‹ La guerreChapitre 14 sur 178 · TABLEAU II. SCENE VIT · texte numérisé non relu

TABLEAU II. SCENE VIT

PFERSDORF/rtfr^// à droite ., sous escorte. Il est en gros manteau bordé de fourrure, bottes molles et bonnet de loîitre à galons d'argent. Sa fgure parait grave et digne.']

M ASSÉNA, FFERSDORF, V ESCORTE.

Pfersdorf, saluant. Général!

]\'Iasséna, vivement. Hé! c'est monsieur Réber... Comment vous portez-vous, monsieur Réber? {Aux hommes de l'escorte.) Allez... ce monsieur, je le connais... c'est un de 10 mes fournisseurs... {E escorte se retire. Masséna va lui-même refermer la porte vive?nent et revient.) Vous avez passé par Bâle, Pfersdorf!

Pfers. Oui, général,

Mass. Vous avez vu le banquier? 15

Pfers. Oui, général.

Mass. Vous avez touché votre argent?

Pfers. Sans difficulté.

Mass. Alors vous êtes content?

Pfers. Très-content. 20

Mass. Voilà ce que je veux... Il faut que vous soyez content ! — Vous me coûtez plus qu'un général de division.

Pfers. Je suis aussi forcé de dépenser beaucoup... Toujours la bourse à la main, général, toujours délier les cordons... 25

Mass., vivement. C'est bien ! je ne vous fais pas de reproches, au contraire. Les bons comptes font les bons amis. Maintenant vous arrivez?...

Pfers. De Zurich !.. .où j'ai passé quinze jours à l'hôtel de Bellevue, avec les officiers de l'état-major russe. \Il sourit P[ 30

Mass. Qu'est-ce qui se passe?

Pfers. De grands changements... L'armée autrichienne se retire en Souabe.

Mass., vivement. En Souabe!... Est-ce bien vrai?...

Pfers. C'est positif --

Mass. Et qu'est-ce qu'elle va faire en Souabe ?

Pfers. Elle va débloquer Philipsbourg. Mass., secouant la tête d'îm air de doute. Il ne faut pas soixante mille hommes pour débloquer Philipsbourg; vingtcinq ou trente mille suffisent !

5 Pfers. Oui, général, mais les Autrichiens et les Russes ne pouvaient plus s'entendre. En arrivant avec ses vingtcinq mille Russes, Korsakow voulait attaquer tout de suite. L'archiduc Charles, lui, ne voulait pas. Depuis ce temps, les soldats des deux empereurs ne pouvaient plus se voir; les 13 Russes traitaient les Autrichiens avec mépris, les officiers se refusaient le salut.

Mass., ria)it. Hé! les Russes sont des héros... Ils sont fiers, les Russes, ils gagnent toujours, à Cassano, à la Trébia, à Novi... C'est juste, ils ne doivent pas le salut aux 15 Autrichiens! Et Korsakow est aussi un bien plus grand général que l'archiduc... il ne doit pas non plus recevoir d'ordres. ..Je comprends... je comprends!.,. Je tiens avec les Russes!...

Pfers. L'archiduc Charles a profité de l'invasion des 2 0 Français sur le Mein, pour s'en aller; il a déclaré que son premier devoir était de couvrir les Etats du duc de Wurtzbourg et de l'électeur palatin... Et maintenant l'armée autrichienne est en route pour Philipsbourg.

Mass., d'un accent pénétrant. Toute l'armée? 25 Pfers. Trente bataillons et quarante-deux escadrons; j'ai couru moi-même à Schaffliouse pour les voir défiler... Je voulais être sûr... J'ai compté moi-même.

Mass., d'ziu accent bref, en se Icz'ant. C'est bien! {Il fait trois ou quatre tours, l'air absorbé; puis revient s'asseoir brus- 30 quenient.) Et qu'est-ce qui reste en position?

Pfers. L'archiduc a laissé le général Hotze sur la

Linth, pour défendre les petits cantons, avec vingt mille

hommes et les trois régiments suisses à la solde des Anglais;

son quartier général est à Wésen. Le général Korsakow

35 commande ses vingt-cinq mille Russes; son quartier général

est à Zurich; et le général Nauendorf, avec dix mille hommes,

reste sur la rive droite du Rhin, pour former un corps

de réserve: il observe le val d'Enfer et les villes forestières.

Mass., gui s'est ?-c/nis à marcher avec ai;itation, la tête

â^o penchée. Hotze, vingt-cinq mille hommes... Korsakow, vingt-

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