LES PRÉCÉDENTS, V ESTAFETTE, V OFFICIER
L'officier, au cosaque. Tu viens ?
Le cosaque. Du Maderaner Thâl, près du pont ^ d'Amsteig, à sept lieues d'ici. 5
L'OF. Ta de'pêcbe est?
Le COS. Du général Auffemberg.
L'oF., recevant la détache. C'est bon, tu peux mettre
pied à terre ! , , • 7 < ^
[// rctiire dans la grange. Le cosaque met pied a terre 10 et regarde à droite et à gauche. Il est tout blanc de sivre : des plaçons pendent à sa barbe.] Ogis., à Hattouine. Il a bien froid. ..tu devrais rappeler, viatouchka.
LES PRÉCÉDENTS, vicins L OFFICIER.
Hat., à r estafette. Hé ! hé ! tu n'as pas l'air d'avoir
trop chaud, cosaque ! • i j
Le cos Non, matoucJika, non, je n ai pas chaud.
Hat. Attache ton cheval, et viens te chauffer... Viens 20 prendre un verre de schnaps.
Le COS., attachant son cheval au pilier du hangar. Je veux bien, matouchka...O\-i ! ho ! \Il grelotte.]
Ogis. Tu as l'onglée ?
Le COS. Oui, l'air est plein de grésil, et quand on 25 sralope cinq heures, ça vous entre dans le sang. (// boit.) lié ! ceci fait du bien !...Ça réchauffe.
[// rend le gobelet à Hattouine et veut la payer. \
Hat. Garde tes kopecks. . .C'est le schnaps de Souworow que je verse. . .11 fera remplir la tonne. . .Garde tes kopecks ! 30
Le cos. Alors, Dieu te le rende, et à Souworow.
[// remet les kopecks dans sa poche et se chauffe, les mains étendues sur la fiamme.\
Co LA GUERRE.
Ogis. Tu as couru cinq grandes heures... C'est dur, la nuit, et sur des pentes glissantes.
Le COS. Oui, pope, c'est dur ! Les chevaux glissent malgré les pointes de fer; ils tremblent. Il faut toujours 5 serrer la bride, et le vent vous coupe la figure.
Ogis. 11 se passe donc des choses graves là-bas, pour faire courir tellement le pauvre monde ?
Le COS. Non, pope, je viens dire que tout va bien ; les républicains seront bientôt tournés.
lo Ogis. Tournés !... Comment. ..Par qui?
Le COS. Par la colonne du général autrichien Auf-
femberg, qui est partie d"Ilanz, pendant que Souworow
attaquait le Gothard. Les républicains ne se doutent de
rien ; ils sont de l'autre côté du pont, et ne savent pas
15 qu'Auffemberg s'avance derrière eux.
Ogis. Combien sont-ils?
Le cos. Huit ou neuf cents, au pied du Saint- Gothard, avec leur général Gudin ; mais quatre à cinq mille autres viennent à leur secours par la vallée de la Reuss, 20 avec le général Lecourbe ; et, quand ils seront réunis, on les attaquera devant et derrière. Ils seront forcés de mettre bas les armes.
Hat., 7-ia}it tout haut. Ha ! ha ! ha ! c'est un tour de Souworow... Voyez-vous... voyez-vous la malice du vieux 25 renard! Plus il devient vieux, plus il attrape de finesse... Ah! vont-ils être étonnés, les républicains... Ha ! ha! ha! vont-ils être étonnés ! {Elle rit aux éclats.) Tu ne ris pas, pope ; tu ne comprends pas...
Ogis., se mettant à rire. Hé! hé! hé! oui, je com- 30 prends... Auffemberg arrive derrière... ^Lais par où. ..par où?
Le COS. Par la droite, pope. Tiens, voici la montagne (// montre du pied) : Auffemberg est ici, sur la droite de la Reuss, les républicains sont là, sur la rive gauche ; ils remontent la vallée pour venir rejoindre ceux 35 que vous avez repoussés du Gothard, et quand ils auront tous défilé, demain matin, vers sept ou huit heures, Auffemberg passera le pont d'Amsteig avec deux mille hommes et les attaquera par derrière, pendant que les dix-huit mille de Souworow descendront la montagne et les attaqueront en 40 face. Ils n'auront pas de retraite.
TABLEAU IV. SCENE XIL 6i
Hat., Ressuyant les yeux de la inanche. Ah ! vieux Souworow ! j'étais sûre que tu ferais un bon tour aux républicains... ça ne pouvait pas manquer!
\IJ officier ressort en ce moment de la grange et regarde.^
LES PRÉCÉDENTS, VOFFICIER.
L'officier, criant. Estafette !
Le COS. Capitaine.
L'OF. Arrive! Le feld-maréchal te demande. \Le cosaque jette sofi manteau sur son cheval, et entre dans ro la grange avec l'officier.^
HA TTO UINE, 0 GISKI.
Ogis., se levant et Rapprochant du chrval. Comme la pauvre bête a chaud ! 1 5
Hat. Oui... elle fume... elle a bien couru...
Ogis. Le cosaque va peut-être rester longtemps... Le cheval risque d'attraper froid. ..Si l'on pouvait l'abriter?...
Hat., se levant. Attends, pope, je vais voir s'il reste de la place. [^Elle entre dans la seconde étable.'\ 20
OGISKI, seul.
Ogis., vivement, en mettant la main dans les fontes. Les pistolets y sont... c'est bien! {Regardant de tous côtés.) Personne! la sentinelle tourne le dos!... Il faut que Lecourbe 25 soit prévenu... qu'il arrête son mouvement...
[Il regarde encore. Hattouine ressort.']
OGISA'I, HATTOUINE, sur la forh de Vétable.
Hat. La place ne manque pas...mai.«^ des soldats sont 30 couchés à terre...
Ogis., qui a fait un ^este menaçant. Le cheval pourrait marcher dessus, inatoudika, il faut prendre garde ! Hat. Oui, je pensais à ça.
Ogis. Eh bien, prends un tison... va voir un peu dans 5 l'étable à côté. [// montre Vautre 'ctablc?\
^XT., prenant un tison. Je vais voir, pope, je vais voir. \^Elie entre dans Vautre étabie.^ Ogis., vivement. Allons !
[// se Jette le manteau du eosaque sur tes épaules, détache le
I o chacal, monte dessus, et part d'abord au trot, puis plus loin
on V entend prendre le galop. La sentinelle, après F avoir
regardé passer, i-epre?id sa marche. Au même instant
Hattouine 1-essort et regarde.]
15 HATTOUINE, puis LE COSAQUE.
Hat., sur la porte de Vétahle. Il n'y a pas de place... {Regardant.) Où donc est le pope ? Il sera bien sûr entré dans l'autre établc.Oui, il aura conduit le cheval à côté, c'est un bon pope !
20 \Elle s'assied devant le feu ; au même instant, le cosaque sort de la grange et s\ivance^^ Le cosaque, arrivant. Eh bien, niatouclika, voilà mon service fini jusqu'au petit jour.
Hat. Tu veux encore un verre de schnaps? 25 Le COS. Oui, après ça, je me couche et je dors. (Hattouine //// verse un verre d'eau-de-vie, il boit.) Mais où donc est mon cheval ?
Hat. Le pope l'a conduit dans l'étable. Le COS. Ah ! c'est bon... c'est bon. {Au bout d'un ins- 30 tant.) Je voudrais bien avoir mon manteau, pour dormir; dans quelle étable est le cheval ?
Hat. Je ne sais pas... j'étais entrée lî\, pour clicrchcr une bonne place, et puis en sortant le pope et le cheval étaient partis ; j'ai pensé qu'ils étaient à côté. 35 Le COS., prenant un tison avec vivacité, court à V étable et regarde. Le cheval n'est pas ici 1 (// court à l'autre,) ni là... {Se retournant et criant.) Oe pope est un voleur ! Hat. Non, cosaque, il avait une bonne figure.