LE QUARTIER GÉNÉRAL DE MASSÉNA
Scène de nuit au quartier général de Masséna, sur le mont Albis. C'est une grande salle à la mode suisse, boisée de sapin. Vaste cheminée à droite, où brille un bon feu. Fenêtres nombreuses et rapprochées ^ au fond. Portes à droite et à gauche. Les fenêtres du fond sont ouvertes, et laissent voir dans la nuit les feux de l'armée ennemie, qui scintillent sur le lac de Zurich. A mesure que le jour arrive, on distingue mieux le paysage, la ville, la Limmat, les positions de l'armée austro-russe. W asséna est en reconnaissance avec le chef i o d'état-major Oudinot ; des officiers rédigent ses ordres sur une grande table en sapin ; le sous-chef d'état-major Rheinwald les parcourt, les signe et les expédie.
RHEINWALD, ZERNEST. Officiers (Tctat-major. Qztelpies hus- i 5 sards dehors, leurs chevaux en main et prêts à partir. Groupes de paysajis et de paysannes dans r attente, sur les cotés.
Rheinwald, après avoir parcouru tin ordre, appelant.
Chaussier ?
Un hussard, entrant. Voilà, mon général. 2d
Rhein., signant et cachetant. Vous allez porter ça, d'un
temps de galop, à Bremgarten. Vous direz au bourgmestre
que si la réquisition n'est pas prête au petit jour, il recevra
notre visite... Vous m'entendez?
Le hus. Oui, mon général. [//5(?r/.] 25
Rhein., prenant un seco?id 07-dre et le parcourant. Ces
braves Suisses se figurent que les armées de la République
i6 LA GUERRE.
l)euvent vivre de l'air du temps.. {Appda7ii.) Mare'chal des logis Trubert ! ( Un viaréchal des logis de hussards entre.) Combien avez-vous d'hommes?
Le maréchal des logis. Cinq hommes de l'escadron, 5 mon ge'néral.
Rhein., signant. Cela suffit. Vous allez prendre à Mellingen un convoi de poudre. Voici l'ordre que vous remettrez au chef du parc d'artillerie Vaubois ; vous escorterez les six fourgons jusqu'aux avant-postes de Dietikon, lo sans retard.
Le mar. des logis, s'en allant. C'est bon, mon ge'ne'ral.
Rhein., criant. Ayez l'œil à ce que vos hommes ne fument pas leur pipe.
Le mar. des logis, sortant. On connaît la consigne. 15 ^WYA^.^ appclajit. Michau?
Un chasseur, entrant. Mon général.
Rhein. Tu sais lire?
Le chas. Oui, mon général.
Rhein., lui présetitatit deux ordres. Lis ça. 20 Le chas., lisant. Au chef d'escadron Foy. Au commandant Barré.
Rhein., riant. Tu lis comme un ancien. Eh bien, tu vas porter ces deux ordres au chef d'escadron Foy à Dietikon, et au commandant Barré à Brugg. Dans trois heures, 25 il faut que chacun q.it son affaire. Tâche de ne pas te tromper.
Le chas., s^cn allant. Pas de danger... c'est trop bien écrit.
Rhein., se lerant, à Zernest. Eh bien, tous vos ordres 30 sont expédiés, commandant?
Zernest. Oui, général.
Rhein., apercevant les paysans çi/i regarde/it aux fenêtres., dehors. Hé ! maréchal des logis Forbin, éc;utez donc ces gens-là. Tout à l'heure ils vont nous envahir. 35 \0n écarte les paysans^
Zer. La faim les enhardit.
Rhein. Ils ne trouveront rien ici... Nous sommes aussi pauvres qu'eux ! {Se promenant.) C'est égal, on a beau dire, la République ne nous dore pas sur tranches ; le ver- 40 tueux Barras compte un peu trop sur la bêtise du soldat.