LES PRÉCÉDENTS, SOUWOROW, COSAQUES, 15 ÉTAT-MAJOR
SouwoROW, de bonne humeur. Hé ! vieille maiouchka, tu ne dis rien, ce soir.?
Hattouine, Non, Basilowitche, mon fils, j'écume la soupe, 20 Sou., riant. Je te croyais bavarde ?
Hat. Quand j'ai bien mangé, Basilowitche, et que j'ai bu deux ou trois bons coups, je suis bavarde ; mais quand je suis à jeun, je rêve.
Sou., riant. Tu rêves à quoi, matouchka 1 25 Hat. Je rêve à toutes sortes de choses, mon fils : à la Russie, à nos anciennes campagnes.
Sou. Ah .'...oui. ..nous en avons vu du pays. ..nous en avons vu, dej^uis quarante-cinq slus... (Silence.) Et la soupe est bonne?
30 Hat. Oh! elle est ircs-bonne.. Avec du bon bœuf et du bon pain, on fait de la bonne soupe, Basilowitche... Si tu veux en goûter?...
Sou., riant. Je le veux bien ?
Hat,, lui présentant la grande cuiller. Tiens... souffle 35 dessus. ..elle est chaude. [Sovworow goûte la so?<pe.]
Tous LES soldats. Vive Souworow I
TABLEAU VI. SCENE VIII. gi
Sou., rendant la cuiller à Hattouin'E. Oui, 7iialoiichka, elle est fameuse, cette soupe-là.
Hat. Nous aurions e'té bien contents d'en avoir une gamelle au Saint-Gothard.
Sou. Ah ! oui, mes enfants ont bien souffert depuis le 5 Saint-Gothard.
Hat. Un vilain chemin, Basilowitche ; toujours monter et descendre... Et puis, pas de rations. ..Ces gueux de républicains avaient tout pillé ; ils voulaient nous faire mourir dans la montagne. Ah ! les gueux !... id
Sou., aux soldats. Oui, elle a raison, la viatoiichka ; les républicains voulaient nous faire mourir de faim ; mais nous allons les arranger... {iMontranf la gauche.) Ils sont là-bas ! Dans quelques heures, soldats de Rymnik, vous serez à l'avant-garde; Souworow veut vous faire de l'honneur 15 jusqu'à la fin, à cause de votre belle conduite au Saint- Gothard.
Tous LKS SOLDATS. Vive Souworow l'invincible !
Sou. Vous enlèverez le pont, et puis la grande bataille viendra. ..la dernière... Nous irons à Paris; nous aurons du 20 schnaps, du vin, du lard et de la bonne soupe tous les jours.
Tous LES SOLDATS. Vive le père Souworow !
Sou. Allons ! mangez bien, buvez bien. La tonne est pleine maintenant, matouchkal 25
H AT. Oui, mon fils, elle est pleine... Du bon schnaps blanc... du vrai schnaps !
Sou. Tu vas verser deux verres à chaque soldat de Rymnik, et puis encore un grand verre avant l'attaque du pont. ..Tu m'entends? 30
Hat. Oui, je sais bien, Basilowitche, je sais bien; ce n'est pas la première fois que je fais la guerre... A l'attaque, il faut toujours du schnaps !
Sou., riant. Bon! et je vais faire avancer d'autres tonnes pour \.o\, fuatouchka ; il faut que mes enfants aient 35 toujours du schnaps !...
Tous LES SOLDATS, attendris. Vive le bon père Souworow ! [//y lèvent leurs bo)mets.\
Sou., au moment de se retirer, montrant Ivaxowxa. Et la belle fille... elle ne dit rien, matouchkal 43
Hat. Elle pense à Ivanowltche, vois tu! Sou., s' arrctafit. Ivanowitche ?
Hat. Oui, tu sais. ..un enfant de Rymnik... Celui qui a porté les de'péches à Korsakow, à travers les républicains. 5 Sou. Ah! ah ! Elle l'aime !... C'est un brave.
Hat. Quand il sera capitaine, nous les marierons. Sou. Qae j'entende j)arler de lui... et il sera bientôt capitaine.
IvANOWNA, timidement. Oh! merci, feld-maréchal, merci!... 10 Sou. Oui, tout ira bien !...Et maintenant, buvez, mangez, prenez des forces. Ces républicains se défendent comme des enragés, mais nous en viendrons à bout... C'est Jjasilowitche Souworow qui vous le dit... Courage !...
[// s'éloigne et sort par la droite. Les cosaques et les 1 2 officiers d^ état-major le suivent. Les cris de " Vive
Souworow " s'étendent dans toute la vallée. Alors la lucit est venue, et les feux de bivouac brillent au loin.^
LES PRÉCÉDENTS, moins SOUWOROW, LES OFFLCIERS 2 0 n ÉTAT-MAJOR ET LES COSAQUES.
YixT., puisa7it la soupe. Allons, vous autres, avancez vos gamelles... Ah! elle sent bon, la soupe.
Un soldat. Oui, matouchka. Et nous pourrons dire : J'ai soupe avec Souworow !
25 Tous, avec enthousiasme. Oh ! le bon père. Oh ! comme il aime ses enfants de Rymnik !
Hat., continuatit de remplir les gamelles. Je crois bien qu'il vous aime ! Celui qui ne passerait pas dans le feu pour lui ne serait qu'un gueux. Quand on a de la soupe 30 pareille, avec deux bons verres de schnaps, il faut enlever tous les ponts. (S''adrcssant à Ogiski, resté derrière.) Hé ! soldat de Markow, avance donc, c'est ton tour.
[Ogiski présente une gamelle. Haitouine, en la remplissaiit, le regarde avec une sorte d'étonnemcnt.\ 35 Ogis. '^\cxc\, matouclika l
Hat. Ou donc est-ce que je t'ai vu, toi? Plus je te regarde, plus je te reconnais.
Ogis., riant. Oh ! je vous reconnais aussi, matouchka.