements de son camarade, ah! ne désespère pas! Je vais étancher ton sang. Où est ta blessure ? où est-elle ?

Et, avec une précipitation fébrile, il mit en lambeaux Phabit de Karel pour lui découvrir la poitrine. Les balles volaient au-dessus de sa tête avec une nouvelle force ;

mais, tout entier à sa douleur, il semblait ne plus savoir

» il ouvrit encore ts; un sourire Parut sur ses traits, et il murmura d’une Voix expirante :

—Adien... mon ami... ma mère... Pour Dieu...

Pour Dieu et pour la patrie!...

Une légère convulsio Contracta ses membres, il se

Un cri de saisissement et de désespoir s’échappa de la Poitrine de Bruno. Pour ainsi dire privé de sentiment lui-même, il contempla d’un oeil hagard les hommes qui ôtaient de ses bras le cadavre de Karel pour l'emporter

Tout à COUP, comme si Je sentiment de la vengeance se fût allumé dans son sein avec un redoublement de Tage, il bondit, saisit son épée et voulut Courir à l’endroit où le combat continuait toujours, bien que les deux armées n’échangeassent plus que des Coups de fu-

— Qu'est-ce que cela signifie? s’écria-t-il. Pourquoi recule-t-on ? Qui a donné des ordres aussi lâches? Ces flots de sang ont-ils donc été versés inutilement ?

—Silence, Bruno! répondit l'officier. Si nous ne nous hâtons de regagner la ville, tout est perdu. Regardez dans la campagne : cinq ou six fnille ennemis, une nombreuse cavalerie, de l'artillerie légère, s’approchent du Mont de tous les saints. 11 fait mauvais pour nous ici. La retraite est ordonnée ; nous continuerons de combattre derrière les remparts si c’est nécessaire...

L'officier s’éloigna.

Déjà toute la ligne de bataille, dans sa lente retraite, s'était rapprochée de Bruno. Met, il rejoignit la compagnie de Waldeghem, et Ja suivit la tête baissée, le coeur gonflé de tristesse, et comme s’il eût été complètement étranger à ce qui 8e passait.

Les paysans continuèrent lentement leur retraite en se défendant courageusement, rentrèrent en ville et se postèrent sur les remparts Pour repousser l’ennemi dans le cas où il oserait tenter une attaque contre la porte.

Mais les Français se contentèrent «de reprendre possessions de leurs canons et de tirer vivement sur la ville,

en ayant soin d’ailleurs de se tenir eux-mêmes hors de portée des fusils.

Sans nul doute les généraux français étaient convain- Cus que la ville se rendrait d’eile-même et sans qu’il fût nécessaire de recourir à un sanglant assaut.

Pendant toute l'après-midi la situation resta la même. La ville fut canonnée jusqu’au soir avec un redoubleruent de violence ; mais dès que les ténèbres se fureat répandues sur la ville ct sur la campagne, on cessa le feu des deux côtés, afin de puiser dans un court repos des forces pour la lutte du lendemain. .... ....

Page 1