‹ La guerreChapitre 5 sur 178 · CHIENS, VOISINS ET VOISINES · texte numérisé non relu

CHIENS, VOISINS ET VOISINES

Une voisine. Maître Zampieri, laissez-nous regarder sous votre échoppe.

Zampieri. Ne vous gênez pas, voisine, que personne ne se gêne; seulement, prenez garde qu'on n'enlève quelque chose. 15

La voisine. Soyez tranquille, nous veillerons.

\^Les ?iouveaux ve7ius se placejtt derrière les piliers. Silence. L'orgue se fait entendre?\

Un major autrichien, à un de ses camarades qui entre par la droite. Vous n'assistez donc pas au Te ÎDeum de 20 l'illustre généralissime, capitaine Braun ?

Le capitaine. Hé ! que voulez-vous, mon cher commandant, les propos de l'invincible Souworow sur l'armée autrichienne sont difficiles à digérer. Depuis sa grande manœuvre de Novi .. 25

Un officier, avec ironie. Oh ! la belle manœuvre !

Le major. Formez trois colonnes massives ; faites détruire la première, mitrailler la seconde, et la troisième entrera. Avec soixante mille hommes, vous en écraserez vingt mille. Barbare ! 30

Un vieil officier. Barbare si l'on veut, major, mais barbare de génie. Il a découvert cela, c'est quelque chose.

Le major. C'est vrai, il a le génie de l'insolence. (^S' animant.) Comment ! traiter de vieux soldats, de vieux officiers, qui n'ont jamais reculé devant le devoir, qui, dans 3c cinq campagnes, ont soutenu l'honneur de leur drapeau, contre des généraux tels que Bonaparte, Hoche, Jourdan,

Moreau, les traiter de petits-maîtres... dire qu'on mettra les petits-maîtres à la porte... Et cela quand on arrive le dernier, pour jeter lourdement ses baïonnettes dans la balance. Allons donc. ..Allons donc. ..du génie !... 5 Le cap. Patience, major, patience, l'illustre ge'néralissime part pour la Suisse ; il va faire sa grande manœuvre en pre'sence de Masse'na...

Cris, sur la place. Vive Souworow ! vive Souworow !

[SouwoROW paraît sur les marches de la cathédr-ale, e/itouré

1 o d'une foule d'officiers russes. C'est un petit vieillard

d' apparence faible et délicate, la boucJie grafide, fccil peixant, la figure et surtout le front couverts de rides innombrables, dont la mobilité donne à sa physionomie un caractère bizarre. Il est vêtu d'une culotte, d^un ' 5 S^^^^ ^i d'jin habit de bazin blanc. Un petit casque de

feutre, garni de franges vertes, coiffe sa tête chauve ; de hautes boites à retroussis lui montent jusçu' au-dessus des genoux. Il est tellement 7naigre et fluet, que ses habits ont l'air de tenir à peine sur lui, et que son grand sabre

2 0 traînant, suspendu à U7i ceintu?vn, fait pencher son

Cû7ps à gauche.^ La voi., debout devant F échoppe. Le voilà... c'est lui... le voilà... Regardez donc, que de monde... Il descend des marches... C'est le vieux blanc qui monte à cheval. ..Vous 25 le voyez, Marietta?

^Iar. Oh! oui. ..qu'il est beau!...

\Redoublcmc7it d^ enthousiasi7ie.'\ Cris innombrables. Vive Souworow !... Vive le vainqueur de la Trebia !...

3 ^ \Le chant de P orgue cesse, grand silence. ]

Un officier russe a cheval, accoura7it du fond. Portez armes !... Présentez armes !...

\^Les tambours batte7it aux cha7/!ps, Souworow, entouré de son état-7/iajor, s'avance au pas.'\ 35 Cris immenses! Vive Souworow! Vive Souworow! Vive le vainqueur de Novi ! Vive le libérateur de l'Italie ! Vive le sauveur de la religion !

Le cap. aut. Si tu n'es pas content, Souworow, tu seras difficile...

40 Nouveaux cris. Vive Souworow Italikski!...

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