TABLEAU IV. SCÈNE III
nous pourrons nous reposer, après avoir re'tabli les Bourbons sur leur trône. Le plan est simple. ..Ainsi pas de retard... {Regardant sa montre.) Il est minuit, à quatre heures la diane ! Qu'on se procure du bois, qu'on allume les feux du bivouac, si c'est possible... Les sacs et les gourdes ne doivent 5 pas encore être tout à fait vides. {A un général.) Bagration, je vous retiens à souper. {Saluant les antres.) Messieurs ! \Les ojjicurs saluent et se retirent. Bagration, Souworow et Mandrikine se dirigent vers la grange et passent devant le hangar, où Hattouine vient d'allumer son lo feu, pendant les scènes précédente s ^l^
SOUWOROW, BAGRATION. MANDRIKINE, IIATTOUINE. IVANOWNA, QUELQUES SOLDATS DE RYMNIK.
Souworow, d'im accent joyeux, à Hattouine. He' ! 1 5 c'est toi, matouchka ?
Hattouine. Oui, Basilowitche, c'est moi.
Sou. Tu suivras donc toujours les arme'es avec ton kibitk ?
Hat. Toujours, Basilowitche, toujours... Qu'est-ce que ::o je puis faire.'' Il faut bien que je suive mes enfants... je suis la mère du bataillon.
Sou., à Bagration. Voyez, Bagration, voilà notre plus wïéiWe. m a touchka...\z.\{e.\\\Q des vieilles... Quel âge as-tu, 7natouchka 1 25
Hat. Oh! qu'est-ce qui peut savoir? Depuis longtemps je ne compte plus les années, Basilowitche, depuis bien longtemps !
Sou. Combien de fois tu m'as versé le schnaps ! Tu te rappelles, à Pétersbourg ? 33
Hat. Si je me rappelle ! c'était pendant les grandes manœuvres de la garde, il y a cinquante ans. Tu étais alors sous-officier!... Tu ne pensais pas, je serai feld- maréchal, Rymnikski, prince Italikski...hé ! hé! hé! Et moi je te disais : Basilowitche, courage, courage... Tiens, bois ce verre 35 de schnaps... Conserve-toi, mon fils!
Sou., attendri. C'est vrai, mafouchka. {A Bagration.) Elle me disait ça, Bagration. Ah ! vieille mafouchka, que
je suis content de te voir en bonne santé'... Tu n'as besoin de rien? Rien ne te manque?
Hat. Rien, Basilowitche.
Sou. Tu as de l'eau-de-vie dans ta tonne ? 5 Hat. Un peu. ..un peu. ..Le cliirurgien, en bas, m'en a pris beaucoup pour les blesse's, je n'en ai presque plus.
Sou. Eh bien, verse le reste à ces braves enfants, verseleur tout; les mules vont venir, on remplira la tonne jusqu'au haut, je le veux... Allons, viatoiichka, bonne nuit! Tu dois lo être bien lasse?
Hat. Oui, les chemins d'Italie valaient mieux que celuici; je marchais tout doucement, tout doucement derrière les enfants !
Sou., 7-iant. Ah voyez-vous ça... les bons chemins... 15 Elle aime les bons chemins ! Et la gloire, viaiouc/ika, la gloire, tu comptes ça pour rien ?
Hat. La gloire est pour Souworow, les vilains chemins sont pour tout le monde.
Sou., riant. Hé ! hé ! hé ! la vieille inatouchka qui me
20 dit ses vérités. {Il s'éloigne. A la parle de la grange il se
retourne.) Allons, Bagration. \Ils entrent.]