L-ÉMltl DE BENOADOEl
(Trtdnotkm libre.)
■v,Go(V^[c
Comine l'abeille du Hjsore Aime la Qeur où natt le miel, Tu viendrais à l'heure où le Gaoge Au golTe bleu va s'endormir, Tu viendrais l'asseoir, à mon angel SouB les rosiers de ton Émir.
' Là, ma douce reine,
Sous la nuit sereine
Après un beau jour,
Les fleurs ranimées
Les nuits embaumées.
Tout parle d'amour I
a Mais c'est charmaDt, s'éciia Octavie en ballant dei> mains, on me fait concurrence sur les arbres. La mélodie est délicieuse et pleine de natnrel. Je crois avoir saisi le mouvement ; au second couplet, j'accompagne le chanteur.... Connaissez-vous ce chanteur nocturne, ame Arinda?
— Il me semble, dit Arinda , que j'ai reconnu la voix de mon accordeur.
— Approchez-vous donc , sir Edward, dit Octavie ; vous vous tenez à l'écart comine un musicien jalonx. Venez donc me traduire les paroles, vous qui savez l'indien. >
Edward traversa la foule, et dit en passant à l'oreille du comte Élona, en lui serrant éiiergiquement la main :
(L Mettez-vous à deux pas de la porte , et au premier cri Ouvrez ! que poussera Nizam , obéissez.... Madame, dit Edvrard en se plaçant nonchalamment à l'angle du piano, les paroles des chansons indiennes se ressemblent toutes. C'est toujours un homme qui dît à une femme trois mots en vingt-quatre vers.
— Si les trois mots sont bien choisis, ils méritent d'èlK traduits, sir Edward.
— Je vous aime.
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LA. aUERRB DU NIZAM
— C'est la chanson qui parle !
— Et je la traduis pour mon compte, madame.
— Silencel Écoulons l'autre couplet. Je l'accompagne
Si tu venais, 6 nonpareille, Comme tu faisais autrefois, Pour dérouler à mon oreille Toutes les perles de ta voix; Je te âennerais, 6 mon ange !
Mon beau palais de Bengador, Qui tant sou jardin sur le Gange Et sur la mer ses balcons d'or :
Là, ma douce reine.
Sous la nuii sereine,
Après un beau jour.
Les fleurs ranimées,
Les rives aimées,
Les nuits embaumées.
Tout parle d'amour!
Si tu voyais quelle merveille Change d'un signe de ma main La pauvre flUe de la veille En sultane du lendemain.
Tu croirais demùn, 6 mon ange !
Que le Dieu bleu du firmament Est revenu sur notre Gange Avec le nom de ton amant.
Là, ma douce reine.
Sous la nuit sereine
Après un beau jour.
Les ileurs ranimées.
Des trépignements de joie saluèrent le chanteur inconnu qui venait se mêler à la fête et prendre sa part dn concert. On criait de toutes parts : « Il faut ouvrir la porte à l'artiste indien t... ' ,
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S58 LA. aUEIlRB DD NIZA.U
— Vraiment, sir Edward, dit la comtesse en croisant ses bras el iAclinant la tète ,' je tous le dis encore une fois, ce soir /vous ètas méconnaissable.... Ailes donc ouvrir la porte â ce pauvre Indien , qui chante pour avoir du pain.
— Nous connÛBSons ce chanteur, madame; c'est notre pensionnaire. On a soin de lui. »
One explosion de cris terriblas retentit bientAt dans les salles basses, comme si un volcan efit éclaté dans les cours intérieures de l'habitation. Miss Arinda courut vers son père pour le couvrir de son corps ; Amalia, la jeune orpheline du désastre de MisBolonghi, ne démentit pas sa noble origine : elle fit luire soudainement sur sod sein un poignard , en lanfant des regards de flamme vers l'escalier. La comtesse Octavie se souvint aussi de l'honneur de son paya, et , sans a'émaavoii' , elle continua l'accompagnement de la chanson indienne sur le piano. Un formidable hurlement de femmes, comme on l'entend aux villes prises d'assaut , retentit dans le vestibule, et tous les serviteurs des deux sexes envahirent la salle, et montrèrent de* visages bouleversés par toutes les contractions d'un eSroi sans pareil. Ednard s'étfut écrié :
a Comtesse Octavie, voilà mon étoile qui se lève ; mais elle se couchera sur mon cadavre, vous allez voiri s
Il enleva Octavie avec une irrésistible violence de protection, car Edward uG voyait qu'elle dans cet horrible tumulte, et la reléguant à l'extrémité de la salle, et lui faisant un rempart ds meubles amoncelés, il se plaça sur cette barricade improvisée en un clin d'œil, avec une provision d'armes toutes prêtes sous sa main.
«Ouvrezl ouvrez! » cria Nizam d'une voix de tonnetrre.
Ëlona, Douglas et quelques domestiques, placés à la première marche de l'escalier qnl descendait du vestibule aux salles basses, avuent engagé nn comb^ terribla «qc
LA fitTBRRB DU NIZAH 3S9
nne bande de Tauga qui lerabliUenl sortir de l'enfer. Les déchargea deB afmei à feu ébranlaient la maison. Le nabab avec ses amis eréalea se dégjigèrent des tnaine des femmes et vinrent se mSler à la bataille. Les Taugs montaient, montaient toujonrs, laissant des cadavres sur chaqve marcbe ; et le petit nombre de défenseurs allait snGComber sous l'attaque de deux cents démons, lorsque Élona, entendant le cri de Nisam, se précipita vers la porte et t'ouvrit. Aussitôt \é bataillon des soldats de Hess Inonda le vestibule, et roula comme un torrent de feu sur l'escalier, entraînant tout, renversant tout, avec une force d'impétuosité irrésistible, au milieu d'une tempête de rugissements qui dominaient encore le fracas des détonations. Taugs et soldats tombèrent ensemble comme tme cataracte de bfonze vivant dans les abîmes des cours inférieures, où les lumières de ta fête écltùrôrent une .scène inonïe de carnage et de désolation. L& se découvrit le strat^ème d'attaque préparé par dli ans de travaux souterrains, et dont le but, cette nuit, &\ail l'enlèvement du vieux Sing. Les Taugs écbappés au carnage de leur vallon avaient tenté ce dernier coup. Une brèche hOTixontate, large comme l'ouverture d'un puits, se montrait béante'à l'angle d'une cour, et de nouveaux étrangleurs, étendant leurs bras et levant leurs têtes chauves et hideuses, sortûent encore de ce gouffre Comme d'énormes reptiles attirés du fond de la terre pour dévorer les restes d'un festin. Ceux-là ne montrèrent que la moitié de-leurs corps ; l'argila qu'ils avaient creusée leur lervit de tombe, et d'autres cadavres achevèrent de combler et de fermer ce gouQre, qui ressembla quelques instants au soupirail de f enfer vomissant ses monsttes dé- . chaînés.
Telle fut la dernière convulûon d'agonie de la bande d'étrangleurs indiens dans le ctuitonnement de Nerbudda.
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380 LA. aUBRRB DU NIZÂH
Nîzjm, le premiw entré dans le vestibule, n'avait pas mivi les soldats dans la mé\ée sanglante de l'escalier et lies cours; il s'était précipité dans la salle du concert, avait refermé et barricadé la porte, et entraîné les femines à l'extrémité où sir Edward veillait, comme an bâillon, au salut d'Octavie. Nizam s'était placé à cAlé de son maître, dont il comprenait les intentions au premier signe. Au premier cri sortant des cours inférieures, Edward avait deviné le nouveau genre d'attaque des Taugs. Toutes les choses mystérieuses des derniers jours s'expliquaient à ce premier cri. Depuis dix ans un travail de mine s'accomplissait sourdement contre l'habitation de Nerbndda, et la t£t£ de celte mine était voilée sans doute par des arbres et d'épais buissons, au petit bois de la source oA le comte Élona fut pris par les Taugs. Edvrard craignait donc, avec juste raison, qu'une autre brèche ne vint éclater au plancher ou dans le mur de la salle, et il s'était improvisé une citadelle dans l'endroit le plus sûr, pour y cacher son trésor d'amour, et le défendre au moment du péril avec l'hérolqne éne^ie du désespoir.
Des cris et des larmes de joie accueillirent Douglas, Élona et les antres défenseurs de l'habitation, à leur rentrée dans la salle. Les scènes d'attendrissement qui éclatèrent après la victoire se devinent et ne se racontent pas. On félicita Edward sur le courage extraordinaire et sublime qu'il avait montré en refusant sa part d'action dans le combat de l'escalier.
. f Sir Edward, lui dit Octavie en lui serrant les mains, hierjecroy^ que vous ne pouviez plus rien inventer ea actions grandes ou vulgaires pour l'amour d'une femme ; j'étais dans l'erreur. Vous avez en l'héroïsme de vous cacher pendant une bataille et d'abandonner vos . amis. Une femme comprend ces choses et ne les oublie
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Tower rentra le denûer ;il s'était composé un désordre de toilette aiec beaucoup i]'arl; mais les iadiscrétions domestiques apprirent que le tuteur, eu s'élançanl avec les autres dans le vestibule, avait gagné seul le sommet de la maison.
On n'attendit pas que la lumière du jour vint étaler toutes les sanglantes horreurs de la nuit aux yeux des femmes : avant le lever du soleil, le monde de Nerbodda se mit en route pour le village de Roudjab. La moitié des soldats de Moss servit d'escorte, l'autre moitié se caserna dans l'habitation.
Ici, les détails intermédiaires dont nous avons parlé plus haut, dans notre théorie des transitions, seraient plus oiseux et plus inutiles que jamais. Nous nous bornerons à consigner, pour dénoûment, les dernières paroles qui furent échangées entre Edward et Ûclavie, lorsqu'ils entrèrent, à la pointe du jour, dans l'hàtellerie de Roudjah.
< Sir Edward, dit Oclavie, nous avons besoin de repos ; avant de nous séparer pour quelques heures, je suis bien aise de vous annoncer que j'ai mission de vous inviter au double mariage du comte Élona et du colonel Douglas, qui seront célébrés après-demain ici, religieusement et civilement. Vous voyez, sir Edward, que votre étoile n'empêche pas vos amis de se marier.
— Est-ce là tout ce que vous aviez à me dire? dit sir Edward avec mélancoUe.
— Non, sir Edward, dit la jeune femme en lui serrant les mains', je voulais ajouter que nous devons rendre la politesse d'invitation à ces messieurs, n'est-ce pas?... Vous me regardez d'un air ébahi?... J'ai déjà prismes renseignements avant l'aube, en outre, en causant avec ces dames créoles,... Il me regarde toujours!... Vous saurez que nous avons à Roudjah un missionnaire romain de la Proijtagiiude et un ministre presbytérien.
362 LA aUBRRB DU NIZUC
-T. Ha téta brûle, madame, dit Edward en jetant 8ar OctaTÎe un regard qui semblait l'envelopper comme une flamme, ma rÛBoii s'égare ; expliques-vous mieux-, je suis Btupide....
— Tant mieux 1 sir Edward, vous m'aimes I Adieu : promeltez-moi de supporter le bonheur avec calme. Votre étoile file à l'horizon. Regardes. Demain, invitée vos amifl au mariage de la comtesse Oct^Vle avec sir Edward. >
Un aceès de joie immense sortit de la poitrine de sir Edward en supprimant la respiration et ta parole sur ses lÈvres. fl serra et baisa les mains d'Octavie arec nne force de passion qui parut étonner la jeune femme, et, comme il se relevait pour se aépai^r d'elle, il entendit la plus douce des voix lui disant : « Adieu, mon cher Edward; à demain. >
En ce moment, M. Tower entrait à son tour, avec une démarche de vainqueur ( il venait de saluer, sur le seuil de la porte, un groupe de dames créoles qu'il avait accompagnées à Roudjah, et auxquelles il avait raconté ses exploits de la nuit.
( Ah ' c'est vous, monsieur Towerl lui dit Octavie, je vous attendais. Donnez-moi votre bras jusqu'à mon appartement.
— De grand cœur, madame, de tout mon cœur.... Ah 1 madame ! quelle nuit ! Que pensez-vous de cette nuit? Voilà pourtant, disaient ces jeunes créoles, à quoi l'on s'expose' quand on s'établit aux colonies I...
— Eh bien ! monsieur Tower, je vais m'étahlir ici, moi; là, dans le voisinage, entre les routes naturelles de Saint-Germain et de Heudon.
— Seule f
— Seule, oh I non t monsieur ToWer, je me marie.... j'épouse.... devinez qui ?
— Eh I madame, dit Tower avec un sourire mallil, on pourrait peut-étrt deviner.
^ ; n.ii--^invGoO<^[c
LA GtlEREB DtT NIZAM 363
— Vons le verrez demdn^ dit Octavie en fermaot sa ;)orte au visage de M. Tower.
— Cestmoi ! > dit l'ex-tateur.
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TABLE DES Matières